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Poutine se fiche des conséquences

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Vladimir Poutine se fiche, à l’évidence, des conséquences actuelles et futures de sa guerre en Ukraine. Ses armées bombardent, détruisent et tuent éperdument, ne laissant aucune place à des lendemains de réconciliation et d’amitié retrouvée.

Deux semaines et demie après le début de l’invasion russe, impossible d’en concevoir la fin. On peut croire que la chute de Kyïv, la mort du président Volodymyr Zelensky et la fuite de millions d’Ukrainiens pourraient – ensemble ou séparément – signifier quelque chose comme une victoire pour le Kremlin.

Sauf que des Ukrainiens vont continuer de se battre dans un coin ou l’autre du pays. Cette insurrection sera généreusement alimentée par les Américains et leurs alliés, dont le Canada. Jour après jour, la Russie se verra toujours plus isolée, toujours plus étouffée par des sanctions conçues pour lui fermer, une à une, les portes du monde moderne.

Le désespoir et la paranoïa pourraient pousser le président russe à étendre cette guerre au-delà des frontières ukrainiennes, à attaquer l’OTAN. Le déséquilibre des forces favorise massivement l’Occident et ceux qui se lamentent que, de notre côté, « plus personne ne veut aller se battre » doivent se demander si les soldats russes – qui peinent depuis dix-sept jours à terrasser une armée dix fois moins imposante – auront l’âme et l’ardeur à faire mieux ailleurs.

UN ÉCHEC DU TOUT AU TOUT

Vladimir Poutine aurait voulu faire pire qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Peu importe les raisons avancées – vouloir freiner la progression de l’OTAN vers l’est, recréer la sphère d’influence soviétique, réintégrer le peuple frère/ami ukrainien à la mère patrie russe – le fiasco est complet.

Il y a les dommages directs de cette agression : les victimes, les destructions, les réfugiés. Puis, s’accumulent, pour le président russe, les dommages collatéraux. L’Union européenne n’a, par exemple, jamais aussi concrètement porté son nom. Moscou a réussi à raffermir la cohésion du regroupement, mise à mal depuis des années par les coups de tête des dirigeants polonais ou du premier ministre hongrois.

Poutine est aussi parvenu à faire grimper les budgets militaires partout au sein de l’Alliance atlantique, même chez les membres qui depuis des décennies, comme l’Allemagne, se faisaient tirer l’oreille. À Washington, le budget de la Défense passe à 782 milliards de dollars, trente milliards de plus que ce qu’avait demandé Donald Trump à sa dernière année en poste.

SE TIRER DANS LE PIED

Le président russe a aussi interrompu le flirt des blasés de la démocratie avec les « hommes qui ont de la poigne ». Grâce à lui, le monde est plus solidement partagé entre démocrates et autocrates, entre ceux et celles qui discutent de la société dans laquelle ils veulent vivre et l’illuminé qui, sans contre-pouvoir, fait à sa tête... au péril de son peuple.

Il n’y a, malgré ces insuccès, pas de quoi se réjouir. Les armées de Poutine laisseront l’Ukraine en ruines ; les Russes, coupés du 21e siècle et amers, régurgiteront leur désinformation haineuse pendant une génération. Et Poutine reste assis sur le plus vaste arsenal nucléaire de la planète. On n’est vraiment pas sorti du trouble.

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