/world/guerre-en-ukraine
Navigation

Guerre en Ukraine: «Nous sommes en train de gagner», dit une résistante

Mariia Shuvalova avant l’invasion russe, puis, à droite, le 28 février, après quatre jours de combats
Photos courtoisie Mariia Shuvalova avant l’invasion russe, puis, à droite, le 28 février, après quatre jours de combats

Coup d'oeil sur cet article

Si, d'un strict point de vue militaire, l’agresseur russe dispose d’un grand avantage, les Ukrainiens continuent de batailler avec courage et détermination. Et malgré les attaques contre des civils, les Ukrainiens entrevoient leur victoire.

• À lire aussi: Rester en Ukraine plutôt que retourner à Gatineau

• À lire aussi: L’étau se resserre en Ukraine

Le 24 février, au début de l’attaque russe, Mariia Shuvalova a dû quitter en toute hâte son appartement de Kyïv en compagnie de son mari, de ses parents et de sa belle-mère.

«J’habite près de l’aéroport Sikorsky. C’est un endroit dangereux. J’entendais tellement de missiles balistiques et nous n’avions pas d’abri. Nous avons fait nos bagages en cinq minutes. Nous sommes partis dans une vieille voiture empruntée sans savoir où nous irions. Je suis maintenant à 300 km de Kyïv, toujours en Ukraine. Je suis demeurée en contact avec des amis et de la famille qui sont restés et qui, maintenant, défendent la ville», a expliqué au Journal la femme de 28 ans.

Sur Facebook, la chargée de cours à l’Université Kyïv-Mohyla a publié un portrait d’elle avec un message touchant.

«J’ai pris cette photo il y a quelques jours. J’étais heureuse. J’écrivais ma thèse de doctorat. Maintenant, je suis dans un abri antiatomique. Seules les forces de défense ukrainienne me gardent en sécurité et en vie», a-t-elle écrit en invitant les gens à soutenir financièrement son armée.

Paraplégiques fabriquant des bombes

Des civils dans un village d’Ukraine se réunissent pour préparer des cocktails Molotov. Ils les utiliseront eux-mêmes.
Photo courtoisie
Des civils dans un village d’Ukraine se réunissent pour préparer des cocktails Molotov. Ils les utiliseront eux-mêmes.

Tous les hommes de 18 à 60 ans ont été mobilisés en Ukraine. La mesure, aussi radicale qu’elle puisse sembler, n’a pas provoqué de tollé, estime Mme Shuvalova.

«Déjà, avant la mobilisation, de nombreux hommes, mais aussi des femmes, s’étaient portés volontaires pour prendre les armes et défendre le pays. Ils faisaient la queue pour s’engager.»

«Les Russes sont trop occupés et trop effrayés pour protester contre la guerre. Pendant ce temps, des civils ukrainiens qui ne sont littéralement pas capables de marcher savent qu’ils sont capables de faire des cocktails Molotov. Les Russes ont peur d’aller en prison, les Ukrainiens n’ont pas peur de mourir», a écrit Mariia Shuvalova en publiant cette photo sur Twitter.
Photo courtoisie
«Les Russes sont trop occupés et trop effrayés pour protester contre la guerre. Pendant ce temps, des civils ukrainiens qui ne sont littéralement pas capables de marcher savent qu’ils sont capables de faire des cocktails Molotov. Les Russes ont peur d’aller en prison, les Ukrainiens n’ont pas peur de mourir», a écrit Mariia Shuvalova en publiant cette photo sur Twitter.

Elle a publié une photo qui parle d’elle-même: on y voit deux femmes qui, en fauteuil roulant, fabriquent des cocktails Molotov.

«Même ceux qui ne sont pas mobilisés et qui ne portent pas d’armes fabriquent des cocktails Molotov pour les tanks et des dispositifs métalliques contre les véhicules russes, pour ralentir le ravitaillement. Ils les fabriquent pour les utiliser eux-mêmes. Tout le monde combat comme il le peut. Les civils, hommes et femmes, jeunes et vieux, sont motivés.»

