/world/guerre-en-ukraine
Navigation

Invasion russe: les combats s'approchent de Kiev, prise de la centrale de Tchernobyl

Coup d'oeil sur cet article

Des combats meurtriers entre Russes et Ukrainiens se déroulaient jeudi jusqu’aux portes de Kiev et la centrale nucléaire de Tchernobyl est tombée aux mains des assaillants, à la suite du déclenchement par l’armée de Vladimir Poutine d’une attaque massive contre l’Ukraine, avec frappes aériennes et invasion terrestre.  

Pour éviter une extension de ce conflit à d’« autres pays européens », contre laquelle a mis en garde le chancelier allemand Olaf Scholz, les forces militaires des États de l’OTAN ont été placées en état d’alerte et certaines unités vont faire mouvement afin de renforcer les défenses des alliés sur le flanc est.

La première journée de l’offensive, qualifiée de « succès » par le ministère russe de la Défense, a fait en quelques heures des dizaines de morts, provoquant un tollé dans la communauté internationale, surtout côté occidental. 

Les dirigeants des 27 pays de l’Union européenne se réunissaient jeudi après-midi à Bruxelles, le président américain Joe Biden devait s’adresser à ses compatriotes à partir de 13h30 et l’Alliance atlantique a convoqué un sommet en visioconférence pour vendredi.      

  • Écoutez l’entrevue de Benoit Dutrizac avec Jean-François Caron, professeur de science politique à l’Université Nazarbayev au Kazakhstan sur QUB radio :   

L’attaque a commencé à l’aube, après que Vladimir Poutine eut reconnu lundi l’indépendance de territoires séparatistes ukrainiens du Donbass, puis fait valider mardi une intervention militaire par le Parlement russe.

AFP

« J’ai pris la décision d’une opération militaire spéciale » ayant pour but « une démilitarisation et une dénazification de l’Ukraine », a annoncé le maître du Kremlin à la télévision avant l’aube.

« Nous n’avons pas dans nos plans une occupation des territoires ukrainiens, nous ne comptons rien imposer par la force à personne », a-t-il affirmé, appelant les militaires ukrainiens à « déposer les armes ».

Pour justifier l’intervention, il a notamment répété ses accusations, infondées, d’un « génocide » orchestré par Kiev dans les territoires séparatistes prorusses, cité un appel à l’aide des séparatistes et dénoncé la politique agressive de l’OTAN. 

La Russie n’avait « aucun autre moyen » de se défendre, a-t-il affirmé lors d’un point presse jeudi soir.   

  • Écoutez le témoignage de Magdaline Boutros, journaliste au Devoir, qui était en Ukraine pour couvrir la crise   

AFP

Gains territoriaux

Juste après le discours de M. Poutine, des explosions ont retenti à Kiev, la capitale, à Kramatorsk, une ville de l’est qui sert de quartier général à l’armée ukrainienne, à Kharkiv (nord-est), la deuxième ville d’Ukraine, à Odessa, sur la mer Noire, et à Marioupol, le principal port de l’est de ce pays.

La centrale de Tchernobyl, site du pire accident nucléaire de l’histoire en 1986, est tombée aux mains des soldats russes, d’après les autorités ukrainiennes. 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a proclamé la loi martiale et annoncé la rupture des relations diplomatiques avec Moscou.

Dans la matinée, un membre de son équipe indiquait que « plus de 40 militaires ukrainiens avaient péri, des dizaines [étaient] blessés » et « près de 10 civils tués ». Rien que dans la région d’Odessa, le bilan officiel était de 18 habitants d’un village morts dans des frappes.

En début de soirée, les autorités de la région de Kherson (sud) ont par ailleurs fait état de 13 civils et neuf militaires tués.

AFP

Au fil des heures, les forces russes semblaient s’approcher de Kiev, où un couvre-feu a été imposé. Les autorités ukrainiennes ont assuré que les forces terrestres russes étaient dans les environs de la capitale et qu’un avion militaire ukrainien s’était écrasé dans la région avec 14 personnes à son bord. 

M. Zelensky a par ailleurs déclaré que l’armée ukrainienne tentait de reprendre un aéroport militaire près de Kiev, où des « parachutistes ennemis ont été stoppés ».

Les deux camps faisaient des déclarations invérifiables, mais l’armée russe gagnait du terrain. Dans la région de Kherson, les autorités locales ont annoncé que les troupes russes étaient présentes dans plusieurs zones et avaient notamment pris le contrôle de Genichesky, une ville à quelque 300 km à l’ouest de la frontière russe.       

  • Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Guillaume Lavoie, membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand et observateur en Ukraine à trois reprises, sur QUB radio:    

Évacuations

À Kiev, dès l’aube, les habitants pris de court se pressaient dans le métro pour s’abriter ou tenter de quitter la ville.

AFP

 Des voitures remplies de familles fuyaient la capitale, le plus loin possible de la frontière russe, située à 400 km.

