/investigations/justice
Navigation

Garderie sous gestion douteuse: le ministre exige un examen du processus d’enquête

Le ministère a bougé à propos d’une garderie douteuse 48 h après notre appel

Fatima El Boukhari
Photo tirée de Facebook et Capture d'écran Notre caméra cachée a capté Fatima El Boukhari, dans son bureau de la garderie. En mortaise, la femme sans son masque.

Coup d'oeil sur cet article

Indigné par nos révélations selon lesquelles deux fraudeurs allégués se trouvent à la tête d’une garderie depuis une décennie, le ministre de la Famille a réclamé hier un examen approfondi du processus d’enquête. 

• À lire aussi: Québec tolère la garderie de deux fraudeurs allégués

Depuis son ouverture en 2012, la garderie privée Aux coins des ami(e)s et ses dirigeants sont entre autres dans la mire du ministère de la Famille et des Aînés (MFA), de Revenu Québec, des banques et, plus récemment, de la police, qui enquête actuellement sur des cas de fraude alléguée. 

Or, Québec a attendu au 10 février pour transmettre à la garderie de Montréal un avis préalable à la révocation de son permis. Cette action a été posée 48 heures après que notre Bureau d’enquête eut questionné le ministère.  

Estimant que « ce cas-là a pris beaucoup de temps à se résoudre », le ministre Mathieu Lacombe a demandé à sa sous-ministre de « s’asseoir avec la direction des enquêtes et d’évaluer le processus pour s’assurer qu’il n’y ait pas de cas qui traînent indûment ». 

« S’il y a des cas qui sont longs à se régler, il y a peut-être de très bonnes raisons. Mais il faut s’assurer qu’il n’y a aucun cas qui sera échappé et qu’il n’y a aucun cas qui traîne sur une tablette », a-t-il réagi en entrevue. 

Travail fait

Dans le cas de la garderie Aux coins des ami(e)s, il assure que son ministère a « fait son travail ». La multiplication des organismes impliqués dans ce dossier « complexe » – dont le Directeur des poursuites criminelles et pénales, l’Office de la protection du consommateur et Revenu Québec – justifie en partie les délais, dit-il. 

« Est-ce que ça a été trop long ? J’ai envie de vous dire que oui. On souhaite toujours que ce soit plus rapide dans des cas comme ça qui peuvent venir miner la confiance des parents », expose-t-il. 

« Par contre, il fallait aussi prendre le temps de bien faire les choses, nuance le ministre. Si on veut toujours aller trop vite, on va sanctionner des individus qui ne le méritent pas. » 

Le ministre en a profité pour décocher une flèche aux gouvernements au pouvoir durant la dernière décennie.  

« Les premières plaintes sont arrivées sous un gouvernement péquiste, ensuite sous un gouvernement libéral. Il n’est pas question de dire que notre gouvernement s’est traîné les pieds dans la gestion de ce cas-là », a-t-il pesté.  

Le ministre Lacombe n’a d’ailleurs pas voulu s’avancer à savoir si l’intérêt porté par notre Bureau d’enquête sur cette garderie a pu faire bouger les choses. 

Il affirme que la décision de révoquer ou non un permis est « administrative » et que l’enquête du ministère était sur le point de se terminer.

– Avec Geneviève Lajoie, Bureau parlementaire 

LES OPPOSITIONS RÉAGISSENT       

  • « On l’a vu, il y a deux semaines, c’étaient les Hells. Aujourd’hui, ce sont des fraudeurs », a commenté Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral, faisant référence à notre récent reportage sur un proche du crime organisé qui avait reçu l’aval de Québec pour accueillir chez lui une garderie.   
  • Québec solidaire estime qu’il est « grand temps de serrer la vis » pour s’assurer que ceux qui travaillent en garderie soient des « gens irréprochables qui ne traînent pas un passé comme celui-là ».     
  • Le Parti Québécois a entre autres déploré que le gouvernement traite le réseau des services de garde comme un « modèle d’affaires ».    
Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.