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Bienvenue dans le Pontiac, les têtes dures de la vaccination au Québec

Paysage Pontiac
Nora T. Lamontagne / JdeM

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Bienvenue dans le Pontiac: une région rurale et anglophone de l’Outaouais qui est l’une des moins vaccinées du Québec. Le Journal est parti à la rencontre de ses habitants pour tenter de comprendre pourquoi près d’une personne sur trois y refuse encore et toujours la piqûre.   

Prenez un endroit largement épargné par le virus, où le passeport vaccinal a peu d’effets au quotidien et où l’indépendance d’esprit est une fierté régionale, et obtenez une faible couverture vaccinale, comme dans le Pontiac.

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Cette MRC qui longe la frontière avec l’Ontario est la moins vaccinée de tout l’Outaouais, elle-même la région la moins vaccinée du sud du Québec. 

Au total, 68% de la population y a reçu deux doses, un chiffre bien inférieur à la moyenne provinciale de 81%.

«Rendu à ce point-ci, chaque première dose qu’on donne est un vrai exploit», ironise la pharmacienne Pavlina Zhivkov, installée dans la petite municipalité de Mansfield-et-Pontefract.

Ce sont surtout les 25-34 ans qui traînent de la patte, un phénomène répandu à la grandeur de la province (voir texte plus bas).

Le Journal a mené des entrevues avec des professionnels de la santé, des élus, des commerçants, des vaccinés, des indécis et des antivaccins du Pontiac pour mieux comprendre cette hésitation vaccinale.

Alors que le ministère de la Santé tente de convaincre les plus de 500 000 adultes québécois toujours non vaccinés, cette compréhension est plus importante que jamais.

Une pandémie? Où ça?

Il faut savoir que le coronavirus n’a pas vraiment fait de ravages dans le Pontiac, où 14 000 habitants sont clairsemés sur un territoire de 14 000 km2.

«Surtout au début, les gens ont vu la pandémie à la télévision, mais pas dans leur communauté», fait remarquer le député provincial du Pontiac, André Fortin, en rémission de la COVID-19.

Dr John Wootton soigne les gens du Pontiac depuis 35 ans. Il n'a jamais réussi à convaincre un fervent non-vacciné de se faire vacciner.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Dr John Wootton soigne les gens du Pontiac depuis 35 ans. Il n'a jamais réussi à convaincre un fervent non-vacciné de se faire vacciner.


Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Au Pontiac, la rumeur court que personne n’est mort du coronavirus. Dans les faits, la COVID-19 a fait cinq victimes depuis le début de la pandémie, précise le CISSS de l’Outaouais.

Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Sur la photo, le cimetière enneigé de Shawville par un après-midi de janvier.

Seules deux éclosions se sont déclarées dans les résidences pour aînés de la région. Et les victimes du coronavirus se comptent sur les doigts d’une main, il y en a eu cinq seulement.

«On a eu des décès, mais pas en nombre catastrophique comme en ville. C’est peut-être moins frappant pour la population», renchérit le Dr John Wootton, qui pratique dans le Pontiac depuis 35 ans.

C’est aussi la conclusion de l’anthropologue Ève Dubé, de l’Institut national de la santé publique du Québec.

«Dans un milieu plus rural où il y a eu moins d’éclosions, on peut se considérer comme moins à risque, ce qui peut démotiver à se faire vacciner», affirme-t-elle.

Têtes dures

Vaccination au Pontiac

Mais il y a aussi le caractère des Pontissois. À la question, le plus souvent posée en anglais dans cette région: «pourquoi les gens sont-ils si peu vaccinés?», un nombre considérable de personnes nous ont répondu : «people around here don’t like to be told what to do» (les gens d’ici n’aiment pas qu’on leur dise quoi faire). 

Et plus le gouvernement insiste, pire c’est (voir texte plus bas).

«Avec toutes les choses qu’ils nous enlèvent, j’ai l’impression d’être une enfant à l’école qui se fait punir», rage Holly Lalonde, une mère de 35 ans qui ne se ferait vacciner « pour rien au monde ». 

Pour sa part, le pharmacien Marc Aufranc, qui travaille à Shawville depuis 5 ans, s’est fait à l’idée qu’il est inutile d’essayer de convaincre les plus récalcitrants.

