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Les leçons d’éthique douteuses du maire de Shawinigan

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Capture d'écran, TVA Nouvelles Le maire de Shawinigan Michel Angers s’en prend au travail des journalistes.

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Le maire de Shawinigan Michel Angers a de gros problèmes à gérer. Son usine d’épuration d’eau potable flambant neuve d’une quarantaine de millions $ ne fonctionne pas, la Ville collectionne les avis de non-conformité du ministère de l’Environnement, et une grande partie de ses concitoyens sont forcés de faire bouillir leur eau depuis trois mois.

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C’est Le Journal qui a été le premier à révéler le fiasco de l’usine, en août dernier. Depuis, au conseil municipal, des résidents exaspérés à juste titre des problèmes dans leur ville ne se gênent pas pour interpeller le maire. 

Cette semaine, en réponse à l’un d’eux, le maire Angers a eu la mauvaise idée de s’attaquer à l’intégrité du Journal et de notre Bureau d’enquête.

Il a interpellé comme suit le citoyen André Berthiaume, qui allègue que son terrain est souillé par les rejets de boues toxiques de l’usine :

« On connaît votre fille, on connaît les liens de votre fille, on connaît ces gens-là », lui a-t-il lancé, mardi soir, selon le quotidien Le Nouvelliste.

Que veut-il insinuer ?

Qui est la fille de M. Berthiaume ? C’est Claudia Berthiaume, une journaliste de notre Bureau d’enquête, qui couvre les affaires policières et la justice.

Le maire veut-il insinuer que notre couverture des déboires de son projet est biaisée ? Il sait pourtant fort bien que Claudia n’a pas écrit une ligne, fait un seul coup de téléphone ou posé une seule question à la Ville en lien avec l’usine.

Il sait aussi fort bien que c’est une autre journaliste de notre Bureau d’enquête, Annabelle Blais, spécialiste des questions environnementales, qui a mis en lumière les nombreux cafouillages dans le dossier de son usine.

Ses reportages sont rigoureusement basés sur des faits, notamment des documents officiels du ministère de l’Environnement, obtenus grâce à des demandes d’accès à l’information.

Ce que le maire s’est bien gardé de dire publiquement, c’est qu’il refuse toutes nos demandes d’entrevues depuis août dernier.

La Ville a également refusé de nous transmettre de nombreux documents en lien avec l’usine, qui sont hautement d’intérêt public : les rapports de faisabilité du projet avant la construction, les plans des mesures correctives, les données sur le niveau de l’eau dans le lac à la Pêche...

Au fait, le maire boit-il l’eau de sa propre ville ? Il n’a pas voulu le dire lorsque mon collègue Philippe-Vincent Foisy lui a posé la question la semaine dernière à QUB Radio.

Vieux truc de politicien

J’ai parlé cette semaine à Michaël Nguyen, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), qui désapprouve les techniques de Michel Angers.

« S’en prendre au travail des journalistes, c’est tirer sur le messager. Le maire de Shawinigan fait fausse route en agissant ainsi, c’est un vieux truc de politicien pour détourner l’attention », estime-t-il. 

« Les questions soulevées par les médias sont pertinentes, le maire peut choisir de ne pas y répondre, mais les médias vont continuer de faire leur travail, au service de la population que le maire se doit de servir au lieu de s’attaquer aux journalistes, que ce soit directement ou indirectement », ajoute le président de la FPJQ.

Contrairement au maire Angers, nous ne jouerons pas sur les apparences pour parler d’éthique. Mais nous continuerons à enquêter, à poser des questions et à publier des faits qui expliquent pourquoi les Shawiniganais ne peuvent boire l’eau du robinet pour un quatrième mois consécutif. 

Jean-Louis Fortin
Directeur du Bureau d’enquête

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