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Un médecin québécois part en Ukraine

Il souhaite partir dès que possible pour soigner les blessés de guerre

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Photo Courtoisie

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Un jeune médecin québécois bouleversé par la guerre en Ukraine délaissera son travail et sa famille pour aller soigner la population ukrainienne, et souhaite inspirer d’autres citoyens et collègues à se mobiliser.  

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« Depuis plusieurs jours, ça me fait même pleurer. Je ne peux pas croire que je suis chez nous dans mon confort, en train d’écouter la télé », souligne le Dr Julien Auger, qui a été touché comme beaucoup de Québécois par les images de la guerre en direct depuis près d’une semaine. 

Même s’il n’a pas de famille en Ukraine ou de lien précis envers cette communauté, il se dit inspiré par la volonté des Ukrainiens à défendre leur pays. 

« J’ai été impressionné, et je suis admiratif de leur courage. Si je peux aller aider comme médecin... Il y a des gens beaucoup plus courageux que moi qui sont là-bas », croit ce médecin de famille qui travaille à l’hôpital de Saint-Jérôme.       

  • Écoutez le tour de l'actualité avec Danny St-Pierre et Carl Marchand, sur QUB radio:   

Hôpitaux submergés 

En entrevue avec Le Journal mardi, l’homme souhaitait prendre l’avion dès que possible vers la Pologne, peut-être jeudi, pour se rendre ensuite en Ukraine. 

Son objectif est d’aller travailler dans un hôpital militaire du pays, mais il n’a pas encore établi de contact direct avec des organismes sur place.

Il a d’ailleurs reporté ses obligations professionnelles pour tout le mois de mars, au Québec.

« Les hôpitaux [ukrainiens] sont submergés, il y a de plus en plus de blessés qui arrivent en même temps », dit celui qui a travaillé six ans à l’urgence dans sa carrière.  

  • Écoutez l’entrevue de France-Isabelle Langlois, directrice générale d'Amnistie internationale Canada francophone   

Père de deux enfants de 3 et 5 ans, Julien Auger avoue avoir été déchiré de laisser sa famille derrière. 

« Ça a été le plus difficile dans ma décision. Je n’ai pas peur pour moi-même de ce qui pourrait arriver, mais je ne veux pas laisser ma famille sans père, confie celui qui comptait passer la journée avec ses enfants et faire ses bagages. Mais ce conflit-là est tellement majeur, c’est tellement gros, qu’il faut être prêt à faire certains sacrifices. » 

Depuis une semaine, des hôpitaux ukrainiens ont été atteints par les bombardements russes, ce qui ajoute au risque. 

« S’il m’arrive quelque chose, je vais sentir que j’ai fait ce que j’avais à faire dans ce conflit-là », assure celui qui a procuré l’aide médicale à mourir à un patient, mardi.

Depuis l’annonce récente de son intention de partir, le Dr Auger a reçu plusieurs messages de collègues qui veulent se mobiliser à ses côtés. D’ailleurs, il est convaincu que les citoyens du monde entier ont un rôle à jouer dans cette guerre.

Âgé de 35 ans et père de deux jeunes enfants, le Dr Julien Auger souhaite partir dès que possible vers l’Ukraine pour aller soigner la population. Il espère aussi convaincre des citoyens à se mobiliser pour aider.
Photo Chantal Poirier
Âgé de 35 ans et père de deux jeunes enfants, le Dr Julien Auger souhaite partir dès que possible vers l’Ukraine pour aller soigner la population. Il espère aussi convaincre des citoyens à se mobiliser pour aider.

Le rôle des citoyens 

« La clé, ce n’est pas la solution diplomatique, [...] mais la mobilisation du peuple autant ici qu’en Russie. C’est la clé pour résoudre ce conflit-là. » 

Jusqu’ici, l’organisme Médecins Sans Frontières (Canada) n’a pas de campagne de recrutement spécifique pour l’Ukraine, mais le service des communications dit suivre la situation de près. 

« Il ne faut pas attendre que les organismes réguliers se mobilisent, parce qu’on dirait que ça va prendre un mois. Et on n’a pas un mois, c’est d’heure en heure, de jour en jour, déplore le Dr Auger. Et il faut que je bouge maintenant si je veux encourager d’autres gens à se mobiliser. » 

Si jamais la situation est trop dangereuse en Ukraine, il demeurera en Pologne, le pays voisin qui accueille une grande part des réfugiés. 

« Mon objectif est d’aller où ils auront besoin de moi. Mais je ne veux pas me mettre à risque inutilement de façon aveugle », avoue-t-il. 

Dans les derniers jours, Julien Auger a aussi aidé un ex-militaire canadien à payer son billet d’avion vers l’Ukraine, où il souhaitait aller combattre. 

– Avec Hugo Duchaine

Ce n’est pas toujours de l’aide efficace

Se rendre dans un pays en guerre pour soigner la population est un geste honorable, mais peu efficace s’il ne s’inscrit pas dans une organisation structurée, prévient une médecin experte dans le domaine. 

« Si on va là sans protection ou organisation, même si l’intention est immensément louable, les chances qu’on fasse une différence sur le terrain sont faibles », souligne la Dre Joanne Liu, ancienne présidente internationale de Médecins Sans frontières. 

« Juste se rendre sur place est difficile, on ne rentre pas là comme dans une maison », précise celle qui a une longue expérience de travail dans les zones de conflits armés. 

Souvent chaotique 

Selon la Dre Liu, œuvrer comme médecin dans ces endroits est non seulement dangereux, mais aussi chaotique et désorganisé. La barrière de la langue est aussi un obstacle. Ainsi, ce travail requiert de l’organisation et des ressources matérielles pour faire une différence. 

« Je ne dis pas que ça n’a pas de bon sens [d’y aller], mais il faut se donner les chances pour que ce soit un succès. Il faut être en lien avec des gens sur place et ne pas arriver les mains vides », dit la pédiatre de l’hôpital Sainte-Justine, qui ne compte pas aller en Ukraine pour le moment. 

Malgré tout, Joanne Liu comprend les médecins qui veulent aller prêter main-forte, même s’ils n’ont aucune expérience humanitaire. 

« Tout le monde est perturbé par les images qu’on voit présentement. Il ne faut pas décourager les gens, mais avoir un reality check par rapport à ce qu’on peut avoir comme impact. » 

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