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Expédition en Ukraine: un Québécois réussit à sortir sa belle-famille coincée dans le pays

Un Montréalais a organisé une expédition afin d’aller chercher ses proches dans le pays ravagé par la guerre

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Le Journal a accompagné André Rossin-­Arthiat à l’aéroport de Montréal, le jour de son départ pour Vienne, le 7 mars.

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Un ambulancier québécois parti en Ukraine la semaine dernière pour secourir sa belle-famille coincée en zone de guerre affirme avoir accompli sa mission avec succès.

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« Quand je les ai rejoints, c’était comme si j’étais le Bon Dieu. Ma belle-mère pleurait, ma belle-sœur n’en revenait pas que je sois là pour vrai, mes neveux étaient ravis de me voir », relate André Rossin-Arthiat.  

  • Écoutez l'entrevue d'André Rossin-Arthiat avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Il y a deux semaines, il se disait rongé d’inquiétude pour sa belle-famille près de Korosten, à environ 50 km de Kyïv. En entrevue au Journal, il avait expliqué, sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité, avoir mis sur pied une expédition pour les ramener au Canada. 

Puisque sa mission est maintenant accomplie, celui dont la femme est originaire de l’Ukraine accepte d’être nommé et de raconter son périple.

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

Le 7 mars, le père d’une petite d’à peine un an a pris l’avion et s’est rendu jusqu’à Vienne. De là, il a conduit 10 heures jusqu’en Pologne. Après quelques heures de repos, il a traversé la frontière de l’Ukraine, explique-t-il.

L’ambulancier s’est photographié en Pologne au volant de son véhicule, dans lequel il tente de dormir quelques heures.
Photo courtoisie, André Rossin-Arthiat
L’ambulancier s’est photographié en Pologne au volant de son véhicule, dans lequel il tente de dormir quelques heures.

En danger

Le paramédic était alors accompagné de trois anciens militaires canadiens. Et il l’admet : son passage en zone de guerre a été des plus stressants. 

« Je me suis senti en danger. On a fait ça de nuit, a décrit celui qui a une formation paramilitaire. On était hypervigilants, on suait comme des porcs dans les chars. »

Sa plus grande crainte était évidemment de se faire bombarder. Mais il redoutait aussi qu’on leur bloque la route ou que les chemins troués brisent leur voiture. 

« On avait plusieurs plans de contingence. Mais si nos pneus crevaient... il ne fallait pas que ça arrive », laisse-t-il tomber.

Après ce trajet angoissant, il a rejoint sa belle-famille, puis l’a aidée à fuir la guerre.

« C’est mission accomplie, lance-t-il. J’ai sécurisé mes proches en Pologne, ils sont dans la maison d’une connaissance, loin de la misère des camps de réfugiés, pour ne pas leur faire revivre l’horreur. »

Mais le soulagement d’être secouru a été de bien courte durée pour sa belle-famille.

Il se promène d’un camp de réfugiés à l’autre afin d’offrir son aide.
Photo courtoisie, André Rossin-Arthiat
Il se promène d’un camp de réfugiés à l’autre afin d’offrir son aide.

Inquiétude

« Là, mes proches se remettent en question, se demandent s’ils ont pris la bonne décision de quitter. Ils se posent plein de questions sur ce qu’il va leur arriver, comment ils vont se trouver du travail », expose l’homme de 53 ans. 

M. Rossin-Arthiat avoue comprendre leur détresse. Comme les millions d’autres réfugiés, ils ont tout abandonné, n’apportant que des sacs à dos. L’inquiétude est aussi vive puisque le patriarche de la famille a refusé de quitter sa terre, et le neveu de M. Rossin-Arthiat, en âge de se battre, est obligé de rester en Ukraine. 

Maintenant qu’il a sa belle-famille à sa charge, il avoue sentir beaucoup de pression sur les épaules. 

« Ils ne comprennent pas à travers quoi je suis passé pour aller les chercher », déplore-t-il.

Depuis son départ de Montréal, il dit s’être peu reposé. Il dort dans son véhicule et se nourrit presque exclusivement de protéines en poudre, de pain, de rations militaires et d’eau.

Se rendre utile

Incapable pour l’instant de ramener ses proches au Canada vu les dédales administratifs pour obtenir des visas, le paramédic se rend utile et aide dans des camps de réfugiés. Il avait apporté dans ses bagages beaucoup de matériel médical, qu’il a remis en majorité à des soldats ukrainiens, dit-il. 

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

Grâce aux fonds qu’il recueille sur une plateforme de sociofinancement, il compte acheter davantage de biens. L’homme souhaite rester jusqu’à la fin du mois et planifie une autre opération en Ukraine afin d’escorter d’autres personnes.

« Les gens ont besoin d’aide, je veux rester ici, surtout sachant que j’ai deux membres de ma famille qui ne vont peut-être pas survivre, lance-t-il, ému aux larmes. Je ne vais pas rester à la frontière pour donner du café et des bananes. »

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