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La fuite en avant

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En une semaine, le monde a changé.

Une invasion tactique est devenue un carnage. Un appui minimal à l’Ukraine s’est transformé en guerre économique, puis en dilemme moral insupportable.

Elle est là, la menace d’une troisième guerre mondiale. L’Histoire blâmera toujours les ambitions impériales et la cruauté de Vladimir Poutine. Mais le point de bascule appartient à l’OTAN.

On demande souvent jusqu’où ira Poutine.

Mais qu’en est-il de nos gouvernements ? Doit-on et peut-on résister à l’appel d’une défense existentielle de la démocratie contre l’oppression ?

Horreur

Affrontant une résistance qu’il n’avait pas escomptée, Vladimir Poutine n’est plus en mode conquête : il est en mode anéantissement.

Il fait subir à de petites villes d’Ukraine des sévices bien rodés lors d’offensives passées à Grozny, en Tchétchénie, puis aux côtés de la Syrie, à Alep.

Fini l’ère des frappes militaires tactiques. Dans les villes de Chtchastia et de Volnovakha, tous les immeubles ont été touchés. TOUS. Endommagés, ou détruits. Les survivants sont coincés, prisonniers de l’horreur.

Comment être surpris quand les forces russes tirent sur des manifestants désarmés ?

On croyait une telle barbarie digne des horreurs nazies d’un passé renié. Elles font maintenant partie de notre réalité.

Vieille logique

D’être passé à un cheveu d’un désastre nucléaire lors du bombardement de Zaporijia n’a pas convaincu l’OTAN d’intervenir activement. Au contraire, ce fut l’occasion de réitérer à nouveau sa ligne rouge.

« Ce que nous avons réussi à éviter, et que nous devons éviter, c’est de nous mettre dans une situation où les forces de l’OTAN seraient en conflit direct avec les forces russes », a expliqué Justin Trudeau pour justifier le refus d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine.

Mais sommes-nous en train de faciliter son indigne conquête, comme le reproche le président Volodymyr Zelensky ?

« Tous ceux qui mourront à partir d’aujourd’hui mourront à cause de vous, à cause de votre faiblesse. »

L’Occident marche ainsi sur un fil de fer : aider l’Ukraine, sans provoquer davantage la folie destructrice de Vladimir Poutine. Il suffit de lire Jean-François Lisée dans Le Devoir et son « Ça suffit. Allons-y ! », pour être confronté aux limites morales de cet équilibre.

Patience

Or, l’engrenage est dangereux. Surtout après des années de désinvestissements dans les forces armées des pays membres de l’OTAN.

Faut-il précipiter une nouvelle guerre mondiale alors que les premiers signes de fracture au sein du Kremlin semblent apparaître ?

Un nombre disproportionné d’officiers fauchés au combat. Les premières dénonciations publiques d’oligarques, leurs allers-retours frénétiques en jets privés sur Moscou. Les effets dévastateurs des sanctions sur l’économie russe.

C’est le cruel dilemme de cette guerre. Le temps est le meilleur allié des démocraties occidentales contre l’agression russe. Il est aussi le tragique ennemi de cette Ukraine qui nous a collectivement réveillés.

En attendant, Vladimir Poutine mise sur son ultime défense, la menace nucléaire face à l’opinion publique des démocraties occidentales, réticentes à envoyer les leurs affronter cette barbarie.

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