Cette remise sert maintenant à entreposer des cocktails Molotov que les civils ukrainiens utiliseront contre l’envahisseur russe.
Photo courtoisie
Cette remise sert maintenant à entreposer des cocktails Molotov que les civils ukrainiens utiliseront contre l’envahisseur russe.

L’oppresseur russe

Cette détermination étonne en premier lieu les militaires russes, mais aussi la majorité des experts de la communauté internationale.

Pour Mme Shuvalova, ce n’est rien de surprenant et cela puise sa source dans une longue histoire d'«oppression» russe et de «résistance» ukrainienne.

«Notre détermination provient de notre histoire. La Russie nous a souvent occupés. Et nous avons souffert de ces occupations. Malgré tout, nous avons conservé notre culture, même si l’enseignement de notre langue a souvent été interdit à l’école et dans les livres. Nous avons donc développé le sens d’une forte résistance et d’une grande identité», explique l’universitaire.

«J’ai aussi des membres de ma famille qui sont allés se battre dans l’est (Donetsk) en 2014. Les gens l’oublient, mais cette guerre a commencé il y a huit ans. Huit ans que nos gens meurent [...] à cause des troupes russes. Nous luttons aussi contre la propagande et la désinformation depuis huit ans. Et le monde entier continuait à nous demander: “Où est l’Ukraine? Vous faites partie de la Russie?”» ajoute-t-elle avec amertume.

Cette élève de la chargée de cours Mariia Shuvalova n’a d’autre endroit que ce placard pour se protéger pendant les bombardements à Kyïv, la capitale ukrainienne. «Certains de mes étudiants ont su comment réagir aux premiers bombardements. Ils sont de Donetsk [zone où le conflit a débuté en 2014]», dit Mme Shuvalova.
Photo courtoisie
Cette élève de la chargée de cours Mariia Shuvalova n’a d’autre endroit que ce placard pour se protéger pendant les bombardements à Kyïv, la capitale ukrainienne. «Certains de mes étudiants ont su comment réagir aux premiers bombardements. Ils sont de Donetsk [zone où le conflit a débuté en 2014]», dit Mme Shuvalova.

Mme Shuvalova fait aussi référence à l’Holomodor, qui est également commémoré au Canada.

En 1932-1933, sous Staline, une famine créée artificiellement par l’URSS a fait trois à cinq millions de morts en Ukraine. Les grands-parents de Mme Shuvalova y ont survécu et ont pu la raconter.

Le rayon du pain de cette épicerie de Kyïv est vide.
Photo courtoisie
Le rayon du pain de cette épicerie de Kyïv est vide.

Crimes contre l’humanité

La Cour pénale internationale a annoncé lundi qu’elle enquêterait sur de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par l’armée russe depuis le début de l’agression.

«Maintenant, les attaques se concentrent sur les civils, leurs maisons, confirme la jeune femme. Il y a davantage de civils qui sont morts dans les dernières 24 heures. Vous ne pouvez pas imaginer comment cela peut être terrifiant. Et pas seulement dans les grandes villes, mais aussi dans les plus petites. Hier [lundi], un ami dans une petite ville près des montagnes des Carpates a été bombardé», dit-elle.

Dans une discussion interrompue deux fois par les bombardements, elle affirme ne rien attendre des négociations avec la Russie.

«Personne n’a confiance dans les négociations. L’Ukraine veut rejoindre l’Union européenne pour en finir avec la Fédération russe. On se sent Européens. On ne veut pas négocier et on n’a pas besoin de négocier, nous sommes en position de force. Notre gouvernement a tout notre soutien.»

Désinformation

Mme Shuvalova entend faire connaître la réalité des Ukrainiens en collaborant avec les médias et par l’intermédiaire des réseaux sociaux.

