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Plus de nickel dangereux dans le grand Montréal

Le gouvernement imposera son nouveau règlement à la CMM

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Photo Chantal Poirier Alors que la pollution est déjà présente dans l’est de Montréal (photo), Québec pourrait y permettre l’ajout de plus de nickel.

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Québec obligera Montréal à assouplir sa norme d’émission de nickel sensible dans l’air, en lui imposant son nouveau règlement qui permettra à l’industrie d’émettre beaucoup plus de particules cancérigènes.

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Un règlement de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) prévoit des normes spécifiques sur le nickel dans l’air. Or, dans la foulée d’une modification de sa norme, le gouvernement Legault compte lui retirer ce pouvoir, a appris Le Journal.  

Contrairement à Québec, la métropole a créé différentes normes selon la forme que prend le nickel et sa dangerosité sur la santé humaine.  

Pour le nickel composé soluble, nocif en raison de ses particules fines cancérigènes qui peuvent se faufiler dans l’organisme, la norme montréalaise est de 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m3) sur une durée de 8 heures. 

Celle actuelle du Québec est semblable, à 14 ng/m3 et représente le seuil proposé par le Bureau de l’Environnement de la Californie, qui identifie le nickel comme un contaminant atmosphérique toxique connu pour causer le cancer. 

«C’est très, très petit. Vous n’allez pas voir ça. Vous allez respirer, vous pouvez tomber malade. Les concentrations sont invisibles», précise, en parlant du nickel soluble, Slavko Sebez, expert-conseil en santé environnementale. 

Selon des sources que nous avons contactées et qui ont réclamé l'anonymat, un changement de la norme pourrait nuire à la qualité de l’air dans l’Est de Montréal, endroit que la Ville souhaite revitaliser.  

Cinq fois plus

Néanmoins, le gouvernement Legault veut permettre à l’industrie minière de quintupler la norme de 14 ng à 70 ng quotidiennement. Les émetteurs devront toutefois respecter une moyenne de 20 ng par année.  

Ainsi, Québec souhaite faire du nickel «une composante clé pour l’électrification des transports» et pour sa stratégie de développement de la filière de batterie, a admis à notre Bureau parlementaire le ministre de l’Environnement Benoit Charette.

Pourtant, Montréal a toujours pu choisir sa norme. La Ville a adopté son premier règlement sur la pollution de l’air en 1872. Malgré la création du ministère de l’Environnement cent ans plus tard, Québec a signé un décret pour que la CMM continue d’être responsable de l’assainissement de l’air sur son territoire. Le ministre de l’Environnement veut y mettre un terme pour le nickel.  

Pouvoir à Québec

Le directeur des programmes de droit et politique appliqués de l’État, Guillaume Rousseau, rappelle que la Loi sur la qualité de l’environnement permet au ministre de révoquer une approbation délivrée préalablement. Le règlement du gouvernement du Québec prévaut sur tout règlement municipal, sauf s’il est approuvé par le ministre, indique la Loi.  

Le cabinet du ministre a confirmé au Journal que Montréal devra suivre la nouvelle réglementation.

Cette dernière forcera toutefois la Ville à réduire considérablement ses émissions de particules de nickel métallique (grosses particules), qui ne sont pas associées à des maladies graves, mais à certains allergènes.  

Québec plaide qu'elle se base sur la norme européenne pour définir sa nouvelle réglementation, espérant trouver un équilibre entre la protection de la santé des personnes et la viabilité des entreprises. Le ministre de l'Environnement assure qu'il «écoute la science et la santé publique».

La Santé publique de Montréal n'a pas directement été consultée dans ce dossier qui a été porté principalement par la direction de la Capitale nationale. 

- Avec la collaboration de Taïeb Moalla et Dominique Dominique Cambron-Goulet

Une vraie étude réclamée  

Il n’existe aucune réelle étude au Québec afin d’évaluer l’impact des formes de nickel dans l’air sur la santé de sa population. Un problème qui alimente la peur et crée la confusion, déplore un expert. 

Québec veut modifier sa norme d’émission de particule de nickel dans l’air pour la 2e fois en moins de 10 ans. 

Il justifie une augmentation des émissions en ne s’appuyant sur aucune étude concernant l’impact du nickel dans l’environnement et la population du Québec.

Afin de prendre sa décision, le gouvernement Legault se base sur une revue scientifique réalisée par la scientifique Michèle Bouchard de l’Université de Montréal.

«Jouer avec autant d’informations, autant de chiffres, c’est très difficile. Il y a un problème de gestion des communications. Il faut avoir les bonnes données», plaide Slavko Sebez, expert-conseil en santé environnementale. 

«En ce moment, tout le monde utilise la science et la santé publique pour les mauvaises choses. Résultat: il y a conflit, confusion, confrontation et méfiance.»

Croyances et pressions économiques

Selon l’expert qui a travaillé pendant 15 ans à la direction de santé publique de Québec, il y a d’un côté les croyances et de l’autre la pression politico-économique. 

Cette fois, le gouvernement pourrait permettre à l’industrie minière de quintupler les émissions de particules dans l’air quotidiennement. 

M. Sabez estime que le ministère doit réaliser de vraies études avant de modifier la norme. Une étude crédible, que les experts indépendants pourront analyser, pour ensuite faire le point avec la population. 

Par exemple, dit-il, dans le secteur de Limoilou à Québec, il s’agit principalement de minerai de nickel. «Ce sont de grosses particules. Les citoyens ont fait de grosses réactions surtout à cause de la visibilité de la poussière, sur les fenêtres et les balcons», souligne le scientifique. 

«Le nickel, n’est pas la pire chose comme polluant à Québec, mais il s’ajoute à la pollution.» L’expert note la présence de grands pollueurs dans le secteur qui nuisent à la qualité de l’air de Limoilou, indiquant le port, l’incinérateur et une usine de pâtes et papiers. 

La pire chose, ce sont les petites particules qui restent pendant des dizaines d’années dans l’environnement et qui causent le cancer en raison de la concentration. 

M. Sebez estime que les citoyens de Limoilou et du Québec ont le droit de choisir ce qui se trouve dans l’air qu’ils respirent.

Normes nickel soluble  

◆ Montréal: 15 nanogrammes par mètre cube pour 8 heures

◆ Québec actuellement: 14 nanogrammes par mètre cube

► Ce que veut Québec pour l'ensemble de son territoire: 20 nanogrammes par mètre cube en moyenne quotidienne sur l'année et possibilité de 70 nanogrammes par mètre cube par jour

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