Mirrorpix / MEGA

D’autres étaient décidés à rester, comme Olena Chevchenko, employée d’une ONG. « Nous espérons un soutien international », indique-t-elle à l’AFP, « personne ne sait ce qui va se passer ensuite ».  

AFP
  • Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Frédérick Lavoie, journaliste et écrivain, sur QUB radio:    

 

« Je ne pensais pas que cela arriverait de mon vivant », a aussi indiqué Olena Kourilo, 52 ans, éducatrice à Tchougouïv, près de Kharkiv, le visage barré de pansements suite aux blessures causées par une frappe qui a fait au moins un mort, a constaté l’AFP.

Sur les grandes routes de l’est ukrainien, l’armée ukrainienne était partout. Un responsable de la défense civile a indiqué que les opérations d’évacuation de civils étaient entravées par des tirs d’artillerie nourris et des communications défaillantes.  

AFP

En Pologne voisine, anticipant un afflux de réfugiés ukrainiens, le ministre de l’Intérieur a annoncé l’ouverture imminente de centres d’accueil. L’UE s’est dite aussi « pleinement préparée » à accueillir les réfugiés.

AFP

 

Près de 800 manifestants arrêtés, selon une ONG

À Moscou, certains habitants exprimaient leur inquiétude, d’autres leur soutien à Vladimir Poutine.

«Ça ne me réjouit pas, je suis complètement inquiet», déclarait Nikita Grouschine, un cadre de 34 ans, disant ne pas savoir «qui a raison ou tort».

Des rassemblements contre la guerre ont eu lieu dans le centre de Moscou, sur la place Pouchkine et la grande rue Tverskaïa, ainsi qu’à Saint-Pétersbourg. Des dizaines de personnes ont été arrêtées, près de 800 sur l’ensemble du territoire russe, selon une ONG.

Les autorités russes ont prévenu qu’elles réprimeraient toute manifestation non autorisée. 

Des manifestants arrêtés à Moscou.
AFP
Des manifestants arrêtés à Moscou.

« Je suis choquée. Mes proches vivent en Ukraine. Que leur dire au téléphone? “Tenez bon”? » a indiqué une manifestante moscovite, Anastassia Nestoulia. « Nous ne sommes pas nombreux, les gens ne veulent pas perdre leur vie paisible. »

L’attaque russe, après des mois de tensions et d’efforts diplomatiques pour éviter une guerre, a suscité une pluie de condamnations internationales, beaucoup redoutant qu’elle mène au plus grave conflit qu’ait connu l’Europe depuis 1945.

Le président américain Joe Biden, qui doit s'exprimer à 12h30, a déjà dénoncé une «attaque injustifiée» et averti que «le monde exigerait des comptes de la Russie». Il s’est entretenu tôt jeudi avec le président ukrainien, lui promettant son soutien.      

  • Écoutez Benoît Dutrizac et Mario Dumont au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB radio:   

Le dirigeant français Emmanuel Macron a estimé que l’attaque constituait «un tournant dans l’histoire de l’Europe» et son homologue allemand Olaf Scholz qu’elle «remettait en cause la paix» sur le continent.

Après de premières sanctions en début de semaine, les Européens promettaient d’en adopter d’autres lors de leur sommet de jeudi pour arriver à un «isolement sans précédent» des dirigeants russes.

Mais Moscou a promis une réplique « sévère » à ces sanctions. Les analystes soulignaient que Poutine a déjà montré qu’il ne craignait ni l’isolement ni d’ébranler l’ordre international, au contraire.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a indiqué que l’Alliance atlantique avait activé «ses plans de défense» pour déployer des forces supplémentaires chez ses membres d’Europe de l’Est. Mais il a aussi répété que l’OTAN n’avait « pas de plan » pour déployer des troupes en Ukraine. 

AFP

Panique sur les marchés

Vladimir Poutine a averti ceux «qui tenteraient d’interférer»: «Ils doivent savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et entraînera des conséquences que vous n’avez encore jamais connues».

La Chine, qui entretient des relations étroites avec Moscou, a indiqué suivre «de près» la situation» et appelé à «la retenue de toutes les parties».

AFP

L’offensive russe intervient huit ans après que Moscou a annexé la Crimée et parrainé la prise de contrôle de régions du Donbass par des séparatistes prorusses, déclenchant un conflit régional qui a fait plus de 14 000 morts.

Elle a semé la tempête sur les marchés mondiaux, avec chute des Bourses et flambée des matières premières et des céréales. 

Le pétrole a notamment franchi les 100 dollars le baril, une première depuis 2014.

La Bourse de Moscou a plongé de plus de 35 % et le rouble a touché un plus bas historique face au dollar, avant l’intervention de la banque centrale du pays.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a prévenu que le conflit faisait peser « un important risque économique pour la région et le monde », alors que l’économie mondiale tente de se relever de la pandémie de COVID-19.

« La Russie reste partie intégrante de l’économie mondiale, » a assuré Poutine à des hommes d’affaires. « Nous n’allons pas endommager un système économique mondial dont nous faisons partie. »

À voir aussi                        

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.