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Les centrales nucléaires comme cibles de guerre

Des experts déplorent les récentes attaques russes sur Tchernobyl et Zaporijjia

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Photo d'archives, AFP Sur cette photo prise le 13 avril dernier, on voit l’immense dôme de protection qui recouvre le quatrième réacteur de Tchernobyl.

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La tristement célèbre centrale de Tchernobyl, où le pire accident nucléaire du 20e siècle s’est produit en 1986, a perdu mercredi l'accès à l’électricité lui permettant le refroidissement de déchets toxiques radioactifs et la transmission des données des systèmes de contrôle. Voici ce qu’il faut retenir de cet événement qui survient quelques jours après que la plus puissante des cinq centrales nucléaires d’Ukraine, Zaporijjia, est tombée aux mains de l’envahisseur russe.

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La centrale nucléaire ukrainienne détruite après la catastrophe de 1986
Photo d'archives
La centrale nucléaire ukrainienne détruite après la catastrophe de 1986


1. Que s’est-il passé mercredi à Tchernobyl?

L’alimentation électrique du site nucléaire de Tchernobyl a été déconnectée mercredi du réseau électrique «en raison des actions militaires de l’occupant russe», selon Ukrenergo, la société énergétique nationale. Les générateurs diesel de secours ont pris le relais et «seront en mesure d’assurer l’activité vitale du site pendant un maximum de 48 heures», a rapporté une source ukrainienne. Et après? «Les systèmes de refroidissement du combustible entreposé vont s’arrêter», a averti le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba. Les communications téléphoniques sont par ailleurs interrompues sur le site, où sont bloqués, depuis le 24 février, plus de 200 techniciens et gardiens. Ils opèrent désormais sous commandement russe.


2. Doit-on avoir peur de ce qui va se passer après 48 heures?

Selon Guy Marleau, professeur de génie physique à l’École polytechnique de Montréal, qui a enseigné pendant 30 ans le génie nucléaire, les risques de catastrophe à la suite de cette panne sont minimes. «La centrale a cessé ses opérations en 2000 et l’uranium qui sert à produire de l’électricité perd la plus grande partie de sa puissance après 10 ans. On peut penser que les résidus sont encore chauds mais pas assez pour provoquer d’explosions ou de fuites radioactives», explique-t-il. Même son de cloche du côté de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA): « [On] ne voit pas d’impact majeur sur la sécurité. La charge thermique de la piscine et le volume de l’eau de refroidissement sont suffisants pour assurer une évacuation efficace de chaleur sans électricité», selon l'AFP.


3. La plus puissante des cinq centrales nucléaires d’Ukraine, Zaporijjia, au sud du pays – l’équivalent en mégawatts de LG2, au Québec –, est tombée samedi aux mains de l’envahisseur. Peut-elle provoquer une catastrophe nucléaire?

La menace sur la population est réelle à la suite de l’attaque de Zaporijjia, selon Guy Marleau. «Si le feu aux bâtiments administratifs s’était étendu aux réacteurs, ça aurait pu être très grave», dit-il, faisant référence aux catastrophes de Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011), qui ont libéré des radiations mortelles dans les communautés environnantes. Il ajoute que l’occupation de l’ennemi peut avoir des effets sur l'activité de la centrale. «Les Russes connaissent bien ce type de réacteurs mais ce sont les Ukrainiens qui en assurent la bonne marche depuis longtemps.» On ne remplace pas un opérateur par un autre. Celui-ci, l’équivalent du capitaine d'un bateau, a une formation sur mesure pour bien gérer sa centrale. «En admettant que les instructions inscrites sur les composants sont en ukrainien, il est possible que les Russes ne puissent pas les comprendre», explique-t-il.  


4. Pourquoi s’attaquer aux centrales?

En s’attaquant à une centrale majeure en période de guerre – une première historique –, l’armée russe a mis en danger la population civile, déplore Michel Fortmann, auteur du Retour du risque nucléaire (PUM, 2019). Il croit que cette intervention était une erreur stratégique. Pour Guy Marleau, c’était carrément «imbécile», compte tenu des risques pour la population. «C’est un jour sombre pour l’usage civil de l’énergie nucléaire», laisse-t-il tomber. Dans une entrevue au journal allemand Die Zeit mercredi, le président ukrainien, Volodomyr Zelensky, a déploré la menace nucléaire de son opposant Vladimir Poutine, qualifiant son approche de bluff. «Tu [Poutine] utilises la menace nucléaire seulement quand rien d’autre ne fonctionne», a-t-il lancé.


5. Y a-t-il d’autres centrales en jeu?

L’Ukraine compte trois autres centrales plus éloignées des grands centres – Rivne, Khmelnitski et Ukraine du Sud –, mais elles sont de plus petite envergure, soit environ 3000 mégawatts (MG). Par comparaison avec cela, Zaporijjia en produit 6000, soit un peu plus que LG2 (5600 MW). À plein régime, Tchernobyl était du même ordre.


6. Les pays voisins sont-ils alimentés par des centrales nucléaires?

En plus de la Roumanie, qui possède deux centrales et qui s’apprête à en construire deux autres, la Biélorussie, la Bulgarie, la Hongrie et la Slovaquie abritent des centrales nucléaires. Les pays baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie) n’ont pas de centrales, mais ils stockent des déchets radioactifs qui pourraient constituer un danger en cas d’attaque. 

– Avec l’AFP

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