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Convoi à Ottawa: des ex-militaires et agents de la GRC parmi les têtes pensantes

À la tête de l’organisation, ceux-ci représentent un risque majeur selon les autorités policières

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OTTAWA | Des ex-militaires et agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) entraînés et organisés sont parmi les têtes pensantes de l’occupation de la capitale fédérale et mettent la police sur les dents.

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Le chef de la police d’Ottawa Peter Sloly a déclaré jeudi que la présence de ces individus représente un « risque » majeur, puisqu’ils ont des capacités d’organisation, de logistique et de financement hors du commun.

« C’est une manifestation sans précédent. [...] Ils ont des centres de commandement établis dans tout le pays et à l’étranger », a-t-il dit, en indiquant avoir été briefé à ce sujet jeudi encore par les services de renseignements.

Parmi ces individus, on compte Daniel Bulford, ex-tireur d’élite au sein de la GRC, affecté à la sécurité du premier ministre jusqu’à l’automne dernier. Il assure maintenant la sécurité du convoi.

« Il connaît la routine des services de sécurité au parlement et autour du premier ministre », s’inquiète Barbara Perry, criminologue à l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario.

Aux côtés de Bulford, Tom Marazzo, ex-capitaine dans les Forces armées canadiennes, dit assurer la liaison entre les protestataires et les services policiers. Il se présente comme l’expert en renseignement du convoi. Ex-militaire, il a travaillé au sein d’unités de renseignement de la Défense nationale et de la GRC.    

  • Écoutez la rencontre Benoit Dutrizac et Mario Dumont diffusée chaque jour en direct 7 h via QUB radio :   

Disciplinés et convaincus

« Ces individus sont entraînés au maniement des armes, ils ont suivi un entraînement tactique, ils sont disciplinés », renchérit David Hofmann, sociologue à l’Université du Nouveau-Brunswick, qui étudie le leadership au sein des groupes terroristes et d’extrême droite.

Pour Mme Perry et M. Hofmann, on aurait tort de ne pas prendre au sérieux le danger que représentent ces individus qui, à titre d’ex-agents, sont convaincus d’être des défenseurs légitimes des libertés face à un « État tyrannique ».

« Nous y sommes maintenant. Il n’y a pas de retour en arrière. Nous sommes déterminés à faire tout ce que nous pouvons pour récupérer nos libertés », a déclaré Bulford.

Agents de propagande

« Je ne suis pas convaincu qu’ils s’engageraient dans des actes violents. Mais leur présence est alarmante. Ils donnent de la légitimité au mouvement et permettent de recruter », explique M. Hoffman.

« Leur rhétorique devient de plus en plus agressive, ajoute Mme Perry, c’est de la provocation. C’est inquiétant parce que ça prend seulement une personne qui les écoute et passe à l’acte pour faire de sérieux dommages. »

À ce sujet, le chef Sloly a dès le début dit craindre « les loups solitaires ».

Mme Perry étudie depuis des années le recrutement de militaires et policiers canadiens par les milices d’extrême droite les plus violentes d’Amérique du Nord.

Elle se désole de la « complaisance » du public et des élus envers cet enjeu que les Canadiens continuent, à tort dit-elle, de percevoir comme un problème américain.      

  • Écoutez Philippe-Vincent Foisy et Antoine Robitaille au micro de Benoit Dutrizac tous les jours en balado ou en direct à 12h00 via l’app QUB et le site qub.ca :  

Qui sont-ils ?  

Daniel Bulford

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Au cours des huit dernières années, il était tireur d’élite au sein de la GRC, affecté à une unité tactique responsable de la sécurité du premier ministre Justin Trudeau à chacune de ses apparitions publiques.

Il a remis son badge à l’automne 2021, car il refusait de se faire vacciner contre la COVID-19. Il est rapidement devenu le porte-parole de Mounties for Freedom, un regroupement d’ex-agents et d’agents en service de la GRC et de la police opposés aux mesures sanitaires.

