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Poutine: un homme difficile à comprendre

Vladimir Poutine est à la fois discret sur sa vie et un dominateur

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Photo d’archives, AFP Vladimir Poutine, que l’on voit ici en décembre dernier, est un président difficile à cerner. Personne ne sait jusqu’où il est prêt à aller.

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Certains le décrivent comme un politicien «impressionnant», d’autres comme un dictateur paranoïaque. À l’image de son ancien métier d’espion, l’homme de 69 ans est hyper secret sur sa vie privée. En revanche, il affiche ouvertement ses ambitions «impériales» et sa volonté de mater ses ennemis. Qui est vraiment Vladimir Poutine et jusqu’où ira-t-il? C’est la question que tout l’Occident se pose.

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Un être énigmatique  

«Il y a très peu de ‘’poutinologues’’ parce qu’il y a peu de gens capables de [le] décrypter», avertit d’emblée Charles-Philippe David, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

D’un côté, Vladimir Poutine peut être très direct dans ses intentions belliqueuses ou son rêve d’un retour de la grandeur russe.

De l’autre, sa vie privée est pratiquement un tabou. On sait qu’il est divorcé de sa femme et qu’il a deux filles, mais il a tant protégé le secret autour de sa famille que Paris Match la qualifie de «fantôme».   

Il est le chef d’un régime très opaque, ajoute Guillaume Sauvé, spécialiste de la Russie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.

Pourquoi s’intéresser à ce qui se passe dans la tête de Poutine? Parce que tout laisse croire que c’est lui qui décide de tout. «Ce n’est peut-être pas toujours vrai, mais c’est l’impression que veut donner le régime», résume M. Sauvé.

L’espion désillusionné  

Vladimir Poutine est né le 7 octobre 1952 à Saint-Pétersbourg. Il a grandi dans la culture martiale de l’époque soviétique, qui incitait les enfants à «lire de la littérature de guerre pour se préparer au sacrifice», raconte le journaliste français Michel Eltchaninoff dans son livre Dans la tête de Vladimir Poutine.

Après des études en droit, Poutine intègre le KGB, c’est-à-dire les services secrets soviétiques. Il commence sa carrière politique dans les années 1990, à la mairie de Saint-Pétersbourg. En mars 2000, il est élu président de la Fédération de Russie.

À ses débuts, le président Poutine «voulait tendre la main pour rétablir le lien entre la Russie et l’Occident», résume Guillaume Sauvé.

Les trente dernières années, c’est donc l’histoire «d’une longue désillusion» puisqu’il a l’impression que l’Occident cherche à marginaliser la Russie, refuse de lui accorder la place qu’elle mérite dans le monde et organise des révolutions afin de renverser ses régimes alliés.  

Poutine a changé...  

Le Poutine des débuts, accommodant et ouvert à la diplomatie, a disparu, note Charles-Philippe David. «Depuis une dizaine d’années, certains le trouvent plus paranoïaque, entouré de ‘’yes men’’, peu perméable aux avis contraires.»

Dans son discours de lundi, des éléments apparaissent irrationnels ou délirants, comme ses références à la «dénazification» de l’Ukraine.

Une théorie voudrait même que Poutine se soit beaucoup isolé pendant la pandémie. Au début février, le président français Emmanuel Macron l’a trouvé «plus raide» qu’avant, «parti dans une sorte de dérive à la fois idéologique et sécuritaire».

...mais pas tant que ça  

Ces analyses psychologiques, Renéo Lukic n’y croit pas. Ce professeur d’histoire à l’Université Laval énumère les interventions passées qui illustrent la constance dans la volonté de Vladimir Poutine, comme celles en Géorgie et en Crimée.

«La grande différence [avec l’invasion de l’Ukraine], c’est l’ampleur», explique-t-il.

Déjà en 2015, Michel Eltchaninoff écrivait : «Vladimir Poutine a un projet pour l’Europe et pour le monde.»

«Ce que les événements de cette semaine ont révélé, c’est qu’il est prêt à tout pour atteindre ses objectifs et que l’opinion de l’Occident lui importe peu», dit Guillaume Sauvé.

Jusqu’où ira-t-il? «L’inimaginable est devenu graduellement imaginable», s’inquiète Dominique Arel, professeur à l’Université d’Ottawa.   

L’homme fort  

Sotchi, 2007. Le président russe reçoit la chancelière allemande Angela Merkel, qui a une phobie des chiens. Sous les flashs des photographes, le labrador de Poutine entre dans la pièce, tandis que son maître regarde avec un sourire en coin son interlocutrice apeurée.

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Photo d'archives, AFP

Cette scène illustre son désir de paraître viril, qui rappelle son habitude de jadis se faire photographier en train de faire du cheval ou de pêcher le poisson.

«Il ne comprend que le rapport de force», disait l’ex-président français François Hollande cette semaine. «Il ne raisonne qu’en termes d’humiliation ou de domination.»

Dictateur ou diabolisé?  

Vladimir Poutine est au pouvoir depuis 22 ans. Il pourrait y rester jusqu’en 2036.

«C’est un homme d’État assez impressionnant», dit Michael Carley, professeur d’histoire à l’Université de Montréal, tout en avouant que son analyse peut choquer.

«On a tendance à démoniser Poutine. L’idée qu’il serait paranoïaque, c’est de la propagande américaine», résume celui qui considère que la Russie avait de bonnes raisons de craindre pour sa sécurité.

Pour Charles-Philippe David, Poutine est un dictateur qui s’apprête à jeter son pays dans la «misère» en plus de causer des pertes de vies au nom de ses idées de grandeur.

«Dictateur» est toutefois un terme peu scientifique, nuance Guillaume Sauvé. «C’est un leader autoritaire à l’autoritarisme croissant.»

Cela dit, la Russie n’est pas la Chine, rappelle M. Sauvé. La télé russe est soumise à l’État, mais pas la presse, illustre-t-il. Plusieurs journaux se sont ouvertement positionnés contre la guerre en Ukraine.  

«Poutine n’est pas totalement imperméable à l’opinion publique». Il a relégué la responsabilité de la vaccination contre la Covid-19 aux gouverneurs régionaux parce qu’elle est impopulaire, donne-t-il comme exemple.  

C’est pourquoi l’invasion de l’Ukraine devra être une «guerre-éclair» s’il ne veut pas se retrouver avec une grogne à l’intérieur de son propre pays, suppose M. Sauvé. 

-Avec AFP, France.tv, Le Point, Reuters, Le Figaro, L’Express, BBC

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