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La droite fêlée à l'américaine

La droite fêlée à l'américaine
Photo AFP

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J’ai croisé à Montréal un camion arborant l’unifolié, le fleurdelisé et un drapeau de Trump, en plus de symboles nazis et confédérés. On est rendu là.

C’était probablement un sympathisant des camionneurs antivaccins, dont le mouvement dépasse désormais la contestation des mesures sanitaires.

Les camionneurs cherchent maintenant à perturber les échanges à la frontière, mais le mouvement qu’ils ont inspiré montre que nos frontières sont perméables aux idées toxiques de la droite américaine.

De la petite bière

Certains commentateurs s’alarment de l’influence de la gauche américaine dite « woke » dans nos universités. En tant qu’universitaire, je trouve cette influence bien modeste comparée à celle des courants de droite qui s’abattent sur nous comme des pluies acides.

Ces courants sont le populisme autoritaire à la Trump, bien en vue dans les convois de camionneurs, et la droite libertarienne, celle qui souhaite effacer l’État au profit des ploutocrates et qui occupe déjà une place enviable dans les institutions qui définissent nos politiques publiques – notamment grâce aux millions de la Fondation Koch et d’autres « philanthropes » américains.

Certains appellent cela le « populisme ploutocratique ». Ça expliquerait cette autre aberration que j’ai vue récemment à Montréal : une plaque personnalisée « DJTRUMP » accolée à une Bentley de 300 000 $.

À côté de ça, l’influence du « wokisme », c’est de la petite bière.

L’internationale trumpiste ?

Il suffit d’entrevoir les manifestants pour voir les signes de ces idées toxiques made in USA. Au-delà des gadgets trumpistes et des symboles de l’extrême droite et des complotistes siphonnés de QAnon, ce sont les méthodes, les sources d’inspiration et les réseaux de diffusion qui permettent d’associer ce mouvement au populisme autoritaire à l’américaine.

Les figures de proue politiques et médiatiques de cette mouvance aux États-Unis ont récupéré à leur compte ce nouveau mouvement. Résultat : le monde entier parle des camionneurs canadiens. Pas étonnant que les millions qui ont afflué dans leur compte de sociofinancement provenaient largement des États-Unis.

Ces leaders d’opinion, Trump en tête, exploitent la grogne universelle contre les mesures sanitaires pour alimenter les mouvements populistes autoritaires.

Une méthode éprouvée

Au Canada, si le mouvement s’était contenté de donner une tribune à des acteurs marginaux comme Maxime Bernier et Rambo Gauthier, il n’y aurait pas de quoi s’inquiéter, mais ce n’est pas la méthode trumpiste.

Le populisme autoritaire de Trump s’est imposé en noyautant un parti de gouverne bien établi, pas un tiers parti. 

La droite populiste canadienne qui s’en inspire a réussi à déloger le chef conservateur Erin O’Toole. C’est un début.

Si des « trumpistes » canadiens parviennent à noyauter un parti de gouverne, on peut s’attendre à la normalisation de politiciens qui exploitent les préjugés et les ressentiments pour imposer leur pouvoir, souvent par la tromperie, parfois par la violence.

Le Parti conservateur du Canada optera-t-il pour des dirigeants qui exploitent stratégiquement la grogne et le ressentiment des milieux populaires pour mettre en place des politiques qui bénéficient d’abord aux ploutocrates et qui mettent les institutions politiques en péril ? Ça vous rappellerait quelque chose ?

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