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La relation Mexique-États-Unis sous haute tension avec la réforme électrique

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Il y a de l’orage dans l’air: les relations entre les États-Unis et le Mexique, stratégiques pour les deux pays, traversent une zone de haute tension avec un projet de réforme du marché de l’énergie du gouvernement de gauche mexicain qui électrise Washington.

«De février à mai, ce sont des mois qui vont être critiques», glisse à la presse une source américaine à Mexico.

Présenté en octobre, le projet consiste à renforcer les entreprises publiques nationales (la pétrolière Pemex et CFE pour l’électricité) face au secteur privé. Il se présente sous la forme d’une réforme constitutionnelle, qui doit être approuvée d’ici avril. Le Congrès reprend ses sessions ce mardi.

La réforme constitutionnelle veut corriger l’ouverture du marché lancée en 2013, à l’époque du président «néo-libéral» Enrique Pena Nieto, et dénoncée par son successeur, Andres Manuel Lopez Obrador.

Le texte veut réserver au moins 56% de la production à la Commission fédérale d’électricité (CFE, 100% publique), contre 38% actuellement et 62% pour le secteur privé.

«Les tarifs de l’électricité pourront être maintenus en-dessous de l’inflation», espère le gouvernement. L’inflation est au plus haut depuis 20 ans (7,36% en 2021).

L’exécutif entend également garder le monopole sur sa production de lithium. Le Mexique est l’un des producteurs de ce métal stratégique pour la fabrication des microprocesseurs, loin derrière le Chili et l’Australie.

La réforme «menace au moins 44 milliards d’investissements privés dans le secteur de l’énergie au Mexique», répètent des poids lourds démocrates à Washington.

«Si elle est approuvée, le gouvernement mexicain pourrait annuler des permis dans les énergies renouvelables, des contrats», lit-on dans une lettre au secrétaire d’État Antony Blinken signée par le président du comité des Affaires étrangères du Sénat, Robert Menendez.

«Un des points les plus discutés de la réforme a été sa proposition d’annuler tous les contrats qui ont été signés avec les compagnies privées pour la production et la fourniture d’électricité», avance également l’antenne mexicaine du cabinet d’audit international Deloitte.

Débat sur les énergies renouvelables

«Nous n’allons rien exproprier, pas même la moindre vis», a affirmé cette semaine la secrétaire (ministre) de l’Énergie, Rocio Nahle, au sujet de cette réforme qui inquiète également l’espagnole Iberdrola.

«Il y a certains cas qui peuvent être considérés comme des expropriations indirectes», analysait dès octobre Valeria Vazquez du cabinet Deloitte, dans un entretien à la lettre spécialisée NaturalgasIntel. «C’est le cas quand l’État ne s’empare pas d’un actif ou d’une propriété, comme d’une centrale électrique, mais diminue la valeur économique d’un "business"».

Les États-Unis, signataires avec le Mexique et le Canada du traité de libre-échange nord-américain, peuvent s’appuyer sur les adversaires internes de la réforme constitutionnelle, qui doit être approuvée par les 2/3 des membres du Congrès et du Sénat.

Parmi eux, l’homme fort du parti au pouvoir Morena au Sénat, Ricardo Monreal, qui avait annoncé un report à avril de la réforme, et souhaité qu’elle soit amendée.

Il y a également les gouverneurs des États du nord frontaliers de la Californie et du Texas, comme la Basse Californie ou Sonora. La «Baja» veut rester connectée «à la quatrième économie mondiale, qui est la Californie», avance la source américaine à Mexico.

Entre autres arguments, les États-Unis estiment que la réforme va favoriser les énergies polluantes à base de charbon, au détriment des énergies «propres» ou «renouvelables».

«C’est un mensonge», a déclaré la secrétaire à l’énergie. «Au Mexique nous n’avons que 3% de production d’électricité à base de charbon, contre 22% aux États-Unis et plus de 50% en Chine. L’Allemagne a repris sa production d’électricité à partir du charbon».

«Chaque pays s’accommode des ressources dont il dispose, et sur ce point nous n’allons pas critiquer les autres», a glissé la secrétaire, comme si elle visait Washington.

La réforme constitutionnelle prévoit de réviser trois articles de la Constitution mexicaine (27 à 29) qui disposent que les ressources naturelles sont des propriétés de la Nation.

«Dans le système de croyance mexicain, l’énergie est la question centrale de la souveraineté populaire», analyse l’écrivain et journaliste Ricardo Raphael dans le Washington Post. «Les industries électriques et pétrolières sont perçues comme des biens nationaux dont l’État doit avoir le contrôle».

«Ce n’est pas le cas aux États-Unis, où le secteur privé dispose d’une participation intensive et le gouvernement n’intervient que comme régulateur des marchés», ajoute-t-il.

Fleuron de l’industrie nationale, l’entreprise nationale publique pétrolière Petroleo mexico (Pemex) est née de l’expropriation en 1938 de 17 compagnies anglo-saxonnes par le président Lazaro Cardenas, un moment fort dans l’histoire contemporaine du Mexique.

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