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La guerre en Ukraine met à l'épreuve l'amitié «sans limite» entre Chine et Russie

Les présidents russe et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping, en 2019.
AFP Les présidents russe et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping, en 2019.

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Une amitié « sans limite ». Un mois après la visite du président russe Vladimir Poutine à Pékin, l’invasion de l’Ukraine met à l’épreuve la solidité des liens entre Chine et Russie.

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D’un côté, un sacro-saint attachement à « la souveraineté et l’intégrité territoriale » des États. De l’autre, un rapprochement avec Moscou trempé dans l’hostilité commune envers les États-Unis. Depuis l’invasion du 24 février, Pékin se livre à un numéro d’équilibriste entre ces deux impératifs de sa politique étrangère.

Lundi, lors de sa conférence de presse annuelle, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est à nouveau refusé à condamner l’invasion russe de l’Ukraine et a même célébré une amitié « solide comme un roc » avec Moscou. Il a une nouvelle fois plaidé en faveur des « préoccupations légitimes (de Moscou) en matière de sécurité ».

Mais le régime du président Xi Jinping semble avoir été surpris par la résistance ukrainienne à l’offensive russe et par la vigueur des sanctions occidentales.

Le jour même de l’invasion, la porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying, rejetait catégoriquement le terme « d’invasion », en faisait peser la responsabilité entière sur les États-Unis et s’interrogeait sur l’existence de victimes des bombardements, une petite phrase ensuite retirée du compte-rendu officiel de son point de presse.

« Il y avait manifestement de la perplexité dans les premières réactions » chinoises, analyse le professeur Sergey Radchenko, de la Johns Hopkins School of Advanced International Studies aux États-Unis.

Retard dans l’évacuation

Parallèlement, la frange la plus antiaméricaine de l’internet chinois s’en donnait à cœur joie, avec des commentaires machistes suggérant aux jeunes Ukrainiennes de venir se réfugier en Chine, avant que la censure bloque les contenus « vulgaires ».

En fin de compte, la Chine a pris le risque d’apparaître comme complice de Moscou, d’autant que l’offensive russe a été déclenchée moins de trois semaines après la chaleureuse réception de Vladimir Poutine par son homologue chinois à Pékin.

Il faudra attendre le 1er mars pour que M. Wang dise « regretter profondément » le conflit, lors d’un coup de téléphone à son homologue ukrainien.

Sur le terrain, l’évacuation des quelque 6 000 Chinois présents en Ukraine a été retardée par le fait que Pékin a ignoré jusqu’au bout les avertissements des États-Unis sur l’imminence d’une invasion et n’a pas appelé ses ressortissants à quitter le pays.

Après le déclenchement des hostilités, le régime communiste a d’abord évoqué une évacuation aérienne de ses ressortissants, alors que Kyïv avait déjà annoncé la fermeture de son espace aérien.

Puis l’ambassade de Chine a suggéré à ses citoyens de s’identifier à l’aide de leur drapeau national, avant de faire marche arrière à la suite d’incidents qui se seraient produits avec des Ukrainiens.

« La position du gouvernement chinois a compliqué les choses pour ses citoyens », relève le sinologue Manoj Kewalramani, de l’institut Takshashila (Inde). « S’il devait y avoir des victimes chinoises en Ukraine, la neutralité prorusse du gouvernement chinois serait plus difficile à maintenir », prévient-il, alors que l’ambassade de Chine à Kyïv a assuré lundi avoir évacué « la plupart » de ses ressortissants.

« Neutralité de façade »

La ferme réaction occidentale à l’invasion met Pékin en porte-à-faux avec les Européens, alors que ses relations avec l’UE sont nettement plus importantes qu’avec la Russie.

Pékin en est réduit à appeler aux négociations entre la Russie et l’Ukraine.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a même jugé que la Chine était le seul médiateur possible dans le conflit. 

Mais interrogé à ce sujet lundi, Wang Yi s’est simplement dit disposé à « travailler avec la communauté internationale à une médiation nécessaire le moment venu ».  

Le sinologue Steve Tsang, de la School of Oriental and African Studies à Londres, juge que l’attitude de Pékin n’en ferait pas un médiateur impartial aux yeux de Kyïv, car « c’est une neutralité de façade, qui penche en réalité du côté russe ».

Selon lui, la pire issue pour la Chine serait qu’une guerre longue et les sanctions aboutissent à la chute du régime poutinien et au retour d’un pouvoir pro-occidental à Moscou.

« Je doute que Xi Jinping veuille assister à une escalade de la guerre en Ukraine », observe-t-il. « Ce qu’il voudrait, c’est que Poutine obtienne ce qu’il veut sans trop de dommages collatéraux (...) pour la Chine et ses relations avec le reste du monde ».

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