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Odessa attend les bombes: les citoyens de la station balnéaire se préparent à la guerre

Les citoyens organisent la résistance depuis des jours pour protéger leur ville de l'imminente attaque russe

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Un calme trompeur flotte dans l’air d’Odessa, ville portuaire de l’Ukraine jusqu’ici épargnée. Les citoyens inquiets se préparent à la guerre depuis des jours, sachant que l’armée russe attaquera d’un moment à l’autre pour des raisons stratégiques.

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«Les gens sont inquiets, mais ne veulent pas le laisser paraître. Ils essaient de plaisanter en disant que le temps et la mer protégeront Odessa. La panique n’est pas caractéristique de notre peuple», lance au Journal Marina Akentieva.

Odessa, station balnéaire des Ukrainiens établie au bord de la mer Noire, a été plutôt épargnée dernièrement par les bombardements, contrairement à d’autres villes du sud, comme Kherson et Marioupol.

Mais ce n’est que le calme avant la tempête, car elle deviendra une cible de la Russie d’ici les prochains jours, avertit Pierre St-Cyr, colonel retraité des Forces armées canadiennes et ancien attaché de la Défense canadienne en Russie et en Ukraine.

Avec des dizaines de citoyens, une femme et des enfants remplissent des sacs de sable, à Odessa, pour protéger leur ville de l'imminente attaque russe.
Photo courtoisie Shevchuk Ludmila
Avec des dizaines de citoyens, une femme et des enfants remplissent des sacs de sable, à Odessa, pour protéger leur ville de l'imminente attaque russe.

«Odessa attend maintenant que l’ennemi attaque», laisse tomber Alexandra Levytska, 24 ans, qui a fui vers l’Égypte cette fin de semaine.

Sable et barricades

Plusieurs dizaines de dispositifs antichars ont été disposés sur les artères de la ville, presque déserte.
Photo AFP
Plusieurs dizaines de dispositifs antichars ont été disposés sur les artères de la ville, presque déserte.

Devant l'attaque imminente, les citoyens et autorités se préparent au pire sans relâche. Aux quatre coins de la ville, des obstacles antichars sont posés en pleine rue. Les gens ont monté des barricades et protégé des monuments avec des sacs de sable, dont la statue du duc de Richelieu.

«Chaque jour, je suis sur la plage et je fabrique des sacs de sable. Nous sommes nombreux, amicaux et nous chantons des chansons folkloriques en travaillant», raconte Andrey Glazkov.

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Le trentenaire n’a pas chômé dans les derniers jours, au point où il a mal à l’arrière des bras et aux jambes, confie-t-il.

Photo courtoisie, Andrey Glazkov

«Les citoyens aident par tous les moyens à sauver et à préparer notre ville», rapporte Khrystyna Smyrnova, 30 ans.

«Mon mari travaillait comme architecte, mais il perdu son travail comme les autres. Son équipe et lui préparent donc de la nourriture pour les militaires et les policiers, puis d’autres volontaires vont la livrer aux différents points de contrôle dans la ville», renchérit Marina Akentieva, mère d’une fillette de huit ans.

Photo courtoisie, Marina Akentieva

Dormir au son des sirènes

Autre signe que la guerre est aux portes d’Odessa, les sirènes de raid aérien se font entendre de plus en plus souvent et empêchent les gens de fermer l’œil la nuit. Dans le jour, ces alarmes qui avertissent d’un bombardement aérien imminent font désormais partie du quotidien.

«Les gens ne paniquent plus et ne courent plus se cacher, mais continuent plutôt à vaquer à leurs occupations», constate avec étonnement Mme Akentieva.

«La première fois qu’on a entendu les alarmes pour les attaques, c’était la panique parce que les roquettes frappaient les bases militaires et la ville. Mais après quelque temps, on ne panique plus. Les gens vont au travail, les enfants jouent dans les parcs», raconte, pour sa part, Daniel Yourkevich, âgé de 42 ans.

Photo AFP

Arrivé à Odessa il y a 30 ans, après avoir fui la guerre en Abkhazie, celui-ci remarque également une présence imposante ces derniers temps des bateaux russes à l’horizon.

De son côté, Khrystyna Smyrnova, 30 ans, a préparé une petite valise pour s’enfuir avec sa famille, au cas où les tirs commenceraient. «On ne veut pas partir. On aime notre ville, notre maison. On vit dans la peur, ne sachant pas ce qui se passera demain», s’attriste celle qui se terre chaque nuit avec son bébé dans le sous-sol de ses parents.

Un joyau

La ville d’Odessa abrite un important port économique et de nombreux navires de l’armée ukrainienne. Il s’agit donc d’un point stratégique pour la Russie, explique Dominique Arel, titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes de l'Université d'Ottawa.

Cependant, les forces russes devront d’abord réussir à passer à travers Mykolaïv, à plus d’une centaine de kilomètres à l’est, qui résiste pour le moment, précise le politicologue.

«En prenant son contrôle, l’Ukraine devient un pays enclavé et les Russes auraient atteint un autre [de leurs objectifs], soit le contrôle économique en empêchant d’exporter par les voies maritimes», analyse le colonel retraité Pierre St-Cyr.

Or, les Ukrainiens ne laisseront pas prendre cette ville facilement, selon lui.

Avant la guerre, Odessa était une véritable station balnéaire des Ukrainiens, comme le montre cette photo.
Photo courtoisie
Avant la guerre, Odessa était une véritable station balnéaire des Ukrainiens, comme le montre cette photo.

«Il va y avoir une résistance assez importante, parce qu’Odessa est un joyau pour les Ukrainiens. C’est leur Floride à eux, là où ils vont passer leurs vacances. Avant c’était la Crimée, mais ils l’ont perdue [en 2014] alors maintenant c’est Odessa qui est leur ville balnéaire de vacances», soutient M. St-Cyr.

Entre autres, Odessa regorge de lieux historiques, dont le célèbre escalier du Potemkine, qui relie le centre de la ville au bord de mer.

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