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Envoi d'armes en Ukraine: Ottawa appuie les néonazis, selon le chef du Parti vert du Québec

Alex Tyrrell a même reçu une invitation d’un média russe pro-Kremlin

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Photo d'archives, Agence QMI Le chef du Parti Vert du Québec, Alex Tyrrell

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Le chef du Parti vert du Québec appuie les revendications de Vladimir Poutine en Ukraine et estime que le Canada aide des néonazis en fournissant des armes au gouvernement Zelensky.

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« Le Canada envoie plusieurs cargaisons d’armes en Ukraine et c’est très possible que ces armes-là soient entre les mains [de milices ukrainiennes néonazies] puis ça, c’est une grave erreur », a déploré le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrell, en entrevue hier avec Le Journal.

Il a accepté de clarifier et de développer des propos qui ont semé la controverse sur Twitter durant le week-end. Tyrell y disait notamment appuyer la « dénazification de l’Ukraine ».

Depuis déjà plusieurs semaines, le Kremlin laisse entendre que le gouvernement ukrainien est gangréné par les néonazis et des drogués. C’est d’ailleurs l’un des prétextes invoqués par Poutine pour envahir l’Ukraine.

Selon Tyrrell, c’est un fait que le gouvernement ukrainien est proche de milices d’extrême droite. 

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Invité du parti

Ces propos, très mal reçus au Québec, lui ont valu une invitation dans les derniers jours à parler au média russe Izvestia, nous a-t-il dit. Ce média fait partie de ceux en Russie qui s’en tiennent à la version du gouvernement Poutine sur la guerre en Ukraine.

Un militaire ukrainien blessé fume une cigarette après avoir participé à des combats dans la région de Lugansk, au sud-est.
Photo AFP
Un militaire ukrainien blessé fume une cigarette après avoir participé à des combats dans la région de Lugansk, au sud-est.

Le chef du Parti vert a précisé que selon lui, les demandes de la Russie adressées à l’Ukraine sont tout à fait légitimes.

Elles consistent pour lui à reconnaître deux nouveaux pays indépendants sur le territoire actuel de l’Ukraine et à reconnaître l’annexion de la Crimée par la Russie. Il faut aussi purger l’armée ukrainienne de ses éléments « néonazis », selon le politicien québécois.

Cette proximité du chef du Parti vert avec la position de Poutine a de quoi surprendre. D’autant plus qu’aux États-Unis, le Parti vert a déjà été soupçonné d’avoir reçu du soutien des Russes. 

« Quand Poutine dit qu’on devrait démilitariser l’Ukraine [...], moi je pense que c’est une demande légitime », a-t-il dit. 

« Les armes que le Canada a envoyées [à l’Ukraine], c’était une erreur, même avant l’invasion, j’avais dénoncé l’envoi d’armes », a-t-il poursuivi. 

Des écologistes ont tenu à se distancier publiquement des propos de Tyrell. 

« Sa position ne trouve pas d’écho », nous a dit Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales chez Équiterre. 

« Je le connais pas, mais il a toujours eu un comportement très, très particulier », a dit de son côté Pierre Nantel, candidat pour le Parti Québécois et ancien candidat du Parti vert du Canada.


Des propos qui laissent perplexes  

  • « Le Canada devrait immédiatement mettre fin à son soutien matériel et diplomatique à l’Ukraine. »   
  • « Le gouvernement de Kyïv a permis aux nazis de dominer leur système politique sans contrôle. »    

- Alex Tyrrell, chef du Parti vert du Québec

Le Parti vert américain sous influence russe ?  

Le Parti vert des États-Unis, duquel le chef du Parti vert du Québec se dit très proche, a déjà été soupçonné d’être sous influence du gouvernement russe.

Deux rapports du Sénat américain en 2018 concluaient à une influence russe sur les réseaux sociaux visant à favoriser la candidature de la cheffe du Parti vert américain, Jill Stein, à l’élection de 2016.

Cette influence était orientée vers la communauté afro-américaine et était une façon de nuire à la campagne d’Hillary Clinton contre Donald Trump, selon un des rapports.

La cheffe du Parti vert, qui a toujours nié une influence russe, a été photographiée en Russie en 2015, assise à la même table que Vladimir Poutine lors d’un dîner organisé par le média Russia Today (RT). 

On trouvait à la même table d’autres grosses pointures du gouvernement russe.

Position relayée

Sur son compte Twitter, Alex Tyrrell a relayé la position du Parti vert des États-Unis sur la guerre en Ukraine, le 5 mars, appelant à une solution diplomatique au conflit et à un cessez-le-feu.

Hier, il a dit se sentir très proche idéologiquement du Parti vert américain. Selon lui, ce parti était encore plus proche du Parti vert du Québec que le Parti vert du Canada.

Alex Tyrrell a mentionné avoir rencontré Jill Stein en 2019 lors d’une rencontre au Maine.

Le chef du Parti vert du Québec a toutefois souligné que selon lui, son parti n’avait jamais reçu de financement ni appui du gouvernement russe.

« Je connais beaucoup de gens russes qui sont ici au Canada. Le monde ne comprend pas ce conflit-là. Il y a cette démonisation de la Russie et du peuple russe », souligne-t-il.

Alex Tyrrell nous a dit par ailleurs qu’il lui arrivait de s’informer sur la chaîne Russia Today, un média financé par le gouvernement russe qui a été banni des ondes par plusieurs fournisseurs canadiens à la fin février.

Il a même déjà été un intervenant régulier sur la chaîne RT France, a-t-il dit.

Au sujet du contrôle qu’exerce le Kremlin sur les médias en Russie, Alex Tyrrell a renvoyé la balle en disant que le gouvernement canadien contrôlait aussi parfois ce que les Canadiens pouvaient voir. 

« Ici, au Canada, il y a eu toute une démarche pour écarter RT [des ondes]. Est-ce qu’on est contre la censure des Russes, mais on veut apporter une censure au Canada ? » a-t-il demandé.

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