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L’écœurantite aiguë comme programme politique

Latendresse 13 février
Photo courtoisie Rencontre avec Mark Chatoff, le PDG d’un des plus grands marchés de fleurs de Los Angeles.

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Il existe sûrement un terme plus scientifique et un diagnostic plus détaillé que simplement « J’en ai plein mon casque ! » ou « Maudit hiver à m... ! », à quoi s’ajoute chaque jour une nouvelle litanie d’injures envers la pandémie.

On l’entend depuis toujours, mais cette année la plainte est amplifiée par le klaxon des camionneurs. Ce qui ne change pas la réalité : ce cri du cœur a le défaut inné d’être purement irrationnel.

Prenez le blocage de l’Ambassador Bridge entre Windsor et Detroit : cette soi-disant opération d’appui aux « défenseurs de la liberté de ne pas se faire vacciner » nuit aux chauffeurs qui veulent livrer leurs marchandises, être payés et rentrer chez eux. Elle retarde, voire paralyse la production de l’industrie automobile, et les conséquences, ce sont d’autres travailleurs qui doivent les assumer.

La vaccination forcée ? L’Alliance canadienne du camionnage répète que 85 % à 90 % des 120 000 camionneurs qui travaillent sur des routes transfrontalières sont déjà vaccinés. Et les quelques milliers qui ne le sont pas, de toute façon, ne pourraient pas entrer aux États-Unis puisque la même obligation a cours.

Le triomphe de l’incohérence

Les chiffres de l’inflation aux États-Unis, tombés à la fin de la semaine, ont été ressentis comme une autre claque au visage par bien des gens : une hausse des prix de 7,5 % sur un an, du jamais-vu en quarante ans. Tout le monde a son histoire de produits et de denrées devenus plus chers.

Les gens ragent et se lamentent, ce que Gallup a documenté en demandant aux Américains s’ils jugeaient que le pays se trouvait sur la bonne voie : à 82 %, ils répondent non ! Pourtant, tout est loin d’aller si mal. Après deux années de pandémie, l’économie américaine s’est mieux redressée que celle de la plupart des autres pays développés.

À 5,7 % en 2021, les États-Unis n’ont pas connu une telle croissance économique depuis 1984. Quant au chômage, à 4 % en janvier, le pays continue de flirter avec le plein emploi. Dans certains États, où l’humeur est apparemment massacrante et le mécontentement envers l’administration Biden à un sommet, le taux de chômage n’atteint pas 2 %.

Les couleurs de l’essentiel

Il faut se faire à l’idée, bien des gens ne réagissent pas rationnellement en ce moment aux informations de base ou aux données objectives qu’on leur transmet.

Une grande coupable, la damnée pandémie ! Dans un sondage de CNN dévoilé jeudi dernier, les trois quarts des Américains se décrivent comme épuisés, 60 % s’avouent en colère et 58 % inquiets. Pas fort, le moral.

J’ai rencontré, plus tôt cette semaine, un homme qui a une idée pour s’arracher à cette léthargie. Mark Chatoff, le PDG d’un des plus grands marchés de fleurs de Los Angeles, me décrivait les hauts et les bas de son industrie pendant deux ans, jusqu’à ce que le maire de la ville et le gouverneur de la Californie décrètent que les fleurs font partie des services essentiels.

Rencontre avec Mark Chatoff, le PDG d’un des plus grands marchés de fleurs de Los Angeles.
Photo courtoisie
Rencontre avec Mark Chatoff, le PDG d’un des plus grands marchés de fleurs de Los Angeles.

Surpris de mon scepticisme, il m’a fait la leçon sur la valeur émotionnelle des couleurs et des odeurs. « Pense au contact personnel ; tu choisis quelque chose de beau et tu l’offres à quelqu’un. It feels good! » Irrationnel assurément, mais oh combien gratifiant !  

LE MONDE À L’ENVERS  

Certes...  

  • Taux d’inflation à 7,5% (le plus élevé depuis 1982)    

Mais...  

  • Croissance du PIB à 5,7% (le plus élevé depuis 1984)    

Taux de chômage à 4% avec plusieurs États faisant beaucoup mieux :  

  • Nebraska 1,7%  
  • Utah 1,9%  
  • Oklahoma 2,3%  
  • Vermont 2,5%  
  • New Hampshire 2,6%   

Hausse des salaires sur un an à 5%

(Source : Bureau of Labor Statistics, Département du Travail, janvier-février 2022)

Et pourtant...  

  • 58% des Américains désapprouvent le travail du président Biden.  
  • 57% jugent que la première année de sa présidence a été un échec.    

(Source : CNN / SSRS, janvier-février 2022)

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