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Mon pays, c’est la tempête de neige

Chaque décennie, une tempête hivernale majeure s’abat sur le Québec

Dossier tempêtes
Photo courtoisie archives de la ville de Montréal En mars 1971 s’abat sur Montréal la « tempête du siècle », prenant la population par surprise. Près du Marché Bonsecours, les gens peinaient à se déplacer.

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Le 3 mars 1971, la neige commence à tomber sur Montréal et les flocons s’accumulent pendant plus de 36 heures, laissant au sol 43 cm de neige.

Des vents se lèvent ensuite, provoquant des congestions monstres. Pas moins de 17 personnes meurent dans ce qu’on a appelé la « tempête du siècle » ; les cadavres de 11 d’entre elles sont ramassés par des camions de déneigement dans les jours suivants.

« Les pires tempêtes sont celles qu’on n’attend pas », lance le météorologue Gilles Brien, qui souligne que la bombe météorologique de 1971 n’avait pas été prévue par les services météo.

Si la tempête cette année-là a marqué les esprits de façon si profonde, c’est qu’elle a pris tout le monde par surprise. Même le Canadien avait dû suspendre son match, un événement rarissime.

Le maire de Montréal, Jean Drapeau, avait appelé à un confinement d’une semaine !

« Aujourd’hui, une telle situation est presque impossible en raison de l’amélioration de la science », fait remarquer ce spécialiste des perturbations. Des centaines de satellites géostationnaires reliés à de puissants ordinateurs scrutent le ciel jour et nuit afin de mesurer les mouvements des nuages.

Le journal Le Trifluvien du 13 décembre 1890 annonçait que la Ville de Trois-Rivières avait fait « l’essai d’un rouleau énorme pour aplanir la neige ».
Photo courtoisie, Jean Provencher
Le journal Le Trifluvien du 13 décembre 1890 annonçait que la Ville de Trois-Rivières avait fait « l’essai d’un rouleau énorme pour aplanir la neige ».

Villages engloutis

Selon l’historien Jean Provencher, qui a épluché les plus anciens journaux du Québec pour écrire Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent (Boréal), vendu à 72 000 exemplaires, la plus importante tempête de neige rapportée par les documents est celle des 17 et 18 janvier 1827.

« En 48 heures, il est tombé à Montréal six pieds de neige ; à certains endroits, les bancs de neige ont atteint douze à quinze pieds de haut. »

Selon le journaliste Hector Berthelot, qui a travaillé pour Le Courrier de Saint-Hyacinthe, des villages « disparurent littéralement de la surface de la terre, quand les cultivateurs virent la neige, poussée par le vent, s’amonceler jusqu’à la toiture de leurs demeures ».

Pour se rendre de la maison à la grange, le fermier avait dû creuser un tunnel dans la neige.

Pourtant, du début de la colonisation et jusqu’au début du 20e siècle, les tempêtes étaient des événements périodiques qui n’avaient pas d’effet majeur dans l’organisation de la vie quotidienne.

L’hiver est même considéré comme la meilleure saison pour les transports. Les chevaux sont attelés à des sleighs (c’est moins lourd à tirer que des carrioles à roues) et on construit des routes de glace qui permettent de passer d’une rive du Saint-Laurent à l’autre.

Un cultivateur de Trois-Rivières invente même en 1908 un immense rouleau compresseur permettant d’écraser la neige à mesure qu’elle s’accumule sur les chemins, facilitant la glisse aux attelages.

L’engin est aussi acquis par la Ville de Sorel, qui écrase sa neige pour permettre la circulation des carrioles.

La rue Sainte-Catherine, à Montréal, sous la neige, en 1868. On est tout au début de la photographie et la Confédération canadienne n’a qu’un an.
Photo courtoisie Musée mcCord, collection nortman
La rue Sainte-Catherine, à Montréal, sous la neige, en 1868. On est tout au début de la photographie et la Confédération canadienne n’a qu’un an.

L’arrivée de l’auto va tout changer

« C’est l’auto qui va tout changer, explique l’urbaniste Gérald Beaudet. Quand les automobiles s’imposent, on ne peut plus se permettre de déblayer les rues à la pelle comme on l’a vu à Montréal au début du 20e siècle, ni même d’écraser la neige. »

Cette nouvelle réalité pousse un inventeur de Montréal, Arthur Sicard, à doter un tracteur d’un système de convoyeur, créant la souffleuse à neige.

En deux décennies, la plupart des municipalités du Québec se dotent d’une artillerie de charrues et de niveleuses permettant de repousser la neige sur des milliers de kilomètres de routes.

Selon Gérald Beaudet, la dernière municipalité québécoise à faire l’acquisition de ces engins est Saint-Mil, près de Rimouski... en 1965. 

Plus de tempêtes ?

Le Québec reçoit, bon an mal an, une tempête majeure par décennie.

Environnement Canada émet des bulletins d’alerte lorsque 15 cm ou plus de neige sont attendus dans un délai de 12 heures.

Cela arrive jusqu’à trois fois par mois à Montréal et à Québec.

Les changements climatiques pourraient favoriser une recrudescence des tempêtes hivernales, particulièrement dans les périodes transitoires comme décembre et mars.

Une augmentation de l’humidité favoriserait la formation de nuages porteurs de précipitations. 

Les 11 plus mémorables tempêtes depuis 1800

Le déneigement de la rue Notre-Dame, à Montréal, vers 1887.
Photo courtoisie Musée McCord, collection Nortman
Le déneigement de la rue Notre-Dame, à Montréal, vers 1887.

