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Ukraine: Biden a les mains liées

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Photo AFP Joe Biden lors de son premier discours sur l’état de l’Union mardi soir.

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Mardi soir, Joe Biden a bien articulé son plan d’action pour confronter la crise en Ukraine et ses défis intérieurs, mais ses moyens sont limités.

Pour Biden, ce premier discours sur l’état de l’Union pouvait difficilement venir dans des circonstances plus complexes, alors qu’il doit composer avec une guerre en Europe et une opinion publique obstinément réticente à l’appuyer.

Même si le président a touché plusieurs bonnes notes, même si son bilan n’est pas négligeable et même s’il a un programme bien ficelé, on ne peut s’empêcher de constater l’ampleur des contraintes auxquelles il doit faire face sur tous les fronts.

Mains liées en Ukraine

Devant la résistance héroïque du peuple ukrainien à l’invasion russe, on ne peut s’empêcher de penser que les forces de l’OTAN stationnées à quelques centaines de kilomètres de là pourraient ne faire qu’une bouchée des forces de Poutine. Malheureusement, une intervention directe de l’OTAN est exclue, car elle risquerait de déclencher une escalade incontrôlable qui – comme l’a dit Poutine – pourrait aller jusqu’à l’option nucléaire.

L’OTAN a les mains liées, mais, en partie grâce au regain du leadership américain sous la gouverne de Biden, la vigueur de la mobilisation du monde démocratique dépasse de loin les attentes.

L’issue du conflit dépend avant tout de la détermination des Ukrainiens, mais également de l’impact des sanctions sur la société russe qui pourrait – dans un scénario optimiste, mais envisageable – entraîner la chute de Poutine.

Limites des sanctions

L’ampleur des sanctions économiques contre la Russie dépasse déjà les attentes et les dirigeants occidentaux, Joe Biden en tête, peuvent s’en approprier le crédit. Il n’est toutefois pas encore question de fermer le robinet des exportations de pétrole et de gaz russes.

Il faudra en venir là si les alliés souhaitent étouffer économiquement le régime de Poutine, mais les conséquences risquent d’être très négatives pour des gouvernements déjà aux prises avec une inflation galopante et des finances publiques usées à la corde par deux ans de pandémie.

Pour ces gouvernements, l’impact économique des sanctions sera un lourd fardeau politique. Pour Joe Biden en particulier, les gains politiques d’un succès éventuel des sanctions risquent d’être annulés par la réaction de l’électorat à l’inflation.

Mains liées à la maison

Mardi, Biden a défendu éloquemment son programme pour remettre l’économie américaine sur les rails après le choc de la pandémie. La création d’emplois a atteint des niveaux record pendant sa première année, mais la flambée des prix a plombé ses appuis et il est politiquement impératif pour Biden de faire de la lutte à l’inflation une priorité.

Le président dispose de moyens limités face à ce défi. Les éléments de son programme dans ce sens sont populaires dans l’opinion, mais, étant donné l’opposition systématique des républicains et la minceur des majorités démocrates au Congrès, le président sera chanceux s’il peut en faire adopter quelques-uns dans les prochains mois et encore plus chanceux si les effets de ces mesures sont perçus par l’électorat d’ici à novembre.

Pour le moment, l’administration Biden s’est montrée à la hauteur du défi de la crise ukrainienne et le leadership international des États-Unis s’en trouve renforcé. Tant à l’étranger qu’à la maison, toutefois, ses moyens sont limités et cette crise offre peu de perspectives de gains politiques à court terme.

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