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Chrystia Freeland espionnée par la Russie depuis 30 ans

La vice-première ministre est dans la mire des services secrets russes

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La vice-première ministre et ministre des Finances du Canada, Chrystia Freeland, est une cible de choix pour l’espionnage et les campagnes de désinformation des services secrets russes depuis plus de 30 ans.

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La ministre libérale fait les frais d’un effort de longue haleine de la Russie visant à discréditer la diaspora ukrainienne, estime Lubomir Luciuk, professeur au Collège militaire royal du Canada à Kingston.

« L’objectif des Russes est de réactiver de vieux préjugés et de dépeindre les défenseurs de l’Ukraine comme des fascistes ou des nazis », explique-t-il. 

C’est d’autant plus tordu, à son avis, que le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, est juif.

M. Luciuk vient de publier un livre sur ce travail de désinformation.

En 2017, des médias prorusses ont commencé à rapporter que le grand-père de la ministre Freeland avait été un collaborateur des nazis durant la Deuxième Guerre mondiale.

Calomnies

Selon le professeur, bien que le grand-père de Mme Freeland ait travaillé pour un journal contrôlé par les nazis, il n’était pas lui-même un sympathisant de la cause. De plus, selon lui, la ministre n’a rien à voir avec les activités de son grand-père.

En 2018, le diplomate Kirill Kalinin, responsable du compte Twitter de l’ambassade russe à Ottawa, a été expulsé du Canada avec trois autres diplomates, selon Radio-Canada International.

Selon une déclaration du premier ministre Trudeau, des gazouillis de l’ambassade russe au sujet du grand-père de la ministre « participaient à un effort de propagandistes russes pour discréditer la ministre des Affaires étrangères ». 

Chrystia Freeland a été prise dans une controverse à la suite d’un rassemblement pro-Ukraine à Toronto, en février.
Photo courtoisie
Chrystia Freeland a été prise dans une controverse à la suite d’un rassemblement pro-Ukraine à Toronto, en février.

Fin février, la ministre Freeland a fait l’objet d’une nouvelle controverse. Une photo dans laquelle on la voit tenir un foulard noir et rouge dans un rassemblement pro-Ukraine a été reprise par l’ambassade de Russie. On tentait de l’associer à des mouvements prétendument néonazis en Ukraine. 

La photo publiée sur Twitter a ensuite été changée par l’équipe de la ministre pour retirer le foulard (voir photo ci-haut).

Depuis les années 1980

Celle que certains voient comme la dauphine de Justin Trudeau a fait l’objet dès la fin des années 1980 d’un suivi serré du KGB, les anciens services secrets de l’Union soviétique, selon le professeur d’histoire à l’Université Duke Simon Miles.

Dans un texte publié dans le Globe and Mail en octobre, le professeur avance que la politicienne canadienne a été dans la mire du KGB dès cette époque, en raison du rôle qu’elle aurait joué dans le mouvement d’indépendance de l’Ukraine.

Chrystia Freeland aurait même fait alors l’objet d’une présentation dans des documents ultra-secrets du KGB.

Elle aurait aussi été visée par des articles dans la presse soviétique, dont la Pravda, dénonçant son ingérence malicieuse dans les affaires de l’Union soviétique.

Chrystia Freeland aurait séjourné en Ukraine dans le cadre d’un échange étudiant avec l’Université Harvard. Le nom de code utilisé par le KGB pour l’identifier était Frida.

Selon le rapport d’un agent du KGB cité par Miles, Freeland aurait lors de son passage en Ukraine fourni de l’argent, de l’équipement d’enregistrement audio et vidéo et même un ordinateur personnel à des contacts.

Elle aurait eu recours à un contact à Moscou pour envoyer du matériel dans une valise diplomatique ne pouvant pas être interceptée.  

La vice-première ministre lors d’une manifestation pour la démocratie en Ukraine en 2013.
Photo courtoisie
La vice-première ministre lors d’une manifestation pour la démocratie en Ukraine en 2013.

Qui est Chrystia Freeland       

  • Née à Peace River, en Alberta. Sa mère est une Canadienne d’origine ukrainienne.   
  • Ex-journaliste, notamment au Financial Times.  
  • Fait le saut en politique et est élue en 2013. Ministre des Affaires étrangères de 2017 à 2019.   
  • En 2014, elle est déclarée persona non grata par le Kremlin avec 13 autres Canadiens. Elle avait notamment dénoncé l’annexion en Crimée par la Russie.      

Elle ciblait les oligarques dans son livre    

La ministre Chrystia Freeland dénonce depuis longtemps l’incroyable concentration de richesse dans les mains de quelques-uns, notamment des oligarques russes aujourd’hui visés par des sanctions.

La ministre a commencé sa carrière comme journaliste indépendante basée en Ukraine.

Elle a occupé par la suite le poste de cheffe de bureau du Financial Times à Moscou, en Russie, au milieu des années 1990.

Dans un livre publié en 2012, Plutocrats : The Rise of the New Global Super Rich and the Fall of Everyone Else, Freeland juge que le « 0,1 % des plus riches du monde s’enrichit beaucoup plus rapidement que le reste de nous tous ».

Elle y parle notamment de Roman Abramovich et de Mikhail Fridman (visés par des sanctions) et de plusieurs autres oligarques russes.

Yachts et clubs sportifs

« Quand les oligarques de l’ancienne Union soviétique ont commencé à sortir de leurs frontières, ils étaient une caricature marxiste des nouveaux riches : achetant des yachts et des clubs sportifs et s’entourant de mannequins habillées avec de la haute couture », remarque-t-elle.

Le président russe, Vladimir Poutine, et l’homme fort de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, sont aussi mentionnés dans le bouquin. 

Au sujet de Poutine, elle rapporte qu’il a été à l’origine de la chute d’au moins deux oligarques en Russie dans le contexte d’une « lutte de pouvoir ».

L’ex-journaliste décrit les oligarques russes comme des gens avant tout attirés par l’appât du gain, bien qu’elle reconnaisse à plusieurs d’entre eux une ingéniosité.  

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