/opinion/columnists
Navigation

Il faut prendre les camionneurs au sérieux

Il faut prendre les camionneurs au sérieux
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Rares sont ceux qui ont d’abord pris au sérieux le mouvement des camionneurs en route vers Ottawa. On y voyait une collection d’excités et de farfelus ne méritant même pas qu’on en parle, sauf pour en rire.

Et là, d’un coup, le commentariat qui se gaussait commence à paniquer. 

Trumpiste ?

Ce convoi ne serait-il pas l’expression d’un trumpisme canadien ? Le mot est lancé.  

Le terme est vrai et faux. 

Vrai, car la sociologie de cette rébellion populaire correspond assurément à celle d’une partie de l’électorat trumpiste. Il existe une telle chose qu’un populisme libertarien en Amérique du Nord, et le mouvement des camionneurs n’y est certainement pas étranger.

Faux, car « trumpiste » est une étiquette qu’on lance désormais pour discréditer tout et n’importe quoi.

Nul besoin d’être d’accord avec ce mouvement pour chercher à comprendre ce qu’il exprime au-delà de ses slogans et même de ses revendications.

À travers lui se canalise une bonne partie de l’exaspération d’une partie de la population contre les mesures sanitaires qui étouffent la vie sociale. 

Faut-il rappeler que le mouvement des camionneurs attire la sympathie d’une partie de la population ? 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Naturellement, tout mouvement populaire attire des radicaux qui cherchent à le détourner ou à l’instrumentaliser. Celui-là ne fera pas exception. Les antivax, les vrais conspirationnistes, quelques mouvements extrémistes vont tout faire pour capter son énergie. 

Il faudra néanmoins résister à la tentation de l’y réduire. 

La colère populaire n’est pas toujours juste, mais on ne saurait y répondre par le dédain.

Colère ?

Reste à voir ce que donnera la manifestation d’aujourd’hui à Ottawa. 

La culture politique canadienne se caractérise par un culte de la tranquillité. Si la manifestation cède à la violence ou à la tentation de l’émeute, la population décrochera brutalement. 

Mais d’ici là, ce mouvement, qui inquiète avec raison, vient de faire une brèche dans le consensus idéologique canadien.