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Une guerre qui fera mal au portefeuille

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Photo AFP Une moissonneuse récolte des tournesols, dans l’est de l’Ukraine. Le pays d’Europe orientale est le premier producteur mondial de graines de tournesol, le 6e producteur d’orge, le 9e producteur de soja et un important exportateur de blé.

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Depuis plusieurs mois, le coût de la vie grimpe à un rythme effarant, au Québec et ailleurs. 

L’invasion de l’Ukraine par la Russie n’est pas une bonne nouvelle sur le front de l’inflation. En effet, votre pouvoir d’achat pourrait bien devenir une des victimes collatérales de ce conflit. 

Voici pourquoi.

Essence

Cette semaine, le baril de pétrole a franchi la barre psychologique des 100 $. Il s’agit d’une première depuis 2014. La Russie est le deuxième exportateur mondial de pétrole et le troisième producteur. Grosso modo, le pétrole russe représente 12 % de l’offre planétaire.

« C’est le signe très tangible d’un changement de l’ordre mondial. C’est certain que cela aura une conséquence sur l’économie, possiblement une hausse de l’inflation et une baisse de la croissance », m’a confié le président de la Caisse de dépôt cette semaine. Charles Emond redoute les conséquences de la hausse du prix du carburant. « Si on a une situation où l’inflation s’accélère, c’est comme une roue qui tourne. Le prix du gaz et du pétrole reviendra stimuler l’inflation qui est déjà galopante. »

À quel point le conflit va-t-il accélérer la hausse du coût de la vie ? Certains prévisionnistes évoquent de sombres scénarios. Daniel Tenengauzer, l’économiste en chef de la Bank of New York Mellon, pense que l’inflation pourrait même dépasser 10 %.

Denrées alimentaires

La guerre déclenchée par la Russie aura un impact jusque dans votre panier d’épicerie. La raison est simple : 70 % du territoire ukrainien est couvert de terres agricoles. C’est le premier producteur mondial de tournesol, le sixième producteur d’orge et le neuvième producteur de soja.

En envahissant l’Ukraine, la Russie contrôlera environ le tiers de la production planétaire de blé, souligne Simon Brière, stratège de marché chez R.J. O’Brien.

« Les pâtes, le pain, et tout ce qui sera protéine animale seront touchés. Produire de la viande coûtera plus cher, car le blé fourrager entre dans la nutrition animale. Une hausse de coût aura des répercussions jusqu’à l’épicerie », estime-t-il.

Depuis le début de l’invasion russe, les céréales ukrainiennes peuvent difficilement sortir du pays. Odessa a été la cible de bombardements, les ports d’exportation sont fermés. Pour ajouter à cela, les autorités russes interdisent la navigation sur la mer d’Azov, étranglant considérablement le commerce ukrainien. En comparaison, c’est un peu comme si l’Espagne interdisait l’accès au détroit de Gibraltar qui mène à la mer Méditerranée.

Une hausse des prix apparaît inévitable, puisque les pays qui s’approvisionnent en Ukraine se tourneront vers les céréales américaines ou canadiennes, dont les réserves sont déjà réduites en raison de la sécheresse de l’été dernier.

Métaux

Le prix des métaux industriels a grimpé en flèche cette semaine, car les marchés s’inquiètent de la riposte de la communauté internationale envers la Russie. Les sanctions imposées pourraient bien compliquer l’approvisionnement de plusieurs industries, dont celle de l’automobile, qui se retrouve en première ligne.

La Russie est le premier producteur mondial de palladium. Elle contrôle la moitié du marché. Ce minerai est notamment utilisé pour la fabrication des catalyseurs, une pièce maîtresse du système d’échappement automobile.

Idem pour le nickel, un des métaux les plus en demande sur la planète dans les usines de batteries électriques. L’industrie aéronautique craint pour sa part une pénurie de titane, prisé des avionneurs pour sa haute résistance.

Pendant ce temps, le prix de la tonne d’aluminium a fracassé des records. Si les Russes ne produisent que 6 % de l’aluminium mondial, la moindre perturbation provoque d’immenses conséquences.

Placements boursiers

La Bourse de New York et son indice de référence S&P 500 sont officiellement entrés en zone de correction. C’est le genre de semaine où il fallait garder son sang-froid en regardant son portefeuille.

La plupart des analystes s’attendent à des séances mouvementées en bourse au cours des prochaines semaines. Le dollar canadien a aussi perdu des plumes, tombant à son plus bas niveau depuis décembre.

Bien sûr, ce sont les Ukrainiens qui payent les coûts les plus élevés de l’attaque russe. La valeur d’une vie n’a jamais pu être calculée en dollars, et encore moins être cotée sur les marchés boursiers. Mais dans le monde économique, la loi de l’offre et la demande s’impose. Et dans ce contexte, même si le conflit se déroule à 7000 kilomètres du Québec, c’est dans nos poches que les impacts se feront sentir.

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