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Nos forêts sont durables et certifiées

Nos forêts sont durables et certifiées
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J’ai lu avec intérêt la chronique de Laure Waridel de samedi traitant de la forêt québécoise. Comme l’immense majorité des 60 000 fiers travailleuses et travailleurs de l’industrie forestière qui ont, par choix, décidé de faire de la forêt leur milieu de travail, de loisir et leur résidence, j’ai été grandement étonné par certaines de ses affirmations. 

Les pratiques forestières ont effectivement grandement évolué au cours des 20 dernières années. Résultat de modifications législatives et réglementaires, la foresterie d’aujourd’hui fait appel à des technologies de pointe allant de l’imagerie satellitaire au recours à l’intelligence artificielle. Ces pratiques, peut-être ne le savez-vous pas, sont vérifiées et certifiées par des organisations internationales. Plus de 90% des forêts publiques sous aménagement sont certifiées selon un des systèmes de certification en vigueur et près du quart de cette superficie possède deux certifications (SFI et FSC). Le taux de certification de nos forêts publiques est parmi les plus élevés au monde: le Québec dispose de 10 % des forêts certifiées de la planète.  

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Des forêts qui ont le temps de pousser 

Peut-être ne le savez-vous pas, mais seul 0,8% du territoire est récolté ET remis en production annuellement. Il revient à un haut fonctionnaire nommé par l’Assemblée nationale, le forestier en chef, de déterminer «le volume maximum des récoltes annuelles de bois par essence ou groupe d’essences que l’on peut prélever tout en assurant le renouvellement et l’évolution de la forêt sur la base des objectifs d’aménagement durable des forêts». 

Des chemins imposés à l’industrie 

Ici encore, peut-être ne le savez-vous pas, mais tous ces chemins ont été imposés à l’industrie en 2003 par le gouvernement à la suite d’intenses pressions de groupes environnementaux faisant la promotion des coupes en mosaïque (avec à leur tête un certain... Louis Bélanger). Ce dernier a même mentionné que le gouvernement avait les moyens de payer pour développer ce réseau. Donc, si je comprends bien, il est tout à fait correct d'obliger une industrie à adopter une pratique forestière pour ensuite l'accuser de nuire aux écosystèmes!  

Vous me direz que cette conséquence n’avait pas été évaluée à l’époque. Soit, mais en ce cas, assoyons-nous ensemble pour trouver des solutions avec lesquelles nous vivrons en toute connaissance de cause. Peut-être que des aires protégées/destinées à la production forestière situées à proximité des usines seraient une solution porteuse: elles réduiraient les kilomètres de chemin et les GES émis par le transport du bois.  

Des forêts qui luttent contre les changements climatiques 

Les forêts rendent de multiples services à l’espèce humaine, c’est un fait. Rappelons-nous également que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat prône, depuis plus de 20 ans, une utilisation beaucoup plus grande des produits du bois dans la construction afin d’y remplacer des matériaux émettant de grandes quantités de GES.  

Chaque mètre cube de bois utilisé dans le secteur de la construction emprisonne une tonne de GES à long terme. Quand on pense que certains matériaux utilisés en grande quantité émettent deux tonnes par mètre cube, c’est tout un service que nous rend le bois des forêts. Il faut également se réjouir des innovations faites par le secteur des pâtes et papiers permettant d’offrir des solutions de rechange aux plastiques jetables à usage unique.  

Une question complexe sans réponse simple  

Les changements climatiques sont une immense menace. Ils mettent en cause de nombreux phénomènes très complexes auxquels les réponses simples deviennent simplistes. Pour lutter contre ces changements, il nous faut réduire notre consommation énergétique, remplacer les énergies fossiles, maximiser les boucles d’économies circulaires locales et remplacer les produits largement émetteurs de GES par des produits verts, comme les produits du bois issu des forêts québécoises certifiées. Faire le contraire revient à accroître la pression sur les écosystèmes forestiers au lieu de la diminuer. La cloche de verre n’est pas une solution. 

