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Enseigner en double en raison d’Omicron

Les profs doivent en plus encadrer à distance

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Photo Martin Chevalier L’enseignant d’histoire Daniel Rouillard s’inquiète pour ses élèves absents. , même si son école et son centre de services font des miracles, assure-t-il. Les règles de distanciation ont été respectées lors de la prise de photo.

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Des enseignants qui doivent encadrer les élèves absents tout en donnant leur cours en classe craignent que la situation ne devienne ingérable avec la propagation du variant Omicron.

«On est super inquiets», avoue Daniel Rouillard, qui enseigne l’histoire dans une école secondaire de Sherbrooke.

En date de mardi, il manquait pas moins de six élèves dans certains de ses six groupes, pour un total de 22 absents pour un motif relié à la Covid-19.

Chaque élève absent a droit à un suivi individuel, un courriel personnalisé avec les travaux à réaliser ou des capsules vidéo à regarder, illustre-t-il.

«C’était facile quand on en avait trois [absents] dans la semaine», se souvient-il. Mais depuis le retour des Fêtes et le raz-de-marée Omicron, le portrait est tout autre.

Plus de 49 000 élèves étaient absents en raison de la Covid-19 mardi, selon des chiffres partiels dévoilés par le ministère de l’Éducation jeudi.

Simultané

Dans certaines écoles privées, les profs sont obligés d’enseigner en bimodal, c’est-à-dire que le cours donné en classe doit être diffusé en virtuel pour les absents.

«C’est comme donner deux cours en même temps», témoigne Claire (nom fictif), qui a préféré garder l’anonymat pour ne pas subir de représailles du collège privé où elle enseigne, en Montérégie.

Elle estime que cela lui ajoute près de deux heures de travail par jour. «C’est bien beau de brancher [les absents], mais c’est beaucoup plus compliqué.» Il leur faut un plan de travail différent et un suivi individuel après, puisqu’ils ne peuvent pas poser de questions aussi facilement qu’en classe.

«On a de jeunes profs qui sont partis. Et certains de leurs remplaçants ont quitté aussi», déplore Claire.

«Les gens nous disent que [dans certaines régions], on sent que le nombre d’absents va en augmentant», rapporte Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

«Invivable»

Pour fermer un groupe et le faire basculer à distance, il faut que 60% des élèves soient absents, selon les nouvelles balises du ministère de l’Éducation.

«Ça, ce sera invivable», s’exclame Mme Scalabrini, qui peine à imaginer comment un prof peut faire progresser son groupe dans l’apprentissage dans un tel contexte.

Dans une lettre envoyée au ministre mardi, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal demande d’ailleurs de revoir cette limite de 60% à la baisse.

«Il n’y a pas un enseignant qui va continuer de faire comme si de rien n’était alors qu’il manque la moitié des élèves», dit la présidente Catherine Beauvais-St-Pierre.   

«Désespéré»

«On est encore très loin du 60%, ou même du 20%», souligne le ministre Jean-François Roberge en entrevue avec Le Journal. Mardi, c’était 3,64% des élèves qui étaient absents en raison de la Covid-19.

Il n’est pas question de demander aux enseignants d’effectuer une double tâche, assure-t-il. «J’en appelle à l’indulgence des parents.»

Reste que cette façon de faire est tout aussi difficile pour les élèves, qui ont l'impression de manquer quelque chose, remarque Daniel Rouillard. 

Il donne l’exemple d’un de ses élèves de 5e secondaire qui s’inquiète pour son dossier académique en vue du cégep et qui doit encore une fois être placé en isolement après avoir manqué de nombreux cours à l’automne. «Il est désespéré.» 

C'est pourquoi M. Rouillard songe à dédoubler ses cours si jamais le nombre d'absents venait à augmenter. «Je [préparerais] un cours pour ceux qui sont là, et un cours pour les autres, vers 7h le matin avant le travail», notamment grâce à des capsules vidéo.

Pendant ce temps, les écoles privées qui tiennent mordicus au bimodal pour éviter cette iniquité doivent éviter d’imposer des solutions «mur-à-mur», met en garde Stéphane Lapointe, président de la Fédération du personnel de l’enseignement privé.  

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