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Ottawa l’empêche de travailler

Arrivée de France et formée au Québec, cette camionneuse veut aider à contrer la pénurie de main-d’œuvre

Aurélie Becker, chauffeuse de camion
Photo courtoisie Aurélie Becker a laissé Nancy, en France, pour s’établir à Stoneham-et-Tewkesbury, dans la région de la Capitale-Nationale, mais elle ne peut toujours pas exercer son métier chez nous parce qu’elle doit attendre d’obtenir un autre type de permis.

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Une Française qui a déménagé au Québec pour devenir chauffeuse de camion a l’impression que le fédéral lui met des bâtons dans les roues en tardant à lui fournir le bon permis pour travailler.

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« On a économisé pendant 15 ans pour pouvoir venir ici. Si je ne travaille toujours pas, et que je ne peux pas dans les mois qui viennent, ça va être compliqué de rester », lance Aurélie Becker, 34 ans, qui a laissé sa vie à Nancy, en France, pour venir vivre à Stoneham-et-Tewkesbury, il y a un an et demi.

Depuis la mi-septembre, Aurélie Becker a son diplôme québécois de chauffeuse de camion en poche, mais elle ne peut toujours pas gagner sa vie et dénonce les lenteurs du système.

Pour elle, cela est d’autant plus étonnant que c’est le gouvernement du Québec qui a payé pour sa formation en vertu d’une entente.

« J’ai vraiment le sentiment d’avoir tout donné pour un pays qui finalement ne semble pas vouloir de moi et de mes compétences », confie celle qui a travaillé dix ans pour les épiceries grande surface Lidl en France avant de franchir l’océan.

En gros, Aurélie Becker regrette qu’Immigration Canada ait refusé sa demande de permis de travail ouvert après trois mois en lui disant d’en obtenir un autre, car chaque jour d’attente sans travail saigne son budget.

En pleine pénurie de main-d’œuvre de chauffeurs, elle saisit mal que l’on ne l’aide pas à régler sa situation rapidement avec les bons papiers.

Ce qui l’irrite, c’est qu’il est écrit dans sa lettre de refus qu’elle n’est « pas une personne dont le travail permettra de créer ou de conserver de l’emploi, des avantages ou des débouchés importants pour les citoyens canadiens ».

« Pour le gouvernement, on dirait qu’il n’y a pas tant de pénurie que ça », se désole celle qui pointe aussi du doigt certaines lenteurs du site web de Canada.ca, qui aurait aussi retardé ses démarches déjà fastidieuses.

Or, malgré ses embûches, la trentenaire refuse d’abandonner son rêve, qui l’habite depuis une bonne dizaine d’années. « Camionneur, ce n’est pas juste un métier, c’est un mode de vie », souffle-t-elle.

Rêve québécois

Pour Aurélie, tout avait pourtant commencé sur les chapeaux de roues en 2012 lorsqu’elle a visité pour la première fois le Québec pour des vacances.

À l’époque, le coup de foudre pour le pays avait été si fort que le couple s’était mis à visiter des entreprises de transport pour prendre la température de l’eau.

« On regardait des vidéos de chauffeurs sur YouTube. Mon conjoint a toujours voulu venir ici au Québec pour découvrir les routes américaines dans des camions plus grands que ceux que l’on a en Europe », raconte-t-elle.

Alors que son conjoint originaire de Belgique n’a pas eu de mal à trouver un emploi ici vu son expérience de routier en Europe, Aurélie Becker, diplômée par une école québécoise, ne peut toujours pas prendre le volant.

Bon taux de placement

Hier, Julien Paré, qui enseigne au Centre de Formation du Routier de Montréal s’est dit surpris d’entendre l’histoire d’Aurélie. « Normalement, le taux de placement frôle le 100 % », a-t-il affirmé.

Mais pour Benoit Therrien, président de Truck Stop Québec, le cas d’Aurélie est l’arbre qui cache la forêt et l’on a tort de bouder cette main-d’œuvre. 

« On a besoin de ces gens-là, mais tous les délais d’attente sont inadmissibles. Pourquoi elle ne participerait pas à l’effort collectif ? Elle payerait des impôts », dénonce-t-il.

« Je connais d’autres Français, qui ont dû, attendre, et attendre. Certains ont même été forcés de retourner en France. C’est débile », a-t-il déploré, en disant qu’il est dur de se retrouver dans la paperasserie des programmes.

Ottawa se défend

Joint par Le Journal, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a refusé de commenter le cas d’Aurélie Becker sans son contentement écrit.

Le ministère a souligné qu’il semblait s’agir d’« une demande de permis de travail en tant que conjoint d’un travailleur qualifié, et non en tant que conducteur de camion de transport muni d’une offre d’emploi valide ».

« De janvier à novembre 2021, 215 conducteurs de camions de transport ont présenté une demande de permis de travail pour travailler au Québec dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires (TET) et en ont obtenu un », a ajouté Isabelle Dubois, analyste en communications à IRCC.


Pour les étudiants étrangers, les coûts de formation de chauffeur de camion varient entre 1401,52 $ à 23 318 $, mais ces cours sont gratuits pour les Français, qui respectent certaines conditions.

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