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Raïf Badawi, dix ans plus tard

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Photo AFP Ensaf Haidar avec le portrait de son époux, Raïf Badawi

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C’est notamment pour « apostasie », « insulte à l’islam », « provocation de l’opinion publique » et « atteinte à la réputation du royaume » que le blogueur saoudien Raïf Badawi a été condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet en 2012. De plus, il lui sera interdit de sortir du territoire pour encore dix années. L’avons-nous adéquatement soutenu et défendu ?

Son calvaire, celui de sa femme et de leurs enfants, commença alors en 2012 et il s’achèvera fort probablement cette semaine.

L’arme des crimes de Raïf Badawi n’était ni l’épée, ni le fusil, ni des bombinettes. C’était sa plume. Le blogueur militait notamment pour une Arabie saoudite plus moderne, pour le respect des minorités, pour un pluralisme religieux et une normalisation des relations diplomatiques avec Israël.

De notre perspective, sa cause était juste et noble. Mais le royaume saoudien n’en faisait pas la même lecture. C’est en vain que l’Occident réclama sa libération.

Antinomie des valeurs

Nous voici dix ans après son emprisonnement. À la veille d’une libération tant espérée. Aussi, il m’apparaît opportun de remettre en question les chemins empruntés pour le soutenir et réclamer sa libération.

Avec du recul, j’ai aujourd’hui l’impression que nos postures condescendantes et agressives n’ont probablement pas aidé à sa libération précoce...

Le monde occidental n’est pas moyen-oriental. Et inversement, le monde moyen-oriental n’est pas occidental. Nul ne devrait tenter d’imposer sa culture ou ses valeurs à d’autres nations...

Or, de notre socle culturel hégémonique, nous avons souvent tenté de dire aux autres que nous savions mieux qu’eux ce qui est bon pour eux en termes de régulation sociale, culturelle, politique ou économique. Conséquemment, nous avons plausiblement créé colère, frustrations et crispations.

De nos postures condescendantes et civilisatrices, nous avons plus souvent été plus enclins à fermer les portes de la communication qu’à en ouvrir avec l’altérité incarnée notamment par l’Arabie saoudite.

Ne pas dépasser les bornes

Quand nous dépassons les bornes de notre « maison » pour aller nous imposer dans celles des autres, au nom de notre civilisation et de la conviction viscérale d’avoir le monopole de la vérité et d’être le centre du monde, il y a de fortes chances que nous frappions un mur.

C’est fort probablement ce qui est arrivé avec le Royaume d’Arabie saoudite dans « L’affaire » Raïf Badawi. Raïf avait juste exprimé sa pensée par écrit. Il n’avait tué personne ! Mais il avait cependant enfreint les lois de son pays et il en a payé un lourd tribut.

Cela n’avait aucun sens aux yeux de l’Occident. Mais ça en avait, malheureusement, aux yeux du Royaume d’Arabie saoudite.

Dès son incarcération, depuis notre socle culturel occidental, nous nous sommes mis à vociférer des leçons de démocratie, de droits de la personne et de liberté d’expression au Royaume d’Arabie saoudite. Réaction : fin de la communication.

Raïf sera libéré de prison certes, mais avant de le voir retrouver sa famille à Sherbrooke, après une autre dizaine d’années, assurons-nous de leur offrir à l’avenir un soutien plus intelligent.

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