«Je me suis déjà obstiné 30 minutes avec des gens qui lisent des absurdités sur internet sans vérifier leurs sources... On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif», dit-il, philosophe.

Un passeport bien peu utile

Enfin, le fameux passeport vaccinal n’est pas aussi nécessaire à la campagne qu’à la ville. 


Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
La préfète de la MRC du Pontiac, Jane Toller, se fait un devoir de tenir ses concitoyens informés du développement de la pandémie dans la région sur Facebook.

Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Martin Roth, un fermier suisse installé au Pontiac depuis 22 ans, n’est pas près de se faire vacciner. Il connait une dizaine de personnes dans son entourage qui refusent tout autant la piqûre.

«Disons qu’il n’empêche pas grand-chose ici en ce moment», souligne Jane Toller, préfète de la MRC du Pontiac. 

Son territoire ne compte aucun commerce de plus de 1500 m2 qui exige ledit passeport. On peut facilement se procurer du vin à une agence de la SAQ, où il n’est pas nécessaire. Les salles à manger des restaurants et les gyms sont fermés. Et il n’y a pas une SQDC à la ronde.

«Le passeport vaccinal m’aurait plus poussée à me faire vacciner quand j’habitais à Hull qu’[à Campbell’s Bay]», résume Kim Laroche, une trentenaire doublement vaccinée.

Qui sont les non vaccinés?  

Le nom qu’il ne faut pas prononcer  

Perry Hodgins, fermier, n'est pas vacciné. Il ne se considère pas comme complotiste pour autant.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Perry Hodgins, fermier, n'est pas vacciné. Il ne se considère pas comme complotiste pour autant.

Le Journal a échangé avec plusieurs personnes non-vaccinées, mais aucune d’entre elles ne s’identifie au mouvement «anti-vaccin» ou complotiste, même quand elles nient l’existence du virus ou relient à tord les vaccins à l’autisme. «Je ne suis pas un anti-vax, ça c’est l’étiquette que nous ont collés les grands médias», s’emporte Perry Hodgins, un fermier retraité de 65 ans rencontré à Shawville. 

En attendant Medicago   

Robert Boulet, un contracteur et fermier biologique, n'est pas vacciné.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Robert Boulet, un contracteur et fermier biologique, n'est pas vacciné.

Robert Boulet, 57 ans, a «zéro confiance envers les pharmaceutiques», d’où sa réticence à recevoir le vaccin de Pfizer ou de Moderna. Ceci dit, l’entrepreneur en construction de Clarendon, qui est aussi maraîcher bio à ses heures, promet d’être le premier en ligne le jour où une dose de Medicago sera disponible. La compagnie basée au Québec a demandé l’examen et l’approbation de son vaccin à Santé Canada en décembre.

Un remède de cheval  


Photo: AFP
Des théories non fondées ont circulé en ligne sur l’utilité de l’ivermectine pour prévenir ou guérir la COVID.

Des non-vaccinés du Pontiac ont préféré consommer à petite dose de l’ivermectine vétérinaire liquide – un vermifuge pour chevaux – pour se prémunir contre la COVID plutôt que de recevoir un vaccin. «Je connais des gens vraiment intelligents qui en ont pris», confirme Shauna McKenna, du B&M de Shawville, qui vend du matériel agricole. Le pharmacien Marc Aufranc a aussi reçu des demandes de patients qui cherchaient à s’en procurer. Au début de l’automne, des théories non fondées ont circulé en ligne sur l’utilité de l’ivermectine pour prévenir ou guérir la COVID.

Le virus de la discorde  

La vaccination crée des tensions au sein de communautés tricotées serrées                    

À Shawville comme dans d’innombrables petites villes où tout le monde se connaît, la polarisation entourant le vaccin menace plusieurs relations.

La pancarte d'arrivée à Shawville, au Pontiac.
Nora T. Lamontagne / JdeM
La pancarte d'arrivée à Shawville, au Pontiac.

«C’est probablement le sujet qui nous a le plus divisés, d’aussi loin que je me souvienne», témoigne Bill McCleary, maire de Shawville, situé à 80 km de Gatineau. 

Car ici, presque tout le monde connaît au moins un non-vacciné, qu’il soit un proche, un voisin, un collègue ou un ami d’enfance. 

