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Trente ans à chausser le Plateau

Depuis son ouverture en 1993, le commerçant Georges Maalouf a connu toutes les phases du quartier

M. Maalouf
Photo Chantal Poirier Georges Maalouf n’a jamais perdu la passion qu’il a pour le travail dans son commerce du Plateau-Mont-Royal.

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Il a le regard et la sagesse de ceux qui ont connu la guerre. Fuyant les violences du Liban, Georges Maalouf va rapidement établir son commerce de chaussures sur Le Plateau-Mont-Royal. Près de 30 ans plus tard, il tire sa révérence, la tête pleine de souvenirs.

« Quand je suis arrivé ici en 1993, il y avait plusieurs magasins vides. Le Plateau était un quartier d’ouvriers. Il y avait des artistes, des intellectuels, c’était le bon temps », dit-il, le sourire tranquille, les yeux rêveurs. 

Sans flafla, Le Journal le rencontre dans sa petite boutique Chaussures Rossini, vestige d’un autre temps. Au fond du magasin, on annonce une vente à 10 $. À la main, il tient un appareil de mesure pour les pieds. 

« Regardez, ça c’était le style du comédien Pierre Lebeau. Il achetait toujours ce type de bottes, le style cubain », raconte-t-il. 

Naguère, le regretté cinéaste et grand nationaliste Pierre Falardeau arrêtait aussi pour piquer une jasette. « Il venait parler avec moi, il était très gentil. La dernière fois, il était malade. Il a toujours acheté ici des chaussures pour son garçon », se rappelle Georges. 

... et le maire Ferrandez

En une autre occasion, une dame entre dans le magasin et interroge le vendeur. 

« La dame me demande : “Que pensez-vous du maire du Plateau ?” J’ai répondu : “Beaucoup de gens ne l’aiment pas, mais il est honnête au moins, il n’est pas voleur !” » raconte-t-il.  

« Et vous savez ce qu’elle m’a répondu ? Elle m’a dit : “Je suis sa maman !” dit-il, en riant, et c’est un client chez moi, Luc Ferrandez, je le connais bien », rigole-t-il.   

La devanture de sa boutique Chaussures Rossini au tournant des années 2000.
Photo Chantal Poirier
La devanture de sa boutique Chaussures Rossini au tournant des années 2000.

Le manque de stationnements

D’ailleurs, pour lui, le controversé ex-maire du Plateau est loin d’avoir été le pire pour les commerçants. « Ceux qui sont venus après lui ont coupé les stationnements ! Ils sont encore plus intégristes. Le Plateau, c’est devenu un labyrinthe, c’est difficile de s’y retrouver. » 

La COVID-19 n’a pas aidé. Les clients plus âgés, sa clientèle, sont devenus craintifs d’entrer dans le magasin. Résultat, il a enregistré une baisse d’achalandage de 30 % au cours des dernières années. 

« Mais ce n’est pas pour cela que je prends ma retraite. C’est pour une question d’âge, j’ai 71 ans. Mais je vais m’ennuyer, car les gens venaient ici pour acheter, et aussi pour parler de choses humaines », dit-il. 

Fuir le Liban

Il a décidé de s’établir au Québec en 1990. Au pays du cèdre, une terrible guerre sévissait et sa maison a été bombardée. « C’était très difficile. J’avais de la famille ici, donc on a décidé de partir », raconte-t-il. 

Ses premiers boulots ? Il court les marchés aux puces, devient franchisé Couche-Tard, puis ouvre une première boutique, rue Masson. 

« On se promenait, on découvrait le pays, on était jeunes. On était toute une communauté libanaise ensemble. Avant que les Walmart débarquent ici », se rappelle-t-il. 

Un an plus tard, il installe ses pénates sur le Plateau. 

« Au début, on payait 1000 $ pour le loyer, tout inclus. Maintenant, c’est 3000 $, plus le chauffage, l’électricité. Mais on a survécu, j’ai diminué les heures d’ouverture, j’ai apporté moins de marchandises. »  

Le Plateau a changé

En 29 ans, ce n’est pas seulement le Plateau qui a changé, mais aussi les habitudes de consommation de ses clients. 

« Auparavant, les gens voulaient davantage de conseils. Maintenant, la jeune clientèle prend des photos de la chaussure, regarde les commentaires sur internet, tout est plus rapide. Ç’a bien changé », dit-il. 

Dans l’intervalle, plusieurs artistes sont partis et ils font place aux yuppies. Des étudiants sont arrivés, de la France, mais aussi ceux qui étudient à McGill « pour apprendre le français ». 

« C’est vrai que le Plateau a changé. Maintenant, j’ai souvent les parents des étudiants français. Ils sont habitués aux plus petites boutiques », explique-t-il. 

« Mais j’ai connu le boom à partir des années 2000. On a eu de belles années. Grâce à Dieu, mais aussi grâce à mon travail, j’ai bien vécu avec ma famille », conclut-il. 

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