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Ukraine: Poutine gagne, quoi qu'il arrive

DOSSIER ELECTION USA - Poutine
Photo AFP Poutine ne pense pas comme un politicien occidental obsédé par les sondages et la prochaine élection.

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La Russie menace d’envahir l’Ukraine.

On ne parle pas ici d’une île microscopique et insignifiante.

La crise est gravissime.

Pourquoi ?

Poutine est tenté parce que la Russie, depuis des siècles, voit l’Ukraine comme une extension d’elle-même, et que des tas de russophones y habitent.

Il voit que les États-Unis sont tétanisés par les fiascos irakien et afghan, et que le peuple américain, qui ne sait même pas où est l’Ukraine, ne veut rien savoir.

Il voit que la société américaine est affaiblie, tiraillée, paralysée par la partisanerie politique, rongée de l’intérieur par ce wokisme qui cultive la haine des institutions et la honte de soi.

Il en parlait récemment dans un discours que nos dirigeants auraient intérêt à lire.

Il voit que les alliés des États-Unis sont divisés, et il a dans sa manche une carte redoutable : 40 % du gaz consommé en Europe vient de la Russie.

Il y songe aussi parce qu’il ne craint pas les sanctions économiques dont on le menace.

Poutine ne pense pas comme un politicien occidental obsédé par les sondages et la prochaine élection.

Il n’a pas d’opposition sérieuse sur la scène domestique, et des sanctions lui donneraient un prétexte pour gouverner de façon encore plus autoritaire.

Plus fondamentalement, Poutine a un rapport charnel, mystique, à la terre russe, qui inclut pour lui l’Ukraine. Chaque pouce du sol national est sacré.

Pourquoi ? Parce que la Russie a été envahie à répétition depuis le 13e siècle jusqu’à Hitler, en passant par Napoléon.

À partir de là, deux principales lectures – je simplifie radicalement faute d’espace – sont possibles.

L’une consiste à dire : Poutine a tellement montré ses muscles qu’il aurait l’air fou s’il reculait.

Sa porte de sortie pour sauver la face serait de s’asseoir et de négocier.

S’il obtient plus de pouvoirs et davantage de reconnaissance internationale pour les régions russophones de l’Ukraine, il pourrait se dire satisfait et même crier victoire.

Dans cette vision des choses, tout à fait défendable, Poutine serait celui qui a mal calculé, trop bluffé, mais qui réussit à minimiser les pertes, voire qui arrache un match nul.

Mais il y a une seconde lecture que je trouve plus convaincante.

La Russie a connu sa propre débâcle en Afghanistan pendant les années 1980. Elle sait qu’occuper durablement un pays est incroyablement plus difficile que l’envahir.

Poutine est trop réaliste pour envahir un vaste pays comme l’Ukraine.

Il peut envahir le Donbass – région d’Ukraine majoritairement russophone et riche en charbon – et l’annexer, comme il l’a fait avec la Crimée en 2014.

Les sanctions n’y ont rien changé. Dossier classé.

Docilité

Cette deuxième lecture comporte une variante : pas d’invasion, pas de vraies négociations.

L’agitation continuerait dans les régions russophones de l’Ukraine, Moscou tirant les ficelles de loin.

L’Ukraine vivrait alors sous la crainte permanente de la mauvaise humeur russe et se comporterait en conséquence : avec docilité.

Bref, quoi qu’il arrive, Poutine ne peut pas perdre.

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