«[En milieu rural], les antivaccins et les provaccins, ce n’est plus juste théorique. On sait qui croit à quoi et on s’emporte plus facilement», souligne la psychologue Geneviève­­­ Beaulieu-Pelletier. 

Le sujet de la vaccination divise dans la communauté de Shawville. Son maire, Bill McCleary, a encore en mémoire la petite commotion provoquée par des anti-vaccins après l’imposition du passeport vaccinal à l’aréna local à la mi-novembre.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Le sujet de la vaccination divise dans la communauté de Shawville. Son maire, Bill McCleary, a encore en mémoire la petite commotion provoquée par des anti-vaccins après l’imposition du passeport vaccinal à l’aréna local à la mi-novembre.


Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
D’un côté, le pharmacien français Marc Aufranc installé à Shawville en a contre les anti-vaccins qui propagent de la désinformation pure et simple.

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De l’autre, Holly Lalonde, 35 ans, refuse de se faire vacciner autant contre la COVID-19 que contre la grippe. Ses deux enfants ne sont pas plus vaccinés contre le coronavirus.

Carte

Dans la petite ville de 1500 âmes, Le Journal a remarqué que plusieurs hésitent d’ailleurs à commenter le sujet de la pandémie, comme s’ils anticipaient un conflit. 

«Je ne vais pas mentir, ça crée un peu de frictions», confie Holly Lalonde, une ex-coiffeuse qui refuse de se faire vacciner. 

Elle raconte que l’une de ses sœurs a reçu ses doses et ne fréquente que d’autres vaccinés. 

«Je ne l’ai pas vue depuis un an», laisse tomber la femme de 35 ans en achetant une pinte de lait sans porter de masque, alors que c’est interdit dans les commerces.

Des règles flexibles

À ce sujet, Le Journal a remarqué que certains commerçants de Shawville font fi des règles sanitaires ou refusent de se positionner sur la vaccination pour éviter de froisser de fidèles clients. 

«Les non-vaccinés ont autant d’argent à dépenser que les vaccinés. Je n’ai pas le choix de rester neutre», lance un restaurateur qui souhaitait rester anonyme pour ne pas nuire aux affaires.

Dan Duggan, propriétaire de la boulangerie Maison Pontiac, se fait un devoir de respecter toutes les règles de la santé publique, comme en témoigne son masque et les Plexiglas dans son commerce établi à Shawville.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Dan Duggan, propriétaire de la boulangerie Maison Pontiac, se fait un devoir de respecter toutes les règles de la santé publique, comme en témoigne son masque et les Plexiglas dans son commerce établi à Shawville.


Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
L’église pentecôtiste de Shawville encourage les passants à «tweeter les autres comme ils aimeraient être tweetés» (Tweet others as you want to be tweeted).

Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Des kilomètres de route de campagne séparent les villages du Pontiac, ce qui a certainement aidé à freiner la propagation du virus.

Propriétaire de la boulangerie familiale Maison du Pontiac, Dan Duggan est d’un tout autre avis. 

«J’ai perdu des clients parce qu’ici on s’assure que les règles sont respectées et que c’est sécuritaire pour tout le monde», dit l’entrepreneur, dont tout le personnel est vacciné.

Pointés du doigt

Allan Derouin, qui venait tout juste de recevoir sa troisième dose, en a contre les non-vaccinés. Il ne comprend pas leur refus, surtout que le vaccin est gratuit.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Allan Derouin, qui venait tout juste de recevoir sa troisième dose, en a contre les non-vaccinés. Il ne comprend pas leur refus, surtout que le vaccin est gratuit.

Pendant ce temps, des non-vaccinés, quelle que soit la raison de leur décision, se font pointer du doigt. 

«Ce sont eux qui retardent tout le groupe», peste Allan Derouin, un travailleur de la construction triplement vacciné. 

Mais ce genre de commentaires pèse lourd sur le moral, à la longue, confie un non-­vacciné, qui se fait reprocher quotidiennement son statut vaccinal. 

«Ils m’appellent “Bob le complotiste”», grimace pour sa part Robert Boulet, exclu des parties de hockey amateur qu’il disputait au sein de la même équipe depuis 30 ans parce qu’il n’est pas vacciné.

