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Volodymyr Zelensky, l’homme qui fait mentir tout le monde

L’ex-comédien est passé de président en perte de vitesse à chef de guerre acclamé

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Ses détracteurs craignaient qu’il devienne la marionnette des Russes. Il est maintenant l’ennemi numéro un du Kremlin. Il y a à peine un mois, 55% des Ukrainiens ne croyaient pas qu’il pourrait faire un bon chef de guerre. En galvanisant son peuple, le président Volodymyr Zelensky déjoue les attentes et fait mentir Vladimir Poutine.

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Un président «moyen»

Beaucoup de choses ont été écrites sur Volodymyr Zelensky, le comédien devenu président de l’Ukraine après avoir joué ce rôle à l’écran. Mais avant l’invasion, quel genre de dirigeant était-il?

Un président plutôt «moyen», résume Maria Popova, professeure de politique à l’Université McGill. 

Sans aucune expérience politique et surfant sur sa notoriété, Zelensky a été élu en 2019 avec une majorité écrasante, soit 73% des voix. 

Il promettait notamment de mettre fin à la corruption et de résoudre le conflit avec la Russie, qui sévissait déjà depuis 2014 dans la région du Donbass. Peinant à réaliser ses promesses phares, sa popularité n’a cessé de chuter depuis, atteignant même un creux de 20% en 2020.

«Il ne se gênait pas pour critiquer ouvertement ses alliés étrangers, ce qui était inusité», se souvient Dominique Arel, titulaire de la chaire en études ukrainiennes à l’Université d’Ottawa. «Je voyais ça comme un aveu de faiblesse. Maintenant, j’ai changé d’avis.» 

Le candidat du compromis

Ironiquement, Zelensky personnifiait le candidat du compromis, résume Maria Popova. Son principal adversaire et président sortant, Petro Porochenko, défendait la ligne dure envers les Russes.

Zelensky, lui, visait la paix et souhaitait négocier avec Poutine pour y arriver. Des observateurs le soupçonnaient même d’être un pantin pour la Russie, explique Mme Popova.

«Mais très vite, c’est devenu clair que Poutine n’avait pas l’intention de négocier et qu’il cherchait à compromettre la souveraineté du pays [...] Ce que la Russie demandait était tout simplement inacceptable pour la société ukrainienne.»

Cela place aujourd’hui Zelensky dans une position d’autant plus forte, ajoute-t-elle. Il a en effet prouvé qu’il n’était pas un extrémiste, contrairement à ce que prétend Poutine.

Le cliché inversé

Sur certains points, Zelensky a fait mentir le cliché qui associe les États-Unis à la pureté démocratique et les pays de l’ex-URSS à la corruption.  

En octobre 2019, il a tenu une conférence de presse digne d’un record mondial. Dans la section des restaurants d’un centre commercial, il a reçu vague après vague de journalistes... pendant plus de 12 heures.  

Pendant ce temps, son homologue américain Donald Trump était réputé pour son hostilité envers les médias et ses points de presse où des journalistes peinaient à poser leurs questions. 

C’est sans oublier le fameux appel téléphonique du 25 juillet 2019, où Trump a demandé à Zelensky d’ouvrir une enquête sur le fils de son propre adversaire Joe Biden, qui avait siégé au sein d’une société gazière ukrainienne. 

Ce jour-là, le cliché était inversé, note Maria Popova.  

Monsieur «tout-le-monde»

​Depuis l’invasion russe, les témoignages d’Ukrainiens qui critiquaient Zelensky avant, mais qui l’encensent maintenant se multiplient.

Le 25 février, il publie sur les médias sociaux une vidéo de lui et de ses ministres dans les rues de Kyïv pour montrer qu’ils n’ont pas fui le pays.

«C’est comme si Charlie Chaplin s’était transformé en Winston Churchill», image-t-on dans le magazine Time.

Il avait l’habitude de jouer les «monsieurs-tout-le-monde» dans les comédies romantiques. En tant que chef de guerre, il continue en quelque sorte de s’afficher au même niveau que son peuple.

Volodymyr Zelensky montre «ce que cela veut dire d’être un leader démocratique légitime. Il montre que ce n’est pas de dire aux gens quoi faire, mais de mener par l’exemple», analyse Mme Popova.

Scène prémonitoire

Une scène comique de la série Serviteur du peuple, dans laquelle Zelensky incarnait le chef d’État avant de le devenir, ne fait plus rire autant.

On peut y voir le président qui reçoit un appel de lui annonçant que son pays a été accepté au sein de l’Union européenne (UE). Le président, extatique, remercie en disant que l’Ukraine attendait cet honneur depuis longtemps. Il se fait alors répondre qu’il y a erreur : on croyait parler au dirigeant du Monténégro.

Mardi, alors que son pays était bombardé, le vrai président Zelensky a pris la parole en visioconférence devant les parlementaires européens pour les enjoindre à intégrer son pays à l’UE.

«Je pense qu’aujourd’hui, nous montrons à tout le monde que nous sommes vos égaux», a-t-il dit dans un discours vibrant.

Sur les ondes de CNN, on pouvait entendre le traducteur en direct éclater en sanglots. 

@inesadnoire In 2015, President Zelensky starred in a fictional comedy TV show as President of Ukraine. In one scene, German Chancellor Merkel calls Zelensky about membership in the European Union. Today, Zelensky started the formal process for Ukraine to actually enter the EU. #ukraine #zelensky #funny #comedy ♬ original sound - Nesa

Du McDo au chandail vert

Zelensky maîtrisait l’art de communiquer par les réseaux sociaux bien avant l'invasion russe. On peut trouver des vidéos de lui qui discute sur un tapis roulant, au volant de sa voiture et même en train de commander du McDonald’s au service à l’auto.

«Ce que ça crée, c’est une impression de proximité affective», explique Camille Alloing, professeur en communication publique à l’UQAM.

Depuis plus d’une semaine, il parvient à créer cette même proximité, mais pour insuffler du cœur à la résistance. Vêtu d’un chandail vert ou camouflage, il se présente comme un homme qui partage l’effort son peuple.

Une image à des années-lumière de celle austère que projette Vladimir Poutine, en veston dans un grand bureau où il reçoit les dignitaires qu’il garde à distance autour d’une interminable table.

Vers une victoire morale

Jusqu’à maintenant, c’est Zelensky qui gagne la bataille de l’image, en Ukraine comme à l’extérieur, s’entendent pour dire les experts.

La population se mobilise pour confectionner des cocktails Molotov, des étrangers accourent pour combattre aux côtés des Ukrainiens. Mais surtout, ses appels à l’aide ont réussi à rallier presque tous les pays du monde et à émouvoir les Occidentaux.

Est-ce le courage du président Zelensky qui inspire les Ukrainiens, ou n’est-il qu’un reflet du courage de son peuple? «Les deux», croit Dominique Arel.  

De l’autre côté, la rhétorique de Vladimir Poutine sonne de plus en plus «absurde», dit Marie Popova.

«Il n'y a pas si longtemps, certains pouvaient encore douter de la volonté réelle du peuple ukrainien de conserver son indépendance», explique-t-elle. «Imaginez s’ils s’étaient tout de suite rendus aux Russes...»

Il n’est désormais plus possible d’en douter.

«C’est la version de l’histoire [de Zelensky] qui s’impose et c’est en soi une victoire», estime-t-elle.

- Avec The Atlantic, Le Monde, Time, Washington Post, BBC, Britannica, CNN, L’Obs, New York Times, France24

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