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Face aux «terroristes» russes, les civils debout à Kherson

Une habitante de la ville envahie appelle à l’aide internationale

UKRAINE-RUSSIA-CONFLICT
Photo AFP Un immeuble de logements détruit par les bombes russes à Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine et l’une des plus touchées par les bombardements russes.

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Coincée dans Kherson, une jeune mère de famille a témoigné au Journal des atrocités de cette guerre et demande d’urgence l’assistance de la communauté internationale après la prise de contrôle de l’armée russe de sa ville uniquement défendue par des civils.

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Craignant des représailles, la mère de famille a demandé à ne pas être identifiée.

Kherson, une petite ville de moins de 300 000 habitants, dispose d’un port stratégique à une vingtaine de km de l’embouchure de la mer Noire.

«Nous nous cachons dans notre maison depuis le début de l’agression. Nous allions dans la salle de bain lorsque nous entendions l’alarme d’une attaque aérienne. Il n’y a pas d’abri anti-bombes dans la maison ni dans les bâtiments à proximité», révèle la dame.

«Le premier jour de l’invasion, nous avons été réveillés à 6 heures du matin par la mère de mon mari qui nous disait que Kyïv avait été bombardée, se remémore-t-elle. J’étais sous le choc. Une heure plus tard, nous avons entendu des explosions à distance se rapprochant jusqu’à l’aéroport où des hélicoptères militaires étaient basés.»

Vers midi, elle reçoit des photos de chars russes traversant le pont Antonovka reliant les rives sud et nord du fleuve Dniepr et donnant accès à la ville de Kherson.

«Les combats sur le pont étaient très bruyants et très effrayants. Les Russes ont utilisé des Grad (camion transportant des lance-roquettes) et ont détruit de nombreux bâtiments. Après trois jours de bombardements, les Russes ont pu s’emparer la banlieue de Kherson. Le maire a alors évacué les habitants de la banlieue vers la ville où ils sont désormais pris en charge», précise la source.

Cocktail Molotov face aux bombes

Elle explique les troupes russes sont entrées à Kherson mardi et que seulement des civils avec des armes improvisées ont tenté de les repousser.

L’armée russe à Kherson a seulement affronté des civils munis d’armes improvisées. Ici, un camion russe et deux soldats qui ont protégé leurs positions en installant des blocs de béton.
Photo courtoisie
L’armée russe à Kherson a seulement affronté des civils munis d’armes improvisées. Ici, un camion russe et deux soldats qui ont protégé leurs positions en installant des blocs de béton.

«La défense organisée par l’administration municipale a tenté de les arrêter. Mais les gens se défendaient littéralement à mains nues. Ils n’avaient pas d’armes, pas de gilets pare-balles. Juste des cocktails Molotov qu’ils avaient faits eux-mêmes. La plupart des défenseurs ont été tués non pas par des fusils, mais par des armes lourdes (notamment des roquettes)», mentionne-t-elle.

Elle a refusé de transmettre une vidéo de 35 résistants «déchiquetés» au cours de cette attaque, invoquant l’horreur des images «de ces pauvres gens. »

En entrant dans la ville, les Russes ont continué à prendre les civils pour cible. Elle ne connaît pas le nombre de victimes au total, mais constate qu’il y avait beaucoup plus de blessés en raison de l’artillerie lourde.

Deux véhicules abandonnés dans la forêt près de Kharkiv.
Photo AFP
Deux véhicules abandonnés dans la forêt près de Kharkiv.

Propagande dégoûtante

Selon la courageuse dame, les Russes se sont emparés de la gare ferroviaire, de bâtiments du port. Elle a constaté «de ses yeux» qu’ils se sont installés dans l’hôtel de ville.

Ensuite, l’envahisseur a en marche sa machine de propagande.

«Vendredi, les Russes ont organisé un faux défilé en agissant comme les libérateurs de Kherson. Ils avaient amené leur équipe de télévision et des inconnus de Crimée (prorusse) la nuit précédente. Les Russes avaient également miné la station de télévision de Kherson. Ils ont commencé à transmettre sur une chaîne russe et ont également bloqué notre connexion téléphonique mobile.»

«Ils ont également amené beaucoup de camions d’aide humanitaire de Crimée. Leur but était de filmer les citoyens de Kherson recevant cette aide avec gratitude des soldats russes et les remerciant pour la libération, les salauds!», se fâche-t-elle.

Les courageux Ukrainiens n’ont cependant pas embarqué dans le jeu.

«Les habitants ont organisé une manifestation, ils ont crié ‘gloire à l’Ukraine’ et personne n’a accepté leur aide humanitaire. Il y avait une dizaine de sympathisants russes à proximité des camions, mais ce sont évidemment ceux qui ont été amenés de Crimée pour participer au faux défilé», dit-elle.

Du courage à revendre

Samedi, elle a ensuite assisté à une manifestation devant l’hôtel de ville. Une séquence de cet événement montrant un résistant sur un blindé russe et brandissant le drapeau ukrainien est devenue virale.

«C’était pacifique. Notre peuple ne portait rien d’autre que des drapeaux ukrainiens et des rubans jaune-bleu. Il y avait beaucoup de monde, y compris des femmes de tous âges. Personne n'a été agressif, personne n’a rien jeté sur les troupes russes. Les gens étaient très unis, intrépides, très déterminés à montrer aux Russes qu’ils résisteront et qu’ils sont prêts à tenir aussi longtemps qu’il le faudra. Aucun signe de peur, aucun signe de désespoir de la part des habitants. Tout le monde reste fort et se soutient», affirme-t-elle.

«C’est la première fois depuis le début de l’agression russe que je me sens aussi forte. J’ai entendu une vieille dame dire fermement ‘Nous survivrons. Il ne peut y avoir d’autre moyen’», ajoute la résidente de Kherson.

Détermination

La source a raconté qu’il y avait un consensus pour refuser l’aide humanitaire de la Russie, même si le ravitaillement en nourriture et en médicaments par le camp ukrainien est impossible depuis le début de l’invasion le 24 février et que la nourriture manque.

«Les Russes veulent nous affamer pour que nous nous rendions. Ils gardent toute la population de la ville en otage en ne laissant personne sortir ni entrer. Comment cela s’appelle? Terrorisme?», rage-t-elle.

«Mais nous ne céderons pas, poursuite-elle. Les boulangeries locales fabriquent du pain et le distribuent gratuitement. D’autres, comme l’usine de lait Danone, offrent également leurs produits gratuitement. Des volontaires aident les personnes âgées et les pauvres. Bien qu’il y ait des files d'attente dans les magasins et des pénuries alimentaires, les gens ici ne se disputent pas. Ils se soutiennent et restent très unis.»

Elle souligne également le travail du maire et du conseil municipal pour l’aide aux hôpitaux et orphelinats, et la coordination pour la distribution de la nourriture et la réparation des lignes de gaz et d’électricité endommagées par les bombardements.

Lutter pour la liberté

Elle lance pour terminer un vibrant appel au soutien de la communauté internationale.

«Ne restez pas à l'écart ! Nous ne luttons pas seulement pour nos vies ici. Nous luttons pour la liberté et pour le droit d'avoir un libre choix. Ne sont-ce pas là les valeurs défendues par la communauté démocratique ? Si oui, alors pourquoi sommes-nous seuls dans cette lutte ? Nous ne devrions pas être seuls. Puisque nous luttons non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour tous ceux qui veulent rester libres.»

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