Les efforts déployés  

Un succès autochtone  

Les métis Paul Crête, Richer Levesque et Steven Levesque, de la Communauté autochtone du Pontiac, ont convaincu pratiquement tous leurs 425 membres de se faire vacciner.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Les métis Paul Crête, Richer Levesque et Steven Levesque, de la Communauté autochtone du Pontiac, ont convaincu pratiquement tous leurs 425 membres de se faire vacciner.

La Communauté autochtone du Pontiac, une association qui regroupe près de 425 Métis établis dans la région, se targue d’un taux de vaccination qui approche les 100% parmi ses membres. 

Son secret? «Ils suivent le chef», s’exclame en riant Richer Levesque, 76 ans, à la tête de l’organisation. 

Plus sérieusement, ce dernier s’est fait un devoir de rassurer personnellement ses membres qui avaient des doutes.

Paul Crêté, aîné métis, a aussi pris des rendez-vous en ligne pour plusieurs membres et les a accompagnés au centre de vaccination, au besoin. Tous deux croient que le lien de confiance y est pour beaucoup dans ce succès.

Prendre le temps qu’il faut  

Chaque première dose injectée au Pontiac est un vrai exploit, considère Pavlina Zhivkov, derrière le comptoir de sa pharmacie à Mansfield-et-Pontefract.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Chaque première dose injectée au Pontiac est un vrai exploit, considère Pavlina Zhivkov, derrière le comptoir de sa pharmacie à Mansfield-et-Pontefract.

La pharmacienne Pavlina Zhivkov et ses employés sont parvenus à injecter plus de 2000 doses à la population du Pontiac à force de patience et de compréhension. 

«Notre infirmière peut s’asseoir une demi-heure pour convaincre une personne de se faire vacciner. Ils demandent des arguments, c’est long, ça n’en finit plus, mais elle prend le temps. C’est du cas par cas», relate la sympathique pharmacienne. 

La préfète de la MRC du Pontiac, Jane Toller, est convaincue que cette approche a fait « une grosse différence » sur la couverture vaccinale dans les environs de Mansfield-et-Pontefract. 

La vaccination y est «un peu moins clinique, un peu plus rassurante», dit-elle, d’autant plus que les Zhivkov sont reconnues dans la communauté comme pharmaciennes de mère en fille.

Cliniques éphémères   


Photo: Courtoisie
Neuf cliniques éphémères ont permis de vacciner un peu plus de 700 personnes à l’été et à l’automne dernier dans les endroits un peu plus reculés du Pontiac.

Dans un territoire aussi vaste que celui du Pontiac, des cliniques de vaccination mobiles ont permis de rejoindre des populations plus isolées cet été.

«C’est le secteur où on en a fait le plus dû à des raisons géographiques et à la couverture vaccinale qui n’est pas optimale», explique Nency Héroux, directrice de la vaccination au CISSS de l’Outaouais. 

Plusieurs des 156 habi­tants de Rapides-des-Joachims ont ainsi pu recevoir une dose lors du passage d’un «vaccibus» en juillet 2021. La clinique de vaccination la plus proche se trouvait autrement à 120 km de là.

Les jeunes adultes traînent de la patte  

La cible espérée de 75% de couverture vaccinale au Pontiac est loin d’être atteinte, surtout chez les jeunes adultes, malgré les efforts de la Santé publique de la région.

Le centre récréatif de Campbell’s Bay a une nouvelle vocation depuis le printemps dernier : il a été converti en le seul centre de vaccination permanent dans tout le Pontiac.
Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
Le centre récréatif de Campbell’s Bay a une nouvelle vocation depuis le printemps dernier : il a été converti en le seul centre de vaccination permanent dans tout le Pontiac.

Par un après-midi glacial de la fin janvier, le va-et-vient constant dans le stationnement du seul centre de vaccination permanent de la MRC, à Campbell’s Bay, donne l’impression que le Pontiac est en train de rattraper son retard. 

Or, Le Journal a surtout rencontré des doublement vaccinés venus chercher leur booster, comme on dit ici, et non leur première dose. 

En fait, seuls 80 Pontissois, sur des milliers de non-vaccinés, ont finalement décidé de recevoir un premier vaccin contre la COVID en janvier.

Insouciante jeunesse

Dans cette MRC où la population est vieillissante, les plus difficiles à motiver sont sans contredit les jeunes adultes, selon le CISSS de l’Outaouais. 

