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Réveil brutal en Europe

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Photo AFP Une dame est assise dans des débris causés par la violence des combats à l’extérieur de la ville d’Irpin, au nord-ouest de Kyïv.

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Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un œil québécois. 


Les Européens, depuis quelques décennies, étaient convaincus d’une chose : la guerre n’était plus possible sur leur continent sorti épuisé du XXe siècle.

On connaît les trois grandes catastrophes de ce dernier siècle qui ont frappé ce coin du monde.

La Première Guerre mondiale, celle de 1914-1918, est née du défaillement du système d’alliances qui structurait diplomatiquement le Vieux Continent. Un conflit balkanique a engendré une immense boucherie à l’échelle continentale qui a blessé la civilisation européenne au cœur. S’en est-elle au fond d’elle-même remise ?

Histoire

La Deuxième Guerre mondiale, celle de 1939-1945, a non seulement ravagé encore une fois l’Europe, mais l’a soumise à la démence hitlérienne qui a programmé l’extermination industrielle du peuple juif, traité à la manière d’un peuple de trop sur terre, dont il fallait même effacer le souvenir.

À peine terminée, la Guerre froide lui a succédé. Les peuples d’Europe de l’Est furent soumis à la Russie et au communisme totalitaire. Et le monde, pour un temps, a vécu dans l’effroi de l’apocalypse nucléaire.

Alors on l’aura compris : l’Europe voulait croire que cela n’arriverait plus jamais. Qu’elle avait retenu la leçon. Que le monde se convertirait avec elle au pacifisme universel, à la règle de droit et au doux commerce. Que les conflits entre les peuples en viendraient à se dissoudre. Nous n’en retrouverions plus la trace que dans le musée des horreurs passées de l’humanité.

C’est ce fantasme que vient invalider l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Rares étaient ceux qui croyaient une invasion d’une telle ampleur possible. L’idée généralement admise était que Poutine bluffait. Qu’il chercherait à la rigueur à consacrer l’annexion des régions russophones de l’Ukraine. Mais à peu près personne ne voyait venir une invasion de cette ampleur. C’est dire à quel point le réveil est brutal.

Mais à la surprise de plusieurs, peut-être même de tous, cette invasion ranime des vertus que l’on croyait disparues en Europe : le courage militaire, la volonté de se défendre, le sens du tragique et de l’histoire.

Il faut dire que la résistance ukrainienne inspire l’opinion européenne, qui découvre un peuple se battant autant qu’il le peut pour sa terre, sa patrie, son pays, son indépendance.

Puisque le tragique vient heurter ce Vieux Continent meurtri aussi brutalement, aussi bien l’affronter, plutôt que se laisser mourir dans une société alanguie, molle, seulement obsédée par les plaisirs privés, incapable d’affronter les grandes épreuves, et condamnée à la soumission.

Liberté

Les Européens découvrent à travers cette crise que l’indépendance ne flotte pas dans le ciel des idées pures : il faut se donner les moyens de la défendre. C’est ce qu’expliquait vendredi dans les pages du Figaro le sociologue Jean-Pierre Le Goff.

Naturellement, la peur est encore là : si les plans de Poutine avortent, ne sera-t-il pas tenté par une montée aux extrêmes ?

L’OTAN veut à tout prix éviter que le conflit ne dégénère, et qu’il n’embrase tout le continent, comme en 1914. Il s’agit d’éviter que la guerre d’Ukraine ne devienne la guerre d’Europe.

Pour éviter que l’histoire ne soit qu’un éternel recommencement. 

Une présidentielle confisquée 

Naturellement, cette guerre écrase l’actualité et ne laisse plus grand place à la vie politique. En France, la guerre d’Ukraine occupe tout l’espace médiatique, et laisse bien peu de place à l’élection présidentielle, dont le premier tour aura pourtant lieu dans à peine plus d’un mois. Ils sont nombreux à voir dans cette éclipse un vrai danger pour la démocratie, car les débats qui n’auront pas lieu resurgiront dans une forme radicalisée. 

Malgré tout, parler à Poutine 

Emmanuel Macron préside en ce moment le Conseil européen. Et malgré la guerre, malgré la condamnation ferme, résolue et plus que nécessaire de Vladimir Poutine, qui entraîne le vieux monde vers la guerre pour satisfaire ses ambitions impériales, il cherche à garder un canal de communication avec lui. Pourquoi ? Pour conserver la possibilité d’une résolution diplomatique au conflit. Pour éviter la montée aux extrêmes. Pour éviter un embrasement général. 

Zelinsky le héros 

Il y a peu, Volodymyr Zelinsky, le président ukrainien, passait pour un pitre, ou du moins, pour un président improbable à l’autorité flageolante. Personne ne l’imaginait chef national, encore moins chef de guerre. C’est pourtant lui qui émerge dans ce conflit : il incarne et canalise la résistance ukrainienne. Il maîtrise les codes de la guerre de communication. Cela lui a permis de gagner la sympathie des Occidentaux, qui veulent marquer leur solidarité avec les Ukrainiens.

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