Jean-François Samray, président-directeur général, Conseil de l’industrie forestière du Québec

Réponse de Laure Waridel  

Je suis ravie de lire que ma chronique «J’ai mal à nos forêts» suscite la réaction de l’industrie forestière. La lettre de monsieur Samray ouvre le débat sur ce qui constitue des pratiques durables.

Les systèmes de certification durable ont donné beaucoup d’espoir à tous ceux et celles qui sont préoccupés par la santé de nos forêts. Certaines initiatives, comme le SFI (créée par l'industrie américaine elle-même), ont cependant soulevé de nombreuses critiques dès leur création. La barre de certification du SFI a été mise suffisamment bas pour susciter un grand nombre d’adhésions, mais trop bas pour avoir un effet systémique.  

Ainsi, nos forêts publiques ont beau être certifiées à 90%, elles s’appauvrissent en biodiversité et en qualité de bois. Les données empiriques sont claires à ce sujet. Visiblement, les grands enjeux qui influencent le plus l’état de nos forêts dépassent le champ d’action des organismes de certification. 

Dans le cas du caribou, par exemple, les interventions forestières des 50 à 60 dernières années sur tout le territoire ont clairement nui à cette espèce et à d’autres qui ont besoin de grands espaces et de forêts matures pour survivre. Le taux de coupe actuel demeure beaucoup trop élevé pour assurer leur survie. L’industrie le sait. Dans ce contexte, il est lamentable de l’entendre parler d’aménagement durable dans l’habitat des caribous. Ces derniers ont besoin qu’on arrête de détruire leur habitat et qu’on les laisse brouter leurs lichens en paix. Pas qu’on les enferme dans des enclos.  

Comme je l’écrivais dans ma chronique, il n’y a pas que les caribous qui sont victimes des mauvaises pratiques; les travailleuses et travailleurs de l’industrie forestière le sont également. J’éprouve une grande solidarité à leur égard. Beaucoup moins cependant pour l’industrie en tant que telle, dont la quête de profits à court terme est au cœur du problème. Elle maîtrise l’art d’externaliser les coûts environnementaux et sociaux tout en privatisant les profits.  

Besoin de penser à moyen et long terme 

Évidemment, les forêts repoussent, mais il faut du temps avant qu’elles ne rétablissent leurs nombreuses fonctions écologiques, et aussi économiques. Actuellement, beaucoup de forêts ne sont pas récoltées parce qu’elles n’ont plus une valeur suffisamment intéressante pour l’industrie. 

Comme me l’expliquait Martin-Hugues St-Laurent, biologiste et professeur à l'UQAR, on aura beau récolter «seulement 0,8% du territoire» annuellement et le remettre en production, au bout de 50 à 60 ans, plus de 45% de la forêt sera rajeunie. Si elle prend 90 à 150 ans pour réatteindre un statut de «vieille forêt», nous n’en aurons jamais plus si on ne la protège pas mieux.  

C’est le patrimoine de nos enfants que nous sommes en train de scier par tous les bouts et on trempe les restes dans de la peinture verte!  

Si l’on continue avec cette vision, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs devra être rebaptisé «ministère de la production ligneuse». C’est triste à en pleurer, mais ce serait malheureusement une bonne description de ses priorités.  

Protéger le climat 

Si le secteur forestier québécois souhaite contribuer sérieusement à l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris dans les temps convenus, il doit premièrement protéger les forêts qui ont capté, captent ou capteront à court terme le plus de carbone. L’argument de planter et de couper plus pour lutter contre les changements climatiques n’est pas cohérent avec l’atteinte de nos objectifs de lutte climatique.  

Comme me l’a expliqué Louis Bélanger, expert forestier à Nature Québec, puisque les jeunes forêts mettent plusieurs années avant de stocker le carbone, il faut tenir compte de la dette carbone qu’occasionnera la coupe de vieilles forêts. Cette dette correspond à l’émission de carbone suite à la récolte et le temps requis pour séquestrer suffisamment de C02 par la croissance de la régénération, afin de la «rembourser». Il incombe donc de protéger une partie importante de vieilles forêts matures qui sont déjà les plus efficaces pour stocker le carbone.  