Seuls 54% des 25 à 29 ans et 56% des 30 à 34 ans de la région sont adéquatement protégés. 

«On n’a pas fait d’enquête pour comprendre ce qui se passe, alors je ne peux qu’être prudente. Mais il y a des populations plus ou moins touchées par la COVID et ça influence la sensibilisation à la vaccination», avance Nency Héroux, responsable de la campagne de vaccination en Outaouais.

Pour les plus récalcitrants d’entre eux, rien n’y fait. Ni le passeport vaccinal, ni l’idée finalement abandonnée d’imposer une taxe antivax, ni les neuf cliniques éphémères dans des municipalités reculées cet été, ni l’ouverture du centre de vaccination le samedi. 

Par ailleurs, l’éloignement des lieux de vaccination ne semble pas constituer une barrière à la vaccination des jeunes adultes.

Après tout, ils sont habitués à conduire des dizaines de kilomètres quotidiennement, notamment pour aller au boulot.

Vaccinés en Ontario?

Le CISSS de l’Outaouais soupçonne d’ailleurs que certains Québécois travaillant en Ontario y ont reçu leurs doses, sans les avoir fait valider au Québec. 

Nency Héroux est convaincue que le taux de vaccination de 68% du Pontiac est «sous-estimé» en raison de ce phénomène. 

Ni le ministère de la Santé du Québec ni celui de l’Ontario n’ont pu fournir de chiffres pour valider cette théorie.

Les effets contraires du passeport sanitaire  

L’approche plus punitive adoptée par le gouvernement dans l’espoir de persuader les derniers récalcitrants de se faire vacciner contre la COVID a des effets contre-productifs, s’inquiètent des expertes.


Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
À Fort-Coulonge, tout le monde se connait… et a de bonnes chances de connaître le statut vaccinal des autres.

Photo: Nora T. Lamontagne / JDM
La même chose se produit à Shawville, un village de près de 1600 habitants.

«Toute la pression qu’on met actuellement sur les non-vaccinés peut avoir l’effet pervers de solidifier leurs croyances», souligne l’anthropologue Ève Dubé, qui se penche sur l’hésitation vaccinale au sein de l’Institut national de la santé publique (INSPQ). 

C’est dire que l’imposition du passeport sanitaire ou encore la menace d’un impôt «considérable» pour les non-vaccinés, même si elle a été abandonnée, ont braqué certains indécis plutôt que de les convaincre à recevoir la piqûre.

«Si quelqu’un était plus en réaction face à l’autorité, il a perçu ces incitatifs-là comme une autre tentative de le contrôler», avance la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. 

La colère des participants du «convoi de la liberté», qui a pris d’assaut Ottawa le week-end dernier, en est un exemple parlant. 

Mais cette hypothèse se vérifie aussi dans la MRC du Pontiac, où plusieurs non-vaccinés nous ont dit être plus confortés que jamais dans leur décision. 

«Je suis devenu un citoyen de seconde classe. Plus on réprime mes droits, plus ça me fâche», a affirmé le propriétaire non vacciné d’une PME de Shawville qui tenait à rester anonyme. 

Pire encore, le recours à des mesures répressives pourrait aussi miner la confiance dans les autorités à plus long terme, prévient Mme Beaulieu-Pelletier.

Peine perdue

À ce stade-ci de la pandémie, cette dernière considère néanmoins qu’il est désormais trop tard pour tenter de convaincre les plus farouches antivaccins. 

«Ça fait déjà presque deux ans... Plus ça va, plus ils sont polarisés. Ils ne viendront plus», laisse-t-elle tomber. 

De toute façon, les deux spécialistes ne s’attendent pas à ce que toute la population, sans exception, soit vaccinée contre la COVID-19. 

«Plus on approche de 100%, plus c’est difficile de convaincre des gens de se faire vacciner», note Ève Dubé, de l’INSPQ. 

Malgré tout, Geneviève Beaulieu-Pelletier conseille de ne pas rejeter ou ridiculiser ses proches non vaccinés et d’être là pour eux. 

«Ça peut être très honteux de changer d’idée [au sujet du vaccin] après tout ce temps. S’ils se sentent soutenus, c’est plus probable qu’ils acceptent de faire ce genre de changement.»