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Les policiers déployés à la mosquée et le répartiteur sont marqués à jamais

5 ans après l’attentat de la grande mosquée de Québec

Quebec
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

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5 ans depuis l'attentat de la grande mosquée de Québec
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Quand «l’appel d’une vie» se produit 

Pour les premiers policiers à être déployés à la mosquée après l’appel au 9-1-1, le 29 janvier 2017 représente l’intervention d’une vie. Pourtant, plusieurs étaient également en fonction trois ans plus tard lors de l’attaque de l’Halloween.

Frédéric Sirois, Sergent d'équipe au groupe d'intervention tactique (GTI) de la police de Québec, Simon Labrecque, préposé à la répartition des appels d’urgence au 9-1-1 de Québec et Francis Simard, sergent au SPVQ, à l'époque il était constable.
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Frédéric Sirois, Sergent d'équipe au groupe d'intervention tactique (GTI) de la police de Québec, Simon Labrecque, préposé à la répartition des appels d’urgence au 9-1-1 de Québec et Francis Simard, sergent au SPVQ, à l'époque il était constable.

C’est le cas de Francis Simard, qui se souvient encore en détail de ce triste dimanche qui a marqué le Québec.

«C’est l’appel d’une vie, tu ne veux pas que ça arrive. On est entraîné pour ça. On est là pour servir et protéger. Mais là, c’est moi [qui suis là]. C’est confrontant», confie Francis Simard.

Avec un groupe d’environ cinq policiers, le constable Simard a pénétré dans le bâtiment par l’entrée des femmes, vers le sous-sol, où il a trouvé une victime blessée par balle. Il dit alors avoir été confronté à une décision.

«Est-ce que je continue ou je porte assistance», s’est-il questionné en rappelant qu’à ce moment-là, il était à la recherche d’un tireur actif, et qu’il n’avait aucune idée de l’endroit où il pouvait se trouver.

Francis Simard a rapidement fait un garrot à la victime avant de rejoindre ses collègues, puis il s’est retrouvé devant une porte fermée.

«L’image et ce que je ressens encore après cinq ans, c’est que j’ai défoncé une porte en pensant que le tireur était de l’autre côté. Je me disais, c’est là que j’utilise mon arme à feu.»

Le policier a encore bien gravé en lui ce moment précis qui n’a pourtant duré que quelques minutes.

Gérer la suite

Après une soirée d’une telle intensité, «gérer les jours suivants» a donc été un long processus, confie le constable devenu sergent.

Le retour au travail quelques jours plus tard a d’abord été marqué par une hypervigilance.  

Puis il y a eu le retour du balancier. « Quelques semaines plus tard, tous mes appels devenaient banals. Tu viens de vivre le summum, mais là tout était d’une platitude », relate celui qui a pris des mois à s’en remettre avant de revivre les mêmes émotions, trois ans plus tard, lors de l’attaque au sabre dans le Vieux-Québec.

Conséquences

Frédéric Sirois, qui est intervenu à la mosquée afin de sécuriser les lieux à titre de sergent d’équipe du Groupe tactique d’intervention, se rappelle aussi un «environnement chaotique et irréel».

Exposé à cette scène, il a aussi bénéficié, comme ses collègues, d’un soutien psychologique à l’intérieur même du GTI.  

«C’est sûr que dans les heures et les jours suivants, il y a une dose d’adrénaline qui est lourde, qu’il faut évacuer», révèle M. Sirois.

Avec deux événements d’envergure en si peu de temps, les deux policiers réalisent qu’il faut être prêt tant tactiquement que psychologiquement à ce type d’intervention. 

«On pense tout le temps qu’on est à l’abri de ça, mais c’est arrivé chez nous. La question, ce n’est pas de savoir si ça va se produire, mais quand ça va se produire», constate celui qui est maintenant lieutenant au GTI.

Fin de chapitre

Lumière sur un métier de l’ombre 

Jamais le travail de répartiteur n’a été aussi bien mis en lumière que lors des événements de la mosquée, en raison du lien qu’a réussi à créer Simon Labrecque avec le tueur, Alexandre Bissonnette, en échangeant avec lui pendant 50 minutes dans le but d’en arriver à son arrestation. 

Simon Labrecque, le répartiteur au 9-1-1 qui a grandement contribué à l’arrestation d’Alexandre Bissonnette.
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC
Simon Labrecque, le répartiteur au 9-1-1 qui a grandement contribué à l’arrestation d’Alexandre Bissonnette.

Celui qui a joué un rôle capital dans l’arrestation de Bissonnette en le gardant au bout du fil pendant 50 minutes avant que les policiers procèdent à son arrestation a toujours été humble au sujet du travail qu’il a accompli.

Ne pas oublier

Il estime toutefois avoir un devoir de mémoire quant à l’événement. 

«C’est un événement qu’il ne faut pas oublier. Il ne faut jamais laisser place à la haine», plaide-t-il. 

Reste que son travail a permis de mettre en lumière l’importance des répartiteurs du 9-1-1 en situation d’urgence.

«Le travail d’équipe, cette soirée-là, a été incroyable. Je ne parle pas juste à la centrale, mais avec les gens sur le terrain, tout s’est emboîté», dit-il.

Effet positif

Cet appel a eu un impact important sur le métier, notamment sur les embauches pour travailler dans ce milieu.

Il y a cinq ans, le recrutement dans ce domaine était extrêmement difficile.  

«Aujourd’hui quand on ouvre un concours, on a énormément de candidatures, indique-t-il. Ça a permis de valoriser ce travail».