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Les Américains à l'assaut de la télé

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Les géants américains du « streaming » investiront, cette année, 125 milliards $ dans des films, des séries et des émissions dramatiques.

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C’est 100 fois plus que ce qu’investissent tous les réseaux publics et privés du Canada. De toute évidence, les Américains sont lancés à fond de train à l’assaut des télévisions occidentales. L’histoire se répète. Au milieu du siècle dernier, le cinéma américain était monté à l’assaut des salles de tous les pays d’Occident. En quelques décennies, il a réussi à déloger le cinéma local, le Canada ne faisant pas exception. Même si sa part du box-office n’est plus que de 35 %, le cinéma français est le seul qui a su résister tant bien que mal à cette invasion. Sa survie a été rendue possible au prix d’investissements massifs de l’État français et grâce à l’appui d’une législation sophistiquée, instaurée avant même l’invasion américaine et adaptée constamment par la suite. Comment espérer que notre télévision puisse résister aux géants du « streaming » avec des aides étatiques et des crédits d’impôt d’à peine un demi-milliard de dollars par année ? Sans compter que traîne en longueur une législation qui doit ponctionner les revenus que les streamers américains engrangent chez nous. Il n’y a guère d’espoir qu’on puisse obliger Netflix et compagnie à contribuer à la création de contenu canadien avant 2024, peut-être même 2025. Si jamais on y arrive, ce qui est loin d’être chose faite.

CESSONS DE RÊVER EN COULEURS

Durant ce temps, les « streamers » américains auront réussi à bâtir un tel répertoire de films, d’émissions et de séries qu’aucune télévision au monde et aucun autre service comme Crave, illico ou tou.tv ne pourront les concurrencer. Il faut donc urgemment cesser de rêver en couleurs. Nos producteurs, artistes et artisans ne doivent plus imaginer que leur ultime salut dépend des obligations, financières ou autres, qu’Ottawa pourrait finir par imposer à Netflix et ses semblables.

La survie de notre télévision dépend d’abord de son excellence, mais aussi de l’engagement financier de nos gouvernements. Ceux-ci, le fédéral en particulier, puisqu’il en a fait depuis toujours sa responsabilité, doivent être prêts à débourser sous forme de subsides et de crédits d’impôt deux, trois et quatre fois plus d’argent qu’ils ne le font actuellement. Il faut privilégier les émissions et les séries dramatiques, les documentaires et les émissions pour enfants, des genres qu’affectionnent les streamers.

Quant à nos créateurs, qu’ils continuent de faire ce qu’ils font de mieux, c’est-à-dire des séries originales auxquelles les Canadiens peuvent s’identifier. En cela, la télévision québécoise devrait servir d’exemple. C’est avec des séries québécoises pure laine comme District 31, Au secours de Béatrice ou Plan B qu’elle réussit à rameuter des auditoires que d’aucuns pensent tenir du miracle.

UN INCROYABLE COLONIALISME

Si la télévision anglophone a moins de succès d’écoute que la nôtre malgré l’excellence de séries comme Schitt’s Creek, Kim’s Convenience ou Orphan Black, c’est aussi parce que les journaux quotidiens du Canada anglais, leurs chroniqueurs et les réseaux de télé eux-mêmes ne cessent de faire la promotion des émissions et des vedettes américaines. Cet incroyable « colonialisme télévisuel » est sans précédent dans le monde. Non seulement on doit le dénoncer, mais il devrait faire le sujet d’une thèse sociologique.

L’indifférence du Canada anglais rend problématique un soutien financier plus généreux de nos gouvernements à l’endroit de la télévision. Sans ce soutien, elle finira par succomber aux assauts des « streamers » américains. Leurs moyens seront toujours hors de proportion avec les nôtres.

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