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Ciment McInnis continue d’empoussiérer ses voisins

L’entreprise de la Gaspésie crache encore des particules collantes

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La cimenterie McInnis en Gaspésie continue de cracher des poussières collantes sur la tête de ses voisins, qui s’inquiètent pour leur santé et déplorent l’inaction d’Environnement Québec face au pire pollueur de la province.

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Fin octobre, les voisins de Ciment McInnis à Port-Daniel–Gascons ont eu, encore, la mauvaise surprise de retrouver leurs véhicules couverts d’une poussière collante impossible à nettoyer, comme à l’été 2020 et à l’été 2021. L’entreprise les a rapidement invités à se rendre, ni vu ni connu, chez le garagiste du coin Daniel Langlois, qui confirme au Journal avoir traité une dizaine de véhicules dans les derniers mois aux frais de la compagnie.

Une cimenterie doit être équipée de systèmes de pression négative afin d’éviter la dispersion de poussières à l’intérieur de ses murs et à l’extérieur. Pourtant en octobre encore, des citoyens ont rapporté qu’une couche de poussière dure indécollable se trouvait sur leur automobile et sur leur maison.
Photo André Paquette, Hélicoptère TVA Nouvelles
Une cimenterie doit être équipée de systèmes de pression négative afin d’éviter la dispersion de poussières à l’intérieur de ses murs et à l’extérieur. Pourtant en octobre encore, des citoyens ont rapporté qu’une couche de poussière dure indécollable se trouvait sur leur automobile et sur leur maison.

« Ça ne part pas à l’eau et ça peut endommager la peinture alors on lave avec un produit spécial deux trois fois et après on met de la cire, explique-t-il. Ça arrive quand ils [Ciment McInnis] ont une défaillance, un bris dans leur cheminée. »

« C’est partout dans l’air. On doit changer les filtres de la thermopompe souvent, ce n’est pas normal. Ma principale question, c’est : est-ce que c’est nocif pour la santé ? » s’inquiète une voisine qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

Cette poussière est visible sur le capot de ce véhicule en août 2020, alors qu’il était stationné à plus d’un km de l’usine.
Photo courtoisie
Cette poussière est visible sur le capot de ce véhicule en août 2020, alors qu’il était stationné à plus d’un km de l’usine.

L’entreprise nie

Interrogée par Le Journal, la compagnie balaie la poussière sous le tapis, indiquant n’avoir connu « aucune panne d’équipement importante ».

« De temps en temps, les véhicules des employés stationnés à l’usine peuvent devenir poussiéreux et nous pouvons offrir à ces employés des lavages de voiture à la discrétion de l’entreprise dans le cadre de nos opérations normales », dit la porte-parole Maryse Tremblay.

Mais l’écologiste Pascal Bergeron, d’Environnement Vert Plus, n’est pas rassuré. Il a porté plainte à Environnement Québec plusieurs fois en deux ans.

« Le 29 octobre dernier, le Ministère [de l’Environnement] a procédé à une inspection des terrains résidentiels ciblés et a prélevé des échantillons de poussières », indique le porte-parole du ministère Daniel Messier.

Omerta

Les voisins, eux, ont cessé de se plaindre tant le problème est récurrent et source de conflit dans la communauté de 2200 âmes.

« Vous savez, quand on vit dans un petit village où autant de gens travaillent à la cimenterie, on est pris entre la santé et l’économie. Je ne veux pas de troubles », explique une voisine anonymement.

« De toute façon, le ministère ne nous répond pas », ajoute-t-elle.

Depuis l’été 2020, elle demande à Environnement Québec la nature des poussières et le risque qu’elles posent pour la santé, en vain. La demande d’accès à ces données formulée par M.Bergeron a aussi été rejetée.   

Québec enquête depuis des mois  

Deux enquêtes qui pourraient mener à des constats d’infractions criminelles contre Ciment McInnis traînent depuis des mois.

Le ministère de l’Environnement a lancé une première enquête après l’émission de poussières à l’été 2020, puis une autre enquête l’été suivant après de nouvelles émissions.

« Au terme de ces enquêtes, si le rapport d’enquête permet de conclure en des infractions à la Loi sur la qualité de l’environnement ou ses règlements, le dossier sera soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales », indique le porte-parole du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) Daniel Messier.

Il n’explique toutefois pas pourquoi ces deux enquêtes durent aussi longtemps. « Puisqu’un processus d’enquête est en cours à ce sujet, le MELCC doit limiter ses commentaires », dit-il.

Trop long

Pour l’écologiste Pascal Bergeron, d’Environnement Vert Plus, les délais d’enquête sont déraisonnables.

Il dénonce l’opacité de l’entreprise et de l’État, leur rappelant que les citoyens ont le droit de savoir ce qu’ils respirent.

En août 2020, la porte-parole de Ciment McInnis a déclaré que la substance rejetée par l’entreprise était de la poussière de clinker.

La pire après l’amiante

Cette poussière est dangereuse pour la santé si elle est inhalée de façon prolongée, car elle contient de la silice cristalline, indique le géant français du ciment Lafarge.

La silice cristalline est au deuxième rang dans le classement dramatique des décès causés par des poussières toxiques, juste après l’amiante.

Elle provoque la silicose, « une maladie pulmonaire irréversible entraînant des troubles respiratoires progressifs, allant de l’essoufflement à l’effort jusqu’à une déficience respiratoire très grave dont les complications peuvent être mortelles », décrit la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Lafarge ajoute que l’inhalation prolongée ou répétée de silice cristalline respirable provenant du clinker peut aussi provoquer des affections auto-immunes et des maladies rénales chroniques.

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