D’après son site web, cette organisation compte des membres à l’emploi de 45 services de police au pays, dont le Service de police de Montréal et la Sûreté du Québec. On y trouve aussi des pompiers, des militaires, des agents des services correctionnels et des soignants.


Tom Quiggin

Photo courtoisie, Chambre des Communes

Il a travaillé au sein d’unités de renseignement à la GRC, à Immigration Canada, au Conseil privé et à la Défense, selon son CV sur LinkedIn et plusieurs publications auxquelles il contribue, dont le Texas National Security Review, une publication de l’Université du Texas.

À titre de consultant en sécurité, il a été appelé à témoigner comme expert devant le Comité de la défense au Sénat.

Il est l’auteur de plusieurs publications islamophobes, dont une trilogie de politique fiction basée sur la théorie xénophobe conspirationniste du grand remplacement (great reset). Justin Trudeau y est retrouvé mort étranglé dans son lit avec une paire de chaussettes offertes par le ministre des Transports actuel, Omar Alghabra.


Tom Marazzo

Capture d'écran

Ex-capitaine, il a servi dans les Forces armées canadiennes pendant 25 ans avant de devenir développeur informatique en 2015, selon son CV sur LinkedIn. Il est membre de Police on Guard for Thee, un regroupement similaire à Mounties for Freedom.

En partenariat avec le Centre pour les droits constitutionnels, basé en Ontario, les membres de Police on Guard mènent des actions en cour contre les mesures sanitaires qui, selon eux, vont à l’encontre de leur serment de défendre la Constitution et la Charte des droits.

Lundi, Marazzo a invité les partis d’opposition et la gouverneure générale à s’asseoir avec les organisateurs du convoi afin de former une coalition. Il revenait ainsi au protocole d’entente absurde que les manifestants veulent présenter à la gouverneure générale pour forcer la démission du gouvernement Trudeau.


Tamara Lich

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Ex-travailleuse du secteur pétrolier, Lich est la créatrice de la campagne de sociofinancement GoFundMe du convoi.

C’est une des fondatrices du Maverick Party, le parti séparatiste albertain, né du Wexit, qui réclame l’indépendance des provinces de l’Ouest. Elle a récemment démissionné de son poste de secrétaire du parti.

Lich est aussi impliquée dans les Gilets jaunes et a été parmi les organisateurs d’une précédente tentative de paralyser Ottawa en camion : la manifestation United we Roll, en 2019, contre la taxe carbone. 


Benjamin Ditcher

Fondateur de l’organisation Rainbow Conservatives, qui s’est donné pour objectif de lutter pour les droits de la communauté LGBTQ au sein du Parti conservateur, il s’est présenté sous la bannière conservatrice à Toronto en 2015.

En 2019, il s’est allié au Parti populaire de Maxime Bernier. Cette année-là, lors de la convention du parti, il a déclaré que la politique canadienne était « pourrie » par l’« islam politique », qu’il a comparé à la « syphilis ».

C’est le porte-parole le plus bavard lors des points de presse du convoi auxquels seuls les blogueurs favorables sont admis, au détriment des médias traditionnels. Mercredi, il a déclaré à l’intention des journalistes exclus « nous allons devenir très agressifs [...]. Les médias vont apprendre une dure leçon ». Depuis le début de l’occupation, les journalistes sont pris pour cible dans les rues et sur les réseaux sociaux.


Patrick King

Photo Francis Pilon

King n’est jamais devant la caméra lors des points de presse des porte-parole officiels du convoi. Mais il est listé comme un des contacts officiels et est un des porte-voix les plus bruyants du mouvement sur les réseaux sociaux.

Cofondateur du mouvement séparatiste Wexit, il se présente régulièrement avec des vêtements à l’effigie des Soldats d’Odin, une milice néonazie née en Finlande qui organise des chasses aux immigrants dans les rues. 

Il a déclaré peu avant l’arrivée du convoi que « la seule façon » dont ceci va se terminer « c’est avec une balle dans la tête de Trudeau ». Menace de mort à laquelle nous a habitués une autre vedette du mouvement, Romana Didulo, arrêtée par la GRC en décembre après avoir appelé aux meurtres de soignants.

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