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États-Unis: les séries télé plongent dans les déboires de la nouvelle économie

États-Unis: les séries télé plongent dans les déboires de la nouvelle économie
Photo AFP

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Theranos, Wework, Uber : avec leurs patrons gourous tombés de leur piédestal, les hauts et les bas des entreprises de la nouvelle économie deviennent un terrain de jeu pour les séries télé, confortées par les podcasts qui ont défriché le terrain.

Diffusée depuis le 3 mars aux États-Unis sur la plateforme Hulu, The Dropout revisite sous forme de fiction l’histoire de Theranos, start-up de la Silicon Valley qui promettait de révolutionner les tests sanguins mais n’a jamais tenu ses promesses. Sa fondatrice, Elizabeth Holmes, couronnée un temps plus jeune « self made woman » milliardaire du monde, a été reconnue coupable début janvier d’escroquerie au détriment des investisseurs.

Une semaine avant The Dropout, la plateforme Showtime a lancé Super Pumped, une série sur l’ascension d’Uber et la chute de son fondateur Travis Kalanick, contraint à la démission en 2017 après des révélations sur des pratiques managériales brutales et la multiplication d’épisodes de harcèlement sexuel et moral au sein de l’entreprise.

Apple TV n’est pas en reste, avec, à partir du 18 mars, WeCrashed, fiction en huit épisodes sur un autre fleuron de la « gig economy », l’entreprise de location de bureaux partagés WeWork, et son fondateur exubérant, Adam Neumann, évincé en 2019 pour sa gestion controversée.

Après des années passées à explorer les crimes, les erreurs judiciaires ou les coulisses d’exploits sportifs, les producteurs de séries mettent maintenant de gros moyens sur les histoires vraies inspirées de l’actualité économique.

« Hors normes »

Pour David Brown, journaliste économique et narrateur du podcast WeCrashed (Wondery), qui a inspiré la série, la nouveauté tient pour une bonne part à la concurrence acharnée entre les plateformes de streaming, qui « cherchent à raconter de plus en plus d’histoires uniques » pour rester dans le jeu.

Tout comme WeCrashed, The Dropout s’appuie sur un podcast éponyme sur l’affaire Theranos, produit par ABC News.

« Le monde des affaires est parfait, parce que derrière chaque grande histoire d’entreprise se cache une incroyable histoire de batailles humaines », explique à l’AFP celui qui anime aussi le podcast Business Wars.

Selon lui, le point commun à Theranos, WeWork, Uber, c’est qu’ils ont eu des « personnages hors normes » à leur tête. « Le public adore regarder la chute des titans ».

Amanda Seyfried, qui incarne Elizabeth Holmes dans The Dropout, a mis en avant son « besoin désespéré de (la) comprendre ». Pleine de culot, celle qui avait lâché ses études à l’université Stanford pour fonder Theranos, à seulement 19 ans, avait réussi à embarquer à son conseil d’administration d’anciens secrétaires d’État et à la Défense – Henry Kissinger, George Shultz et Jim Mattis – et faisait la couverture des magazines économiques.

« La capacité qu’ont ces personnages à s’auto-mythifier et à occuper la même place que les dieux dans notre société est complètement fascinante », a expliqué dans le New York Times David Levien, l’un des scénaristes et producteurs de Super Pumped.

Col roulé

Mais Amanda Seyfried joue aussi sur les fragilités de Holmes, qui portait toujours un col roulé noir, comme son modèle, feu le patron d’Apple Steve Jobs, et avait métamorphosé sa voix, la rendant plus grave pour gagner en autorité. La série explore aussi la fuite en avant de Theranos, qui continuait de lever les fonds en dépit des ratés sur ses prototypes de machines de tests sanguins, les conséquences néfastes pour des patients et l’ambiance toxique qui régnait dans l’entreprise.

Dans WeWork, Adam Neumann, incarné par Jared Leto, exaspère autant qu’il séduit, sur fond de couple glamour avec sa femme Rebekah, jouée par Anne Hathaway.

Mais « il faut beaucoup de monde pour construire une bulle comme WeWork. Ce n’est pas seulement un homme », a souligné l’un des créateurs, Drew Crevello, pour qui la série est aussi une « mise en accusation » des excès du « système de capital-risque ».

David Brown reste sceptique sur l’idée que l’appétit pour ces séries reflète une remise en cause du système économique.

« Les histoires les plus fascinantes le sont parce qu’elles disent quelque chose sur notre façon de voir le monde. Mais avant tout, ce sont juste des histoires intéressantes », relativise-t-il.

Et ce n’est pas fini. HBO a récemment annoncé une série sur le géant Facebook, The Doomsday Machine.

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