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Après la terreur, le bonheur pour Eliezer Sherbatov

Eliezer Sherbatov
Photo Agence QMI/le Journal de Montréal, Martin Alarie Eliezer Sherbatov

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C’est avec beaucoup d’émotion qu’Eliezer Sherbatov est revenu auprès des siens, lui qui a fui avec succès une Ukraine en guerre. Sain et sauf, le hockeyeur québécois a pu voir pour la première fois son fils né en décembre dernier. Après la terreur, le bonheur. 

• À lire aussi: Invasion russe en Ukraine: un hockeyeur québécois dans la tourmente

En se joignant au HC Marioupol et en quittant Laval le 27 juillet 2021, l’homme de 30 ans n’avait pas prévu une telle catastrophe. À plus d’une reprise pendant la dernière semaine, Sherbatov ne s’attendait tout simplement plus à revoir sa famille, dont il est extrêmement proche.

Tôt mardi, il est ramené de l’aéroport de Montréal par son père et son frère.

«Je rentre dans la maison, ma mère m’ouvre la porte, elle est en larmes. Je lui donne un gros câlin. Ma femme est derrière avec la femme de mon frère Boris. Je les "hug" tous, ça se passe tellement vite. Il y a trois jours, je ne pensais jamais les revoir», a-t-il décrit avec émotion à l’auteur de ces lignes, plus tard dans la journée.

Vint ensuite le moment tant attendu, celui de rencontrer pour une première fois son petit garçon, Tuvia, qui n’a pas encore trois mois. «Je l’embrasse partout, il est tellement beau», s’est enthousiasmé Sherbatov.

Eliezer Sherbatov
Photo Agence QMI/le Journal de Montréal, Martin Alarie

Louna, qui a eu deux ans en février, l’attendait elle aussi, installée dans un pouf. «Je me suis couché à côté d’elle. Toute la famille nous regardait. Je l’ai prise et je me suis couché pendant une bonne minute. Je pleurais, je la regardais pendant qu’elle dormait.»

«Ma famille vient d’Union soviétique et nous, on ne pleure pas. Mais j’ai tellement pleuré [cette semaine]», s’est souvenu le père de famille.

Eliezer Sherbatov
Photo Agence QMI/le Journal de Montréal, Martin Alarie

Le début    

Comment en est-il arrivé là? Le jour où tout a éclaté, Sherbatov devait affronter le HC Kramatorsk, l’une des cinq autres équipes de la Super Ligue ukrainienne. Tout allait bien pour le joueur originaire d’Israël, qui était troisième meilleur pointeur du circuit.

Changement de plan. De puissantes explosions se font ressentir aux abords de l’hôtel abritant le hockeyeur et ses coéquipiers. On leur annonce que la guerre a éclaté.

«Tu ne penses pas qu’une chose comme ça peut arriver», a expliqué Sherbatov, qui se souvient avoir été très secoué par l’annonce.

Après le choc, il a tenté de garder la tête froide en parlant en priorité aux gens qui pouvaient l’aider. C’est le cas de son ami Michel, qui a vécu une situation semblable en 2006 au Liban, mais aussi au gouvernement canadien, qui, de son avis, n’a fait aucun effort pour lui porter assistance, outre lui recommander de se rendre dans un abri contre les bombes.

«Si j’étais allé dans un "bomb shelter", je serais encore là aujourd’hui, avec les Russes et les Ukrainiens qui essaient de s’arracher la tête», a-t-il argué.

C’est finalement vers les consulats d’Israël et de Lettonie qu’il a dû se tourner. Les deux pays ont accepté de faire passer la frontière polonaise à Sherbatov et son compagnon de voyage, le Letton Deniss Berdniks.

Les deux hommes sont passés de rivaux à meilleurs amis pendant ce voyage. Berdniks est un jeune défenseur du HC Kramatorsk et son aide a été primordiale à Sherbatov.

Eliezer Sherbatov
Photo Courtoisie, Eliezer Sherbatov

Le dernier train    

L’ancien de la Ligue de hockey junior majeur du Québec a dû parcourir le pays en entier pour en ressortir. L’objectif ultime est devenu Lviv, une ville près de la frontière polonaise. À Droujkivka, à une quinzaine de kilomètres de Kramatorsk, un train part dans cette direction.

«C’est le seul train qui va à Lviv pendant tous ces jours-là. Mais il faut comprendre: ce train passe par Kramatorsk, où c’est la guerre, ça passe par Kharkiv, où c’est la guerre, et ça passe par Kyïv, où c’est la guerre», a martelé Sherbatov.

C’est finalement avec quatre heures de retard que le train arrive à lui. Il avait été criblé de balles au passage.

De son avis, le Québécois a été placé devant le plus grand dilemme de sa vie.

«Quelle décision peux-tu prendre en ce moment? Tu restes, c’est 50 % de chances de mourir dans un bunker avec ton équipe. Ou tu prends le train et c’est encore du 50/50. Tu prends quoi comme décision?»

Eliezer Sherbatov
Photo Agence QMI/le Journal de Montréal, Martin Alarie

Le capitaine d’Israël    

Bien qu’il ait craint de mourir à chaque ville, Sherbatov a choisi le train. Plus la frontière russe s’éloignait, plus il était soulagé. Il a raconté avoir pu se changer les idées en discutant avec des Marocains francophones et avoir donné l’équivalent de 60 $ CAN en monnaie locale à de jeunes étudiantes ukrainiennes. Pour Eliezer, c’est n’était qu’un petit geste pour donner au suivant.

«Je me suis dit que je devais commencer à faire de bonnes choses. Tu dois aider là. Pas demain, pas après-demain, pas dans une semaine... là. Comme les gens qui m’ont aidé quand j’en avais besoin, tu dois les aider.»

À Lviv, l’ambassade israélienne lui a confié la vie de 17 individus, dont des personnes âgées et des enfants. À bord d’un autobus ou à pied, ils ont eu de la difficulté à passer les multiples contrôles à la frontière. Heureusement, le passeport israélien est très reconnu à travers le monde.

Au hockey, Sherbatov est le capitaine de l’équipe nationale israélienne. Il a pris son rôle au sérieux et cette fois, à l’extérieur de la patinoire. «Ce n’est pas pour rien qu’on t’a nommé. Tu l’as prouvé sur la glace, maintenant prouve-le dans la vraie vie.»

-Eliezer Sherbatov terminait déjà de préparer sa biographie avec l’autrice Anna Rosner. Quelques chapitres sur l’Ukraine devront maintenant être ajoutés. L’ouvrage, baptisé «My Left Skate», sera disponible en octobre 2022.

Eliezer Sherbatov
Photo Agence QMI/le Journal de Montréal, Martin Alarie

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