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La dislocation de la famille francophone en Afrique

Louise Mushikiwabo
Photo d'archives, Agence QMI Le premier ministre François Legault et la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie, Louise Mushikiwabo.

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Les relations franco-africaines sont actuellement en état de convulsion, voire de déliquescence en Afrique francophone. Une génération postcoloniale plus éduquée, instruite, connectée au monde globalisé et formant la jeunesse du moment bat la mesure de défiance à l’égard de la politique de l’ancien colonisateur, accusé de ne pratiquer que la politique de ses propres intérêts sur le continent.

Soixante-deux ans après les indépendances, au Burkina Faso, au Mali, en Guinée, au Sénégal ainsi qu’au Tchad, de jeunes Africaines et Africains ont massivement manifesté contre les symboles de la présence française en Afrique. Leurs préoccupations portent notamment sur des enjeux relatifs à une réelle souveraineté, à la mal gouvernance, à la corruption, à l’insécurité et à la misère... Le produit des relations « incestueuses » que des élites politiques et économiques françaises entretiendraient avec une poignée de leurs homologues autocrates africains.

Une tache d’huile

S’il n’y a pas de changements de paradigmes tangibles à moyen terme dans la politique que mène la France en Afrique, il est fort probable que ce mouvement fasse tache d’huile avec notamment l’aide occulte des nouveaux « amants » de l’Afrique que sont notamment la Chine, la Russie, la Turquie ou les pays du Golfe.

C’est un mouvement qui est loin de perdre son souffle, car selon l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF), la population africaine doublera d’ici 2050 pour atteindre 2 milliards d’habitants. De ce nombre, 60 % auront moins de 30 ans.

Le Québec mise sur le bassin francophone africain dans sa stratégie de maintien de son poids linguistique au Canada. Conséquemment, il aurait lui aussi intérêt à ce que le couple franco-africain en arrive à une résolution de la crise. Dans l’hypothèse où la crise perdurerait, il ne faudrait pas se surprendre de la désaffection de francophiles sur le continent.

Réviser la politique de la France en Afrique

Cette politique n’a pas du tout évolué dans le bon sens depuis les indépendances. Il y a eu de multiples signaux, des mises en garde et des discours indiquant l’impératif d’un changement de paradigme vis-à-vis de la politique de la France en Afrique. Mais rien de concret n’est encore visible sur la table.

Avant de quitter ce monde, l’ancien président français Jacques Chirac avait saisi l’urgence d’agir. Il avait notamment reconnu dans le cadre d’une entrevue que les richesses de l’Afrique avaient été pillées y compris par la France.

« On oublie seulement une chose. C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique. Pas uniquement. Mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique. Alors, il faut avoir un petit peu de bon sens. Je ne dis pas de générosité. De bon sens, de justice, pour rendre aux Africains, je dirais, ce qu’on leur a pris. D’autant que c’est nécessaire, si on veut éviter les pires convulsions ou difficultés, avec les conséquences politiques que ça comporte dans un proche avenir. » —Jacques Chirac

Paroles à considérer sérieusement en ce Mois de l’histoire des Noirs.

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