Avant 1760, on ignore tout des tempêtes survenues en Nouvelle-France, mais dès 1800, des journaux font état des tempêtes de neige ; ce sont les faits divers de l’époque.

« Avec le Kamtchatka, en Sibérie orientale, la vallée du Saint-Laurent est le pays aux hivers les plus neigeux du monde », estime l’historien Jean Provencher.

En chiffres absolus, le record appartiendrait à une région située à une vingtaine de kilomètres au nord de Québec, soit environ 4 mètres de neige par année.

1. « Six pieds de neige » à Montréal

« La plus importante tempête de neige rapportée par les documents est celle des 17 et 18 janvier 1827. En 48 heures, il tomba à Montréal six pieds de neige (près de deux mètres) ; à certains endroits, il se forma des bancs de douze à quinze pieds de haut. » Source : Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, p. 400.

2. L’hiver de la grande neige, 1828-1829

On surnomme « l’hiver de la grande neige » celui de 1828-1829. Cette année-là, la neige commence à tomber au début de novembre et s’accumule jusqu’au printemps. « Jamais on n’avait vu autant de neige ! Une telle abondance obligea les bûcherons en forêt à des fatigues extrêmes », écrit Jean Provencher dans Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent. En ville, les travailleurs des chantiers navals passent plus de temps à chasser la neige qu’à se consacrer à leur besogne.

LES PLUS IMPORTANTES ENTRE 1900 ET 1950

La place d’Armes, à Montréal, en 1900.
Photo courtoisie, BANQ
La place d’Armes, à Montréal, en 1900.
  • Une recherche dans la base de données d’Environnement Canada permet de retrouver les quatre plus importantes tempêtes de 1900 à 1950 à Montréal et à Québec.
  • Il y a eu dans la première moitié du 20e siècle de une à cinq tempêtes majeures (plus de 30 cm) par décennie à Montréal et à Québec, selon les données historiques d’Environnement Canada.
  • En chiffres absolus, c’est le 25 janvier 1928 qu’on enregistre la plus importante tempête en une journée à Québec, totalisant 55,9 cm d’épaisseur.
  • Mais si on additionne les accumulations de plusieurs jours, c’est du 14 au 24 février 1939 (toujours à Québec) qu’on obtient le record : 131,6 cm.
  • À Montréal, la plus importante accumulation en une seule journée (40,6 cm) a lieu le 16 décembre 1924.

3. 1903 - Québec : 67 cm en quatre jours

La ville de Québec reçoit 35,6 cm de neige le 4 février, auxquels s’ajoutent les 31,5 cm de la semaine. Total : 67 cm

4. 1908 - Montréal : 84,3 cm en deux jours

Il neige pendant deux jours les 1er et 2 février, laissant 47,5 cm au sol. Mais quatre jours plus tard, le 6, Montréal subit une nouvelle accumulation de 36,8 cm. Total : 84,3 cm

5. 1937 - Montréal : 77,9 cm en cinq jours

Le 16 mars, Montréal reçoit une importante tempête de 31,5 cm. La particularité, c’est qu’il neige abondamment pendant cinq jours, du 15 au 20 mars. Total : 77,9 cm

6. 1939 - Québec : 131,6 cm en 10 jours

Il neige abondamment à Québec pendant 10 jours, du 14 au 24 février, laissant au sol 131,6 cm.

ET LES PLUS RÉCENTES

7. « La tempête du siècle »

Le Québec et une partie des provinces de l’Atlantique reçoivent en 24 heures environ 43 cm les 3 et 4 mars 1971. Dans les Laurentides, c’est presque le double. Des vents de 110 km/h compliquent les déplacements. Les routes de Montréal ne sont praticables qu’en skis ou en motoneige.

8. Le grand verglas

Du 4 au 9 janvier 1998, à Montréal et dans la région de la Montérégie, une pluie de verglas persiste pendant trois jours (80 heures). Quatre millions de Québécois sont privés d’électricité. Selon Environnement Canada, 1000 pylônes de transmission électrique sont endommagés ; 30 000 poteaux brisés. Au total, quelque 120 000 km de lignes d’électricité et de téléphone doivent être réparés. Les pannes d’électricité ont duré de plusieurs heures à quatre semaines. Le coût sera estimé à 3 milliards $.

9. La tempête de la Saint-Valentin

Le 14 février 2007, le sud du Québec, Sherbrooke en particulier, est très touché par cette tempête qui laisse derrière elle 55 cm de neige. L’Ontario n’est pas épargné puisqu’on y reçoit jusqu’à 70 cm.

10. Des villes y goûtent

Les 6 et 7 mars 2011, de fortes chutes de neige totalisant de 50 à 70 cm s’abattent dans les Cantons-de-l’Est et la Beauce. De nouveaux records de chutes de neige sur une période de trois jours sont atteints à Sherbrooke (73 cm) et à Mont-Joli (62,2 cm). Déjà éprouvée par une tempête survenue quelques jours plus tôt, Sherbrooke doit suspendre les interventions non urgentes à l’hôpital universitaire. Au cours des quatre jours de cette double tempête, la ville de Québec a enregistré la plus grande quantité de précipitations avec 72 cm de neige.

11. La « nouvelle tempête du siècle »

Le 15 mars 2017 s’abat une tempête qui laisse de 40 à 80 cm de neige sur l’est du continent, de l’Ontario aux Maritimes. Les vents atteignent 120 km/h. C’est la « nouvelle tempête du siècle », selon le Service météorologique du Canada. De nombreux carambolages sont rapportés ; un bouchon monstre paralyse 300 véhicules sur l’autoroute 13, à Montréal, pendant la nuit.

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