/weekend
Navigation

Facilitatrice de talents

5 questions à Fabienne Larouche, autrice et productrice

ART-RETOUR-FORTIER
Photo courtoisie, AETIOS PRODUCTIONS Sophie Lorain dans une scène de Fortier.

Coup d'oeil sur cet article

Dans sa vingtaine, Fabienne Larouche regardait La bonne aventure et rêvait d’écrire comme le faisait Lise Payette. Ce rêve, elle l’a réalisé. Puis, elle a eu envie d’en faire plus. De faire les choses à sa façon. Différemment. Elle est devenue une productrice influente et aguerrie. Actuellement, elle est derrière les succès de District 31, Sans rendez-vous, Doute raisonnable, Toute la vie, Le bonheur. Aujourd’hui, comme Janette Bertrand qu’elle admire, elle ne se voit pas arrêter et continue d’être aussi exaltée et passionnée par ce milieu et les gens talentueux qu’elle veut faire briller. À quelques jours de la Journée mondiale des femmes, en voici une qui a bien fait son chemin.

Fortier est la première série que tu as produite. Tu connaissais déjà du succès comme autrice. Est-ce que ç’a été facile de faire ta place comme productrice ?

Absolument pas. Dans les années 90, la production télé était comme une tarte que se partageaient quelques producteurs, principalement des hommes. Les portes ne se sont pas ouvert facilement pour Sophie (Lorain) et moi. On n’était ni avocate ni comptable, on nous regardait de haut. On entendait des murmures. On m’a dit : « Quand tu perdras ton condo et que tu feras faillite, tu vas revenir. » À l’époque, ça prenait des recommandations, même si nous avions fait nos preuves comme autrice et comédienne. Des gens comme Michèle Fortin (Radio-Canada), Daniel Lamarre (qui était à TVA) et François Macerola (Téléfilm) ont cru en nous. On a profité de l’opportunité. Il fallait tout apprendre, mais on avait le talent, l’acharnement, la persévérance et l’envie. Fortier a été un grand succès. 


Fabienne Larouche
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Fabienne Larouche

Tu as donné la chance à d’autres femmes de se déployer. Sens-tu une solidarité ?

Quand une femme a du talent, il faut lui permettre de s’épanouir. Cette solidarité est importante. Mais il ne faut pas que ça soit réducteur. C’est le talent qui doit primer. Un Théodore Pellerin dans 30 vies, Antoine Bertrand dans Virginie, François Avard avec Les Bougon ou Luc Dionne avec District 31, je tente de faciliter les choses. Quand Danielle Trottier vient me voir pour Unité 9 en me disant que je suis la seule à pouvoir produire ça, ça vient avec honneur et responsabilité. La création vient avec l’expérience et l’apprentissage. On ne peut privilégier un individu à cause de son identité. Accompagner du monde que j’estime pour qu’on s’aide à devenir meilleur, c’est ce qui me rend le plus fière.


Il y a encore des luttes à mener. Au niveau salarial notamment.

Chez nous, c’est clair, à talent égal, salaire égal. Même titre, même salaire. Ça ne se discute pas. Je suis féministe. L’indépendance financière est essentielle. 


Tu as donné la parole comme autrice à des femmes fortes. Existe-t-il une écriture masculine et féminine ?

On est ce que l’on est. Je ne montre pas juste des modèles forts. Fortier avait ses faiblesses. On écrit avec notre âme, nos rencontres, notre expérience. Je pense que l’écriture qu’on disait masculine a évolué au contact des femmes. Les héros sans peur et sans reproche sont devenus des hommes sensibles avec leurs failles. Les auteurs, on est des éponges, des observateurs de la condition humaine.


Il y a eu des mesures pour rétablir une parité dans le milieu. Comment vois-tu l’avenir ?

Comme je le disais, le talent doit primer. La créativité. L’intelligence. À la télé, il faut des modèles. Mais il ne faut pas un club de femmes pour corriger une injustice et en créer une autre. Notre milieu n’est pas objectif. Il y a toujours quelqu’un qui te juge. C’est toujours difficile de faire sa place. Quand on me dit que j’ai eu du courage, je dis plutôt qu’il n’y avait pas de raison que je ne puisse pas y arriver. J’ai été élevée dans une famille où les gars et les filles ont toujours eu les mêmes droits. Si je peux donner cette envie-là aux filles, ça me fait plaisir.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.