Ainsi, pour Nature Québec et tous les groupes de conservation de la nature que je connais, la restauration du couvert forestier, incluant la plantation d’arbres, doit aller de pair avec la protection des vieilles forêts. C’est le meilleur moyen de faire en sorte que le secteur forestier maximise sa contribution à l’atteinte des cibles de l’Accord de Paris. 

En résumé, il y a deux principales façons d’obtenir des résultats à court terme. 1) Maintenir le carbone en place dans nos forêts. 2) Replanter lorsqu’on coupe du bois et s’assurer qu’il serve à remplacer des produits à forte empreinte carbone. Ce dernier élément est important, mais c'est plus facile à dire qu’à faire. Ce n’est pas simplement en augmentant la quantité de «2 x 4» québécois sur le marché américain qu’on augmentera la substitution. La solution est dans les usines et dans la capacité de l’industrie à innover avec de nouveaux produits aptes à remplacer des produits plus polluants. Il faut aussi savoir que les «autres» se modernisent aussi en réduisant leur empreinte carbone. C’est le cas du secteur de l’aluminium et de celui de l’acier, même s’il ne s’agit pas de ressources renouvelables. La bataille de la substitution n’est donc pas gagnée, malgré les nombreux avantages écologiques des produits forestiers.  

Gestion intégrée des forêts et maintien du
mode de vie des communautés autochtones 

En terminant, il importe de mettre en lumière une autre promesse non tenue de la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier. Celle-ci établit que la prise en compte des intérêts, des valeurs et des besoins des communautés autochtones présentes sur les territoires forestiers fait partie intégrante de l’aménagement durable des forêts. Dans les faits, cependant, le pouvoir d’influence des communautés autochtones est très limité. Il est restreint à des ajustements à la délimitation des coupes et aux méthodes de coupe. Ainsi, les communautés autochtones ne peuvent remettre en question la vocation de production ligneuse de la moindre parcelle de forêt publique, même si ces parcelles présentent pour elles une valeur faunique exceptionnelle. Ça aussi, Louis Bélanger me l’a fort bien expliqué!  

Il y a quelques semaines, lorsque j’ai échangé avec Robert Echaquan, de la communauté attikamek de Manawan, pour ma chronique sur leur résistance à l’industrie forestière, j’ai bien compris que la survie de leur culture dépend de celle de la forêt. Les communautés autochtones méritent d’être traitées avec beaucoup plus de respect. Nous avons encore à leur égard trop de comportements colonialistes.  

Profiter des élections 

Les élections provinciales s’en viennent. J’espère que les travailleuses et les travailleurs de l’industrie forestière, les communautés autochtones, les experts en écologie forestière, les écologistes et tous les amoureux et amoureuses des forêts sauront s’unir pour se faire entendre. Les forêts font partie de notre identité. Il serait temps de prouver qu’elles nous tiennent à cœur, pas juste en parole, mais surtout en gestes.  

J’invite l’industrie forestière à changer son regard sur nos forêts et à y voir plus qu’une ressource à exploiter économiquement. Notre avenir à tous en dépend.  

Laure Waridel

*Je tiens à remercier chaleureusement Louis Bélanger, professeur retraité en aménagement durable des forêts à l’Université Laval et expert pour Nature Québec, ainsi que Martin-Hugues St-Laurent, biologiste et professeur à l'UQAR, pour la riche expertise qu’ils ont généreusement partagée avec moi, ainsi que pour leur engagement indéfectible pour la protection de nos écosystèmes forestiers. Merci à tous les citoyens et citoyennes de toutes les nations et de tous les horizons qui se mobilisent courageusement pour protéger la vie sur Terre telle qu’on la souhaite pour nos enfants. Mikwetc (merci) tout particulier à Robert Echaquan et aux communautés autochtones qui tentent de se faire entendre avec raison.

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