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Un système, le nôtre, à revaloriser

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On se lasse de tout, c’est bien connu. Des petites et grandes choses, des bonnes et des mauvaises. Du mobilier de salon que vous décidez de changer – même s’il est toujours en bon état, mais que vous ne pouvez plus voir – à Winston Churchill, chassé du pouvoir en juillet 1945, après avoir pourtant contribué à sauver le Royaume-Uni et le monde du fléau nazi.

La démocratie semble subir le même sort. On la critique, on la malmène, on se laisse tenter par des hommes qui promettent des solutions simples à des problèmes complexes. Plus tragiquement, des régimes se donnent un vernis de légitimité en tenant des élections – au cours des six derniers mois seulement, en Russie, au Nicaragua et à Hong Kong – où les principaux candidats de l’opposition ont été écartés, les irrégularités innombrables et la transparence inexistante.

Ne vous méprenez pas, ce ne sont pas des épiphénomènes, des coups de malchance que subissent des populations attardées qui n’auraient pas atteint notre niveau supposément élevé de conscience sociale et d’engagement politique. Le dernier bilan que tire Freedom House – l’organisme qui, année après année depuis 1941, fait le bilan de l’état de la démocratie, des libertés politiques et du respect des droits humains dans le monde – est affolant.

LES VRAIS ENNEMIS DU PEUPLE

Au cours des seize dernières années, le recul du modèle démocratique s’est fait au pas cadencé. « Partout dans le monde, les ennemis de la démocratie libérale – cette forme d’autogouvernement dans laquelle les droits de la personne sont reconnus et chaque individu reçoit un traitement égal devant la loi – accélèrent leurs attaques. »

Freedom House – une organisation financée par le gouvernement américain – ne fait pas que relever les coups d’État qui affligent l’Afrique (récemment seulement au Soudan, au Mali, en Guinée et au Burkina Faso), mais souligne les dérapages de nos propres sociétés : l’assaut du Capitole à Washington, le 6 janvier 2021, par exemple, est dénoncé comme un traumatisme infligé par « des politiciens sans scrupules prêts à corrompre ces mêmes institutions qui les ont portés au pouvoir ».

À plus grande échelle, la Chine et la Russie – plus que tout autre pays soumis à un régime autoritaire – sont parvenues à tordre la réalité et à présenter leur modèle oppressif comme une alternative viable vers la prospérité et la sécurité.

UNE INVASION MILITAIRE, VRAIMENT ?

Ce qui m’amène à ce que subissent les Ukrainiens depuis jeudi. Anthony Faiola du Washington Post a résumé en deux mots l’impression que m’a inspirée l’attaque militaire russe : incompréhensiblement anachronique.

On connaissait l’engouement de Vladimir Poutine pour ces opérations militaires si communes au cours des siècles passés : la guerre d’une douzaine de jours menée contre la Géorgie en 2008 ; l’invasion de la Crimée en 2014. Mais, de manière générale, n’avions-nous pas choisi de nous défier à coups de cyberattaques, de campagnes de désinformation et de pressions économiques ?

C’est aussi ça, l’alternative à la démocratie : un monde à la merci des coups de tête de despotes imprévisibles, générant une insécurité coûteuse et mortelle. Dénoncer l’agression de l’Ukraine, c’est aussi se rappeler que notre propre système mérite d’être mieux aimé. 

DROITS POLITIQUES ET LIBERTÉS CIVILES  

LES MEILLEURS... 

  • 100 %   

À égalité : Norvège, Suède, Finlande 

  • 99 %   

Nouvelle-Zélande 

  • 98 %   

Canada 

  • 97 %   

À égalité : Danemark, Pays-Bas, Uruguay, Irlande, Luxembourg 

  • 96 %   

À égalité : Belgique, Japon, Suisse 


LES PIRES... 

  • 1 %   

À égalité : Syrie, Tibet (sous le joug chinois), Soudan du Sud 

  • 2 %   

Turkménistan 

  • 3 %   

À égalité : Érythrée, Corée du Nord 

  • 5 %   

Guinée équatoriale 

  • 7 %   

À égalité : Somalie, Arabie saoudite, République centrafricaine 

Source : Freedom House, Rapport sur la liberté dans le monde, 2022

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