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Fraude: leur maison à louer sur Internet à leur insu

Les bandits demandent un versement avant la visite d’un endroit qui n’existe pas

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Des fraudeurs sans scrupule profitent de la crise du logement pour piéger des locataires et des propriétaires en créant de fausses annonces de maison à louer sur Internet.

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«En voyant l’annonce, je me suis dit what? Mais c’est impossible, mon condo est à vendre, pas à louer», lance Audrey Mireault, toujours sous le choc d’avoir vu des photos de son chez soi. 

Mme Mireault est bel et bien propriétaire d’un condo dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Son 3 1⁄2 est à vendre sur le site officiel d’un courtier immobilier.

Le hic, c’est que des malfrats en ont profité pour piquer en un tournemain les photos de son logement et les informations qui venaient avec. Ils ont ensuite fabriqué et publié une fausse annonce sur la plateforme Marketplace, affichant le condo à louer.

Kalek Brunet, qui cherche désespérément un logement pour lui et son chien, a failli se faire avoir par trois publications de fraudeurs.
Photo Chantal Poirier
Kalek Brunet, qui cherche désespérément un logement pour lui et son chien, a failli se faire avoir par trois publications de fraudeurs.

Mauvaise surprise

Parmi les six victimes de fraudeurs avec qui le Journal s’est entretenu, le modus operandi est toujours le même. Les criminels exigent un dépôt en argent aux locataires pour réaliser une visite du logement. Une fois ce montant encaissé, les fraudeurs disparaissent.

«C’est mon amie qui m’a averti que mon condo était à louer pour 1300$ dans des petites annonces. Sinon, je ne l’aurais jamais su. Je trouve ça vraiment aberrant. J’ai écrit à mon courtier et il n’avait jamais vu ça», dénonce Mme Mireault. 

Son cas n’est pas unique. Le Journal a trouvé des dizaines de messages sur les réseaux sociaux où des Internautes se disent victimes de ces escroqueries. 

  • Écoutez l’entrevue de Catherine Lussier, organisatrice communautaire au FRAPRU  

Photo Chantal Poirier

Des dépôts... à l’international

Kalek Brunet, un locataire de Chambly, en sait quelque chose. Propriétaire d’un chien, il se dit incapable de trouver un nouvel appartement décent en banlieue du Grand-Montréal en raison de la crise du logement.

«J’ai failli me faire avoir. En une semaine, trois personnes ont essayé de me frauder. C’est rare les annonces de beaux appartements qui acceptent les gros Huskies comme le mien», déplore M. Brunet, âgé de 32 ans.

Capture d’écran Facebook

Catherine Pepin et son amie ont passé à deux doigts de se faire prendre en envoyant un dépôt de 800$ pour réserver un appartement idyllique à Saint-Thérèse.

«Il fallait envoyer le montant avec l’entreprise Ria, qui transfère l’argent à l’étranger. Quand on est arrivé au comptoir avec le nom du locateur, l’employée nous a dit que c’était une fraude et qu’on était les troisièmes à passer aujourd’hui pour le même appartement», relate Mme Pepin, stupéfaite de l’escroquerie.

Capture d’écran Facebook

Profiter de la détresse

Véronique Laflamme, porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), affirme que ces arnaques montrent à quel point les locataires sont désespérés.

«La crise du logement est pire que jamais partout au Québec. Là, on voit que des gens profitent de la détresse humaine. Sachant à quel point c’est difficile de trouver un logement, certains en profitent pour frauder. Ça se fait sur le dos de locataires vraiment mal pris», se désole Mme Laflamme.

Cette dernière s’inquiète aussi du fait que ce type d’arnaques risque de se multiplier au cours des prochaines semaines avec la période des renouvellements ou non des baux résidentiels durant le mois de mars. 

De fausses annonces publiées partout au Québec, selon les policiers  

Les fraudeurs qui publient de fausses annonces de logements à louer sont dans la mire des policiers de toutes les grandes villes du Québec, a appris le Journal.

Des corps policiers du Grand Montréal, de Gatineau, de Saint-Jean-sur-Richelieu et même de la ville de Québec confirment que des résidents sur leur territoire ont été fraudés en donnant de l’argent à de faux locateurs sur Internet. 

«Oui, c’est un stratagème connu avec davantage d’événements depuis 2020», confirme de son côté François Boucher, porte-parole du Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL).

En 2020, le corps de police a enregistré 41 événements liés à la fraude immobilière. En 2021, ce nombre a bondi pour atteindre 73.

Capture d’écran Facebook

Même en banlieue

Cette escroquerie est arrivée pour la première fois cette année à Saint-Jean-sur-Richelieu. 

«C’est la première fois en 20 ans que je vois cette stratégie de fraude chez nous. [...] On a eu quelques cas à la fin janvier et début février, sans compter ceux qui ne se sont pas plaints officiellement. Il a fallu publier un message sur Facebook pour mettre en garde les gens», indique le sergent Jérémie Levesque, du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu.

À Gatineau, les policiers confirment aussi qu’ils assistent à une recrudescence d'un stratagème de fraude lié à la location de logements en ligne.

«Le contexte pandémique actuel peut amener certaines personnes à accepter de louer un logement sans même l'avoir visité. Ce contexte amène également les gens à privilégier les échanges en ligne ou par messagerie plutôt qu'en personne afin de limiter les contacts. Les fraudeurs tentent évidemment de tirer avantage de cette situation», précise-t-on.

Des courtiers visés

Sylvie Jutras, Courtière immobilière
Photo tirée de Facebook
Sylvie Jutras, Courtière immobilière

Trois courtiers immobiliers du Québec ont aussi avoué au Journal avoir été visés par ces criminels au cours des dernières semaines. Récemment, Sylvie Jutras, courtière immobilière chez Proprio Direct, a reçu un appel inattendu de la Sûreté du Québec (SQ).

«Imagine-toi qu’une dame a envoyé un chèque de 1200$ à des inconnus pour louer un condo à McMasterville que je mettais à vendre. C’était une fausse annonce. Elle ne l’a même pas visité et le condo n’est pas à louer non plus», relate Mme Jutras, appelant à la prudence les gens à la recherche d’un logement.

Comme d’autres courtiers, elle affirme n’avoir jamais entendu parler de cette fraude auparavant. 

Comment éviter de tomber dans le panneau?    

  • Ne pas donner de dépôt sans avoir rencontré le propriétaire ou visité le logement;       
  • Vérifier l’existence de l’adresse du logement à louer sur Google Map;       
  • Se méfier si le propriétaire dit qu’il est à l’étranger       
  • Être sur ses gardes si le propriétaire demande des frais supplémentaires pour toutes sortes de prétextes;       
  • Remettez en question la location si le propriétaire remet sans cesse le rendez-vous;              

Source : Service de police de l'agglomération de Longueuil

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