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Plainte contre Joël Le Bigot

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Depuis bientôt un quart de siècle, Le Bigot anime Samedi et rien d’autre, de loin la meilleure émission de radio du week-end.

Ce succès, comme celui qu’il a eu à CBF-Bonjour, l’émission matinale de Radio-Canada durant 20 ans, devrait-il lui valoir une immunité contre toute dérive ? Peut-il pour autant profiter de la tribune que lui offre la radio publique pour promouvoir ses opinions personnelles sur la politique ou tout autre sujet qui dépasse le cadre normal d’une émission comme la sienne ? Samedi dernier, Le Bigot s’est même laissé emporter par la désinformation. Par les temps qui courent, c’est beaucoup plus répréhensible que l’expression d’opinions personnelles.

Durant deux segments de son émission et dans le préambule qui l’avait précédée, Le Bigot fit un amalgame insidieux entre la loi des mesures de guerre appliquée par le gouvernement fédéral en 1970 et celle des mesures d’urgence qu’on débattait le jour même à la Chambre des communes. Il n’y avait aucune équivoque dans ses propos. Le Bigot qualifia les deux lois comme étant « les plus brutales jamais passées par un premier ministre canadien » et il enchaîna avec la chanson de Jeanne Moreau, Ni trop tôt ni trop tard dont les premières paroles sont « peu m’importe la tyrannie et le règne des soudards ». Pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers avec le mot « soudard », il réfère à un individu grossier et brutal.

INDÉPENDANTISTE AVOUÉ

Joël Le Bigot n’a jamais fait mystère de ses opinions indépendantistes. Le choix de certains de ses collaborateurs en atteste aussi. On se rappellera que François Parenteau, du groupe des Zapartistes, fut l’un de ceux-là. La direction de Radio-Canada perdit patience avec lui à la suite de ses chroniques à teneur indépendantiste, en particulier durant la campagne électorale de 1997 que remporta Jean Chrétien. La direction de la radio montra la porte à Parenteau. Dans la foulée, son compagnon zapartiste, Christian Vanasse, cessa sur le champ sa collaboration à l’émission Indicatif présent de Marie-France Bazzo.

L’amalgame entre les deux lois, Le Bigot le poursuivit durant toute son émission, présentant d’abord les propos de la chanteuse Pauline Julien, incarcérée lors de la râfle de la crise d’octobre. Il prétendit même que les « fusillades à blanc » étaient une « pratique » de la police de Montréal ». Dans ses entrevues subséquentes avec Marc Laurendeau, Josée Legault et Manon Cornellier (toutes deux impeccables dans leurs commentaires) l’amalgame de Le Bigot fut si évident que ses trois invités furent obligés de le corriger ou de spécifier qu’il y a entre les deux lois des différences fondamentales.

UN PEU DE DÉMAGOGIE

L’animateur de Samedi et rien d’autre s’est aussi révolté qu’on ait fait une « histoire nationale » avec l’arrestation de Mamadi Camara en janvier 2021, alors qu’on avait été presque silencieux à la suite de l’arrestation de 500 personnes en octobre 1970. Après cette parenthèse démagogique, Le Bigot s’est indigné que Justin Trudeau ait promulgué une loi pareille « pour huit camions stationnés devant le parlement », puis il s’est « corrigé » quelques instants plus tard en parlant plutôt de « 12 camions ».

Je voudrais donc par cette chronique porter plainte publiquement contre Joël Le Bigot à l’ombudsman de Radio-Canada, M. Pierre Champoux. Me rappelant sa sévérité de juillet dernier contre la direction d’Ici Première et contre Stéphan Bureau, qu’il jugeait n’avoir pas suffisamment confronté le docteur Didier Raoult à son émission Bien entendu, je suppose que Monsieur Champoux ne se gênera pas pour blâmer sévèrement encore une fois la direction d’Ici Première et son animateur du samedi matin.

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