/world/opinion/columnists
Navigation

Être mené par le bout du nez

Coup d'oeil sur cet article

Il y a une leçon épouvantablement dramatique dans la tragédie ukrainienne actuelle. Vladimir Poutine avait l’Ukraine dans sa mire. Et quand un homme – un seul homme – est pris d’une obsession, la planète entière peut être parfaitement impuissante pour le faire changer d’idée.

Impossible de prétendre qu’on ne l’a pas vu venir. Il y a dix-sept ans, Vladimir Poutine avait décrit l’éclatement de l’URSS comme « la plus grande catastrophe géopolitique » du XXe siècle, pas de demi-mesure dans son cas. Autre preuve, quand il a voulu expliquer au reste du monde l’« unité historique entre les Russes et les Ukrainiens », il l’a fait, l’été dernier, dans un essai de 7000 mots !

Ces derniers jours, il a énoncé toute une série de justifications – l’expan-sionnisme de l’OTAN, le « génocide » des russophones de l’est de l’Ukraine, l’inexistence de l’identité ukrainienne – comme prélude aux mouvements de troupes russes et aux bombardements des trente-six dernières heures.

Tout ce qui se produit maintenant, on l’avait donc vu venir, y compris en étudiant ces images-satellites qui montraient un déploiement toujours plus massif de troupes russes aux frontières ukrainiennes.

DE GRANDS NAÏFS

Hier après-midi, Joe Biden, dans un discours où il a promis de faire de Vladimir Poutine un « paria sur la scène internationale », s’est vanté d’avoir anticipé cette campagne militaire. Jouant de transparence, il a rappelé qu’il a dénoncé chaque étape du renforcement militaire russe autour de l’Ukraine, prévenant tous ceux qui en doutaient que quelque chose de maléfique se tramait à Moscou.

Pourtant, soyons clairs, plus que la destruction actuelle, les dirigeants américains et européens ont fait miroiter un aboutissement pacifique aux tensions, une solution diplomatique que personne pourtant ne semblait capable de clairement définir.

La fin de semaine dernière encore, le président français, Emmanuel Macron, évoquait « des solutions » avec son homologue russe dans un entretien téléphonique ; le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, s’investissait dans une rencontre importante qu’il devait avoir – hier d’ailleurs – avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov ; Biden et Poutine, eux-mêmes, devaient prochainement se voir en face à face.

POUTINE EST L’AGRESSEUR. POINT.

Les morts et les destructions en Ukraine, c’est la faute de Vladimir Poutine et de personne d’autre. Joe Biden criait au loup, et le loup s’est effectivement pointé dans la nuit de mercredi à hier.

Ce qui est plus difficile à saisir, c’est comment le dirigeant d’un pays déjà soumis à de fortes sanctions à cause d’une autre opération militaire illégale – l’invasion de la Crimée ukrainienne en 2014 –, et dont le PIB correspond à peine à celui de la ville de New York, puisse conduire l’Europe au bord d’un tel gouffre.

Et ce qui inquiète, c’est que tout au long de ce maladroit ballet diplomatique, un participant, Poutine, toujours lui, a réussi à flouer tous ses interlocuteurs, laissant croire qu’en en parlant encore un peu plus, qu’en se voyant un peu plus longtemps, on allait finir par trouver un compromis. La gaffe !

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.