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Poutine ravive la menace nucléaire

L’invasion de l’Ukraine ramènera le rideau de fer de la guerre froide, selon des experts

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Photo AFP Des soldats de la division aéroportée de l’armée des États-Unis sont arrivés vendredi à la base militaire de Adazi en Lettonie en support aux troupes de l’OTAN en Europe.

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Une nouvelle guerre froide, un pays menacé d’être « rayé de la carte » : depuis l’offensive russe en Ukraine, la planète a brutalement renoué avec l’époque où les grandes puissances envisageaient une guerre atomique. 

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« Après les sanctions économiques imposées à la Russie, l’Occident se prépare à une stratégie militaire dans laquelle l’arme nucléaire occupe une place centrale », estime le politologue Michel Fortmann, professeur de science politique à l’Université de Montréal et spécialiste des conflits armés.  

Première puissance nucléaire mondiale avec 6255 ogives sur son territoire, la Russie domine les États-Unis (5550 armes nucléaires) et les deux pays comptent pour 82 % de l’arsenal atomique mondial.

D’autres pays comme la France (300 bombes) et l’Angleterre (200) sont aussi du groupe mais de façon plus marginale.

Le président et commandant en chef de la Russie, Vladimir Poutine, ne cache plus son objectif en Ukraine : renverser le pouvoir pro-occidental en place et faire revenir cet ancien membre de l’URSS dans le giron de la Russie.

« C’est une tentative de déplacer par la violence les frontières en Europe, voire peut-être de rayer un pays entier de la carte mondiale », estime le chancelier allemand Olaf Scholz.

« Un nouveau rideau de fer s’est abattu et sépare la Russie du monde civilisé », a lancé vendredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, acculé par des forces russes aux portes de Kiev. 

Équilibre de la terreur 

Après 30 ans d’accalmie, la planète replonge dans une nouvelle menace nucléaire, croit Michel Fortmann, auteur du Retour du risque nucléaire, publié aux PUM en 2019.  

En 1986, on comptait 69 368 ogives nucléaires. Ce chiffre est tombé à environ 1550 en 2018 selon le Bulletin of the Atomic Scientists cité dans le livre. 

Depuis quelques années, on ne craignait plus sérieusement le recours à l’arme suprême. L’invasion russe de cette semaine constitue un événement historique qui remet cette trêve en question, selon le professeur Fortmann.  

L’invasion de l’Ukraine aura des « conséquences durables, profondes sur nos vies » et « sur la géopolitique de notre continent », prédit le président français, Emmanuel Macron. 

Avec le renfort de 7000 hommes annoncé jeudi, les États-Unis compteront plus de 90 000 soldats en Europe. La France va accélérer le déploiement de troupes en Roumanie, et l’Italie s’est dite prête à déployer 3400 militaires supplémentaires en Europe orientale. 

Toutefois, aucun de ces pays ne compte se battre en Ukraine.

Comme avant 1989

De façon réaliste, il faut s’attendre à un retour de la « guerre froide », comme on a surnommé la période de l’après-guerre jusqu’à la chute du bloc soviétique en 1989, où les deux grandes puissances accumulaient les armes en surveillant l’autre camp.  

Comme d’autres, Michel Fortmann se demande jusqu’où ira le président russe. 

« Il lorgne probablement du côté des pays baltes [Lettonie, Estonie et Lituanie]. Mais ça sera autre chose car ces pays font partie de l’OTAN. »

Pour le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, le maître du Kremlin veut non seulement « reconstituer l’empire soviétique », mais aussi « rétablir la sphère d’influence » de la Russie dans les pays qui faisaient autrefois partie du glacis soviétique et qui ont désormais rejoint l’Alliance.

–Avec AFP

Faits saillants :  

Des bombes nucléaires plus puissantes que jamais   

  • 190 pays, dont l’Ukraine, ont signé le Traité de non-prolifération des armes nucléaires.      
  • Suivant le protocole, l’Ukraine a détruit toutes ses armes nucléaires sous la supervision des États-Unis. La possibilité que des armes nucléaires demeurent sur le territoire et puissent servir contre l’armée russe est « quasi nulle » selon M. Fortman.      
  • La bombe d’Hiroshima comptait 15 000 tonnes de TNT; aujourd’hui les bombes nucléaires ont un potentiel de 150 000 à 400 000 tonnes de TNT, soit 10 à 30 fois la puissance de la bombe lancée sur le Japon en 1945. Une seule explosion pourrait provoquer des dégâts humains et environnementaux catastrophiques.          
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