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«Un beau jour sur un rafiot craquant...»

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Photo tirée de twitter

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En secret, presque furtivement, il est mort plus de monde cette semaine dans une autre crise que celle entre la Russie et l’Ukraine, une crise d’ailleurs beaucoup plus près de chez nous. Une quarantaine de migrants ont pris la mer aux Bahamas dans l’espoir d’atteindre les côtes de Floride. Un seul a été retrouvé vivant.

C’est un de ces drames qui devraient nous horrifier davantage que de voir des soldats bien entraînés, bien équipés être déployés auprès d’armements toujours plus sophistiqués. Ils pourraient, ensemble, provoquer tout un carnage, mais on n’y est pas. Et il est fort possible qu’on n’y arrive jamais.

La détresse de cette quarantaine de migrants était, elle, tragiquement réelle et actuelle. Ils ont pris le large samedi soir, entassés dans un petit bateau de contrebande et sans gilet de sauvetage, sur une mer traîtresse, agitée par des vents de plus en plus forts.

On ne connaît pas, dans ce cas-ci, leurs pays d’origine ; possiblement des Haïtiens, des Cubains et des Dominicains, la garde-côtière américaine arraisonnant un nombre croissant de ces rafiots dans les eaux floridiennes. Mercredi, par exemple, les garde-côtes ont intercepté une autre embarcation surchargée : 191 Haïtiens terrifiés, mais vivants. Ils ont eu, ceux-là, une chance folle.

LE DÉSESPOIR SOUS PLUSIEURS FORMES

Cuba et ses plages que les Québécois aiment tant perdent chaque jour un peu plus leurs charmes pour un nombre grandissant de Cubains. La pandémie a intensifié une crise économique déjà aggravée par la reprise des sanctions américaines sous le président Trump et la réduction de l’aide en provenance du Venezuela, lui-même piégé dans un marasme complet.

La misère haïtienne nous est familière. L’instabilité politique, accentuée par l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet dernier, s’est accompagnée d’une montée en flèche de la criminalité et des kidnappings. Même la reconstruction après le tremblement de terre meurtrier du mois d’août a été ralentie par les affrontements entre gangs criminels à Port-au-Prince.

Pas étonnant, du coup, de voir les Haïtiens forcer le destin par tous les chemins possibles. Ils s’engagent dans ce long détour, qui remonte de l’Amérique du Sud jusqu’au Mexique ; ils font le saut par les Bahamas ; ou ils s’essaient directement. En novembre dernier, 63 d’entre eux ont accosté les Keys floridiennes à bord d’un voilier délabré ; épuisés, ils avaient passé trois semaines à dériver.

La mer est tout aussi mouvementée de l’autre côté du pays. Il semble, en fait, que le sud de la Californie ait connu en 2021 l’année de trafic d’êtres humains par voie maritime la plus occupée jamais enregistrée avec tout près de 2000 arrestations.

UNE AUTRE ANNÉE DE GRANDE MIGRATION

Rien de comparable, bien sûr, avec les 1,7 million de migrants stoppés à la frontière mexicaine pendant la même période. D’ailleurs, il faut apparemment déjà se faire à l’idée, l’année qui commence sera pire que celle qui vient de finir.

Les agents des douanes américaines se préparent à effectuer jusqu’à 9000 arrestations chaque jour ce printemps, 40 % de plus qu’au pire de la crise en juillet dernier. Il faut croire qu’Aznavour vivait d’illusions : la misère n’est pas moins pénible au soleil. 

La mer comme porte de sortie  

Plus de 3200 migrants ont été arrêtés par la garde-côtière américaine en 2021. 

  • 1968 dans le sud de la Californie, venant d’Amérique centrale, du Mexique et même du Yémen. 
  • 1316 en Floride, essentiellement des Cubains, des Haïtiens et des Dominicains.  

En Californie, pour le trafic par la mer, les organisations criminelles collectent entre 15 000 $ et 20 000 $ pour un migrant mexicain et jusqu’à 70 000 $ pour les ressortissants d’autres pays.

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