«Je suis chanceuse, j’ai un excellent abri contre les bombes. J’ai vu tellement de photos d’amis qui n’ont pas ça. Mais le plus important, c’est que j’ai internet», dit celle qui ne révèle pas sa position, puisqu’elle collabore activement avec l’étranger.

Les canaux de propagande russe Sputnik et RT (Russia Today) sont tombés dans le collimateur de l’Union européenne, qui les bannit à compter de jeudi.

Disant qu’«on doit protéger les Canadiens de la désinformation et de la propagande», le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, a indiqué mercredi, sur Twitter, qu'il demanderait au CRTC des audiences accélérées au sujet de la présence de RT au Canada.

«On sait qu’il y aura des opérations militaires et que les Russes voudront prendre contrôle d’internet. Ils vont nous envoyer des messages et des appels disant que le gouvernement ukrainien s’est rendu et que nous devons en faire autant. Nous sommes prêts à cela», a précisé Mariia Shuvalova.

«Nous partageons des contacts et nous [sommes arrivés] à faire parvenir des biens de l’étranger. Les gens sacrifient leur argent, leur vie, tout. Même dans un sous-sol avec internet et un ordinateur, nous continuons. Nous ne dormons que deux heures par jour, en dépit du coronavirus», ajoute-t-elle.

Privés de Disney, un drame!

Avec le temps, et notamment par l’entremise de ses études, l’Ukrainienne a développé des amitiés avec des Russes et des Biélorusses. Elles ont été balayées par la redoutable efficacité de la propagande et de la désinformation du régime Poutine.

Sur Facebook, Mariia Shuvalova a publié un portrait d’elle avec un touchant message. «J’ai pris cette photo il y a quelques jours. J’étais heureuse. J’écrivais ma thèse de doctorat. Maintenant je suis dans un abri antiatomique. Seules les forces de défense ukrainiennes me gardent en sécurité et en vie», écrivait-elle en invitant les gens à soutenir financièrement son armée.
Photo courtoisie
Sur Facebook, Mariia Shuvalova a publié un portrait d’elle avec un touchant message. «J’ai pris cette photo il y a quelques jours. J’étais heureuse. J’écrivais ma thèse de doctorat. Maintenant je suis dans un abri antiatomique. Seules les forces de défense ukrainiennes me gardent en sécurité et en vie», écrivait-elle en invitant les gens à soutenir financièrement son armée.

«Mes amis russes ne me soutiennent pas. J’ai demandé à certains de partager de l’information, comment leurs gens mentent ici... Certains se disent tristes. D’autres nous accusent, nous les Ukrainiens, d’avoir de doubles standards. Parce que nous parlons de notre souffrance, mais nous ne disons pas que la Russie a été écartée de Spotify [l’application n’est accessible que depuis 2020 en Russie]. Ils sont frustrés que Marvel [propriété de Disney] ne présente pas son dernier film en Russie. Donc, les Ukrainiens font souffrir les Russes! C’est pareil en Biélorussie. Mais nous, nous voulons une démocratie», se désole la jeune femme.

Au-delà des bombardements, les Ukrainiens doivent aussi composer avec un approvisionnement en nourriture de plus en plus compliqué. Ils doivent parfois faire la queue pendant cinq heures pour obtenir de la nourriture.

Mariia Shuvalova souligne que la nourriture disponible est souvent sur le point d’être périmée et doit être consommée rapidement. La nourriture qui pourrait se conserver plus longtemps est la plus recherchée et celle qui manque le plus.

Mme Shuvalova affirme que, malgré la violence des attaques qui ciblent les civils, le moral des Ukrainiens est bon.

«Nous avons un esprit très fort, parce que nous savons que nous sommes en train de gagner. Nous sommes pas mal épuisés, mais aussi totalement conscients que les troupes russes sont également épuisées et affamées. Elles manquent d’essence et savent qu’elles souffrent de pertes massives.»

«Nous imaginons comment nos soldats sont forts et courageux. Je suis inspirée par nos forces de défense et tous ceux qui nous soutiennent», a-t-elle conclu.

À voir aussi  

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.