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Le devoir de se souvenir, même du ridicule

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Faisons un saut il y a cinquante ans ! Washington baignait dans ce qui allait devenir le scandale du Watergate : l’espionnage des adversaires démocrates du président Richard Nixon, puis ses mensonges et ses efforts de dissimulation qui ont ultimement conduit à sa démission.

Les États-Unis ont vécu à l’époque une furieuse crise de confiance envers la classe politique, crise qui nous apparaît d’autant plus exagérée aujourd’hui qu’un ex-président, ayant réussi à se faire élire par le bluff et la tromperie, entretient le mythe de sa réélection volée à coups de fabulations et de faussetés.

Une des leçons tirées du cauchemar du Watergate et de la fourberie de Nixon a été de considérer les documents germant de la Maison-Blanche comme propriété publique et devant être préservés aux Archives nationales. Le Congrès a adopté une loi en ce sens et tous les présidents s’y sont soumis depuis Ronald Reagan.

TOUS SAUF TRUMP, BIEN SÛR

En effet, le promoteur immobilier converti en vedette de télé-réalité n’a pas montré plus de respect pour cette obligation que pour une multitude d’autres aspects de la charge présidentielle. Les révélations se multiplient depuis des semaines : il avait le réflexe de déchirer des papiers qui ne l’intéressaient plus, papiers que son personnel sortait des poubelles et recollait derrière lui.

On a fait grand cas des toilettes de la Maison-Blanche bouchées par des documents dont quelqu’un voulait se débarrasser. C’est à la fois de mauvais goût et difficile à prouver, mais on ne se surprend plus de rien avec le 45e président.

Vendredi, les Archives nationales ont confirmé avoir trouvé des éléments marqués « classifiés » dans quinze boîtes de documents récupérées à Mar-a-Lago, le complexe de Trump en Floride. L’homme d’affaires, on le savait déjà, avait emporté avec lui, en quittant à contrecœur la résidence présidentielle, les fameuses « lettres d’amour » que lui avait adressées Kim Jong-un, le leader nord-coréen. À chacun son fantasme.

PRÉSERVER POUR L’HISTOIRE

Rien de plus passionnant que de passer à travers les états d’âme de Kennedy durant la crise des missiles cubains ou les manigances de Johnson pendant la guerre du Vietnam. Aucun doute que Trump, qui concevait la présidence comme une monarchie absolue, dissimule un lot de conversations et de décisions ahurissantes.

Le président américain John Fitzgerald Kennedy signe un document lors du blocus naval de Cuba à la Maison-Blanche le 24 octobre 1962.
Photo d'archives, AFP
Le président américain John Fitzgerald Kennedy signe un document lors du blocus naval de Cuba à la Maison-Blanche le 24 octobre 1962.

Heureusement, il est sorti de son passage au 1600 Pennsylvania Avenue un tel flot de livres-aveux que les universitaires et les historiens amateurs auront de quoi se divertir pendant des générations. Sans oublier Trump lui-même : les archives de Twitter recèlent de perles qu’envient certainement les archivistes nationaux.

Cela dit, il y a de grands manques, comme ce qu’il faisait pendant que ses partisans attaquaient le Capitole ou encore ce qui s’est dit lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine à Hambourg en juillet 2017. Le président américain avait alors exigé que les notes de la traductrice soient confisquées. Où sont-elles ces notes ? Cachent-elles une intrigue machiavélique ou rien de significatif ? Ou peut-être la confirmation que l’homme — comme Rex Tillerson, son secrétaire d’État du moment, avait lui-même conclu — était un « fucking moron » ?

Ça, on aimerait tous le savoir.

Les archives nationales des états-unis   

Un trésor d’histoire américaine et mondiale...   

  • 13 milliards de pages de documents  
  • 10 millions de cartes, de graphiques et de dessins  
  • 44 millions de photos fixes  
  • 40 millions de photos aériennes  
  • 28 000 km de rouleaux de film  
  • 992 000 enregistrements vidéo et sonores     

Les originaux des « Chartes de la liberté »...  

  • La Déclaration d’Indépendance, 4 juillet 1776
  • La Constitution et ses fameux trois premiers mots : We the People
  • Le « Bill of Rights » et ses dix amendements à la Constitution, préservant les libertés individuelles.

Aussi...  

La « Proclamation d’émancipation » d’Abraham Lincoln du 1er janvier 1863, abolissant l’esclavage

Le Traité d’achat de la Louisiane d’avril 1803, portant la signature « Bonaparte »

L’acte de reddition du Japon, signé à bord du USS Missouri le 2 septembre 1945

70 000 rouleaux de microfilms reproduisant tous les documents allemands et nazis saisis pendant et après la 2e Guerre mondiale

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