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Les nouveaux parias: les artistes russes

Alexander Malofeev
Photo d'archives Le pianiste russe Alexander Malofeev devait se produire à Montréal, ce mois-ci, mais sa prestation a été annulée à la suite de l’invasion de l’Ukraine.

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Un peu partout à travers l’Europe, les États-Unis et le Canada, on les regarde en chiens de faïence ou on les bannit... À cause d’une guerre déclenchée par un seul homme, entouré d’un noyau dur d’une cinquantaine de fidèles.

Tous les artistes russes ne sont pourtant pas des oligarques. Aussi, il est à se demander pourquoi on les met tous dans le même panier.

Qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur de la Russie, à moins que cela ait échappé à mon attention, je n’ai ni lu ni entendu que de modestes artistes russes pacifiques faisaient l’apologie de la guerre. Les bannir ou les déprogrammer à cause de l’invasion de l’armée russe en Ukraine, au nom de la solidarité pour ce pays assiégé, est une grossière erreur.

Attention à la russophobie culturelle

À l’instar du sort réservé à ses amis oligarques, si le boycottage des artistes se limitait à ceux proches du président russe, le message aurait du sens. Mais les bannir aveuglément relève absolument du tendancieux.

À Berlin, Montréal, New York ou Paris, quand on décide de boycotter des artistes qui n’ont rien à voir avec l’équation de guerre d’un seul individu, on s’inscrit carrément dans des amalgames. Conséquemment, le message qu’on envoie est un signal discriminant dans le bassin versant des émotions qui contribuent, en l’occurrence, à alimenter la russophobie. In fine, on punit ces modestes artistes, car ils ont juste le « malheur » d’être nés en Russie.

On voudrait que les artistes russes prennent publiquement position, à leurs risques et périls, contre l’invasion de l’Ukraine. Sérieusement ?

  • Regardez aussi l'entrevue avec Maka Kotto et Caroline St-Hilaire à l’émission de Benoit Dutrizac diffusée chaque jour en direct 10 h 30 via QUB radio : 

Une question de cohérence

Il y a de cela deux ans, quand les morts ont commencé à se compter par centaines de milliers, à travers le monde, à cause du virus qui s’est échappé de Wuhan, n’avons-nous pas vociféré à qui mieux mieux qu’il ne fallait pas stigmatiser nos concitoyennes et concitoyens chinois ?

La logique qui voudrait que l’on ne fasse pas d’amalgame entre les musulmans et les djihadistes, auteurs d’attentats à travers le monde, tient-elle toujours ? Si oui, pourquoi cette logique ne s’applique-t-elle pas alors aux ressortissants russes, pacifiques en général, et à leurs artistes en particulier ?

Les artistes ne sont pas des « va-t-en-guerre ». Ils sont par définition des producteurs d’art. Ils créent des œuvres de l’esprit. Pas la guerre. Et dans celle qui occupe présentement les esprits aux quatre coins du monde, leur contribution pour la paix serait potentiellement salutaire.

Pourquoi en faire des boucs émissaires ? N’aurait-il pas été plus efficient par exemple de les associer à des artistes ukrainiens dans des programmations afin de servir la beauté du monde et ainsi contribuer à nourrir les cœurs de leurs compatriotes respectifs avec un message constructif ?

Et pourquoi ce silence étourdissant au sujet des artistes d’origine russe au sein des milieux artistiques ? Il serait intéressant d’entendre des artistes d’ici sur le sort de ces nouveaux parias.

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