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Vivre sans eau ni électricité: la dure réalité d'un village algonquin

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En plein coeur de la Réserve faunique La Vérendrye, à une heure de route de Val-d'Or, se trouve le village de Kitcisakik. Une communauté algonquine de 300 âmes qui vit, encore aujourd'hui, sans eau courante ni électricité.  

La raison; les Anicinapes de Kitcisakik ont toujours refusé le statut de réserve et doivent négocier à la pièce avec Québec et Ottawa pour les services ou leurs projets. 

«On est considérés comme des squatters sur nos propres terres. C'est inconcevable de vivre dans ces conditions», déplore le chef Regis Penosway.

Un quotidien en mode survie

Les résidents de Kitcsikatik doivent donc se tourner vers le chauffage au bois pour se réchauffer et les génératrices pour s'éclairer. 

Une immense génératrice et un poste de pompage permettent d'ailleurs d'alimenter en énergie et en eau les infrastructures publiques du village, dont les bureaux du conseil de bande, l'école, le dispensaire, la garderie et un bloc sanitaire. 

«Dans le quotidien, chaque personne est responsable d'aller chercher son gaz pour sa génératrice pour avoir de la lumière. Aller chercher sa chaudière d'eau au bloc sanitaire. Quand ton voisin manque de bois tu vas lui en porter. L'esprit communautaire est toujours là», explique Jimmy Papatie, directeur des ressources naturelles. 

C'est lui qui est aussi responsable de la cour à bois. «Si un aîné a besoin de bois de chauffage, on va lui en porter. Si une génératrice doit être réparée, on s'en occupe», poursuit-il.

Un bloc sanitaire pour les familles  

Un autre défi est l'approvisionnement en eau. Les citoyens doivent se rendent à la station de pompage pour aller chercher l'eau potable dans d'immenses cruches. 

Un bloc sanitaire avec des douches, des toilettes et des laveuses trône aussi en plein cœur du village. 

«On ne se plaint pas. Notre bloc sanitaire est beau et propre. Mais c'est sûr qu'en 2022 ça ne devrait pas être comme ça. Moi aussi j'aimerais ça avoir une douche chez moi», explique Loretta Papatie, une jeune maman qui accompagne deux fillettes à la douche, tout de suite après l'école. 

«Chez moi j'ai d'autres choses à faire et c'est quand même loin. Je dois rentrer le bois de chauffage, faire la routine du soir.», poursuit-elle.

L'alimentation en eau potable des résidents est devenue un enjeu majeur pendant la vague Omicron. 

«En une seule journée, on a eu 27 cas. Pour nous c'est énorme! On a engagé des équipes sanitaires sur le terrain pour s'assurer de livrer de l'eau potable aux familles, pour les enfants, les personnes vulnérables et les personnes âgées», explique la directrice générale, aussi responsable des mesures d'urgence, Doris Papatie. 

Le bloc sanitaire a même dû être fermé pendant un mois pour freiner la propagation, alors que la communauté doit aussi composer avec un problème de surpopulation dans les maisons.

Le rêve d'un nouveau village

Depuis près de 30 ans, le conseil de bande caresse le rêve de construire un nouveau village «Wanaki» qui signifie Terre de la paix et qui doterait la communauté d'infrastructures modernes. Le site actuel est saturé avec des maisons trop petites et mal isolées. 

«Le dossier du village a été fermé pendant plusieurs années. Les fonctionnaires nous disaient «vous ne voulez pas de réserve on va fermer». C'était toujours à leurs conditions. Mais la réconciliation qui se passe au pays, ça change», témoigne Jimmy Papatie. 

Le chef, Régis Penosway garde aussi espoir. «Ce qu'on nous dit c'est que si on signe aujourd'hui, ça prendrait deux ans pour être branché à Hydro-Québec. Mais on veut s'entendre sur notre statut», explique-t-il.

Un peuple résilient

Malgré tout, le village continue de se développer, un développement qui a d'abord passé par la guérison selon Jimmy Papatie, qui a vécu, comme ceux de sa génération, l'époque des pensionnats. 

«On a crevé l'abcès dans lequel on était. (...) On a décidé un jour que si on investissait chez l'humain et l'amenait vers la guérison, cet humain-là dans quelques années, au lieu de coûter cher à la société, allait être plus productif. On est passé de 100% de problèmes d’alcool et de drogues à 70% de sobriété depuis 30 ans. La plupart des Anicinape travaillent ici. Toutes les infrastructures qu'on a ici nous ont amenés à créer du travail. Ça, c'est notre plus grande réalisation !», expose-t-il avec émotion. 

Il demeure néanmoins bien conscient de tout le chemin parcouru, mais aussi des défis qui attendent les futures générations qui, il l’espère, pourront avoir accès aux services essentiels, dont l'eau et l'électricité.

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