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La guerre s'invite dans les écoles

Des initiatives de solidarité ont vu le jour tandis que des enseignants doivent aborder le sujet avec leurs élèves

Aide Ukraine
Photo Pierre-Paul Poulin À l’école Notre-Dame-des-Rapides, un noyau d’employés s’est mobilisé pour soutenir leur collègue parti en Roumanie. De gauche à droite: la directrice Natasha Bouchard, les enseignants Nadège St-Amour et Samuel Jutras, l’éducateur spécialisé Sidney Lajoie.

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La guerre en Ukraine déborde jusque dans les écoles. Des élèves ont pigé dans leur poche pour faire un don tandis que des collègues se sont cotisés pour aider un des leurs parti rapatrier sa famille. 

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«Ça a rendu la guerre super tangible», raconte Nadège St-Amour, à propos du moment où elle a appris qu’un de ses collègues d’origine ukrainienne se cherchait un billet d’avion pour aller rapatrier sa famille. 

Elle fait partie du noyau d’employés de l’école primaire Notre-Dame-des-Rapides, à LaSalle, qui ont réussi l’exploit de recueillir près de 5000$ en moins de 24 heures à la fin février. 

Une deuxième école du quartier, John-F.-Kennedy, a elle aussi récolté quelque 2500$ en 48 heures. 

Ce collègue, c’est Oleg Koleboshyn, 43 ans, technicien en éducation spécialisée. Le Journal lui a parlé lundi alors qu’il se trouvait en Roumanie.

«Ça m’a touché et ça nous a aidés beaucoup beaucoup», raconte-t-il à propos de l’aide financière fournie. «Je me sens encore plus soudé à mon équipe.»

Oleg Koleboshyn en Roumanie.
Photo Facebook
Oleg Koleboshyn en Roumanie.

Mission paperasse

Il est arrivé au Québec avec sa famille en 2010. Ses parents et ses deux frères vivent toujours à Odessa, en Ukraine. 

Ils ont finalement décidé d’y rester, mais M. Koleboshyn a pu rejoindre sa belle-mère et une amie d’enfance qui ont réussi à passer la frontière. Elles ont toutes deux reçu la confirmation qu’elles pourront venir au Canada. 

«Je n’ai pas pleuré depuis que je suis jeune, mais là je pleure pour l’Ukraine. Je ne sacre pas en temps normal, mais là je sacre à cause de la paperasse.»

En attendant, il estime avoir aidé une cinquantaine d’Ukrainiens à traduire et remplir les formulaires, en plus de les aider financièrement à se loger dans la ville de Bucarest, surpeuplée de réfugiés. 

«Connaissant Oleg, il aurait juste loadé sa carte de crédit pour pouvoir aider plus de monde», soupçonne l’enseignant Samuel Jutras.

Pendant ce temps, les membres du personnel de l’école se sont réparti ses tâches de façon à pallier son absence, une autre façon de contribuer à sa mission. 

«On est un peu impuissants face à [la guerre], mais c’est l’apport qu’on peut faire», avoue Natasha Bouchard, la directrice de l’établissement. «La journée où il va débarquer ici, notre implication ne s’arrêtera pas», assure-t-elle. 

Un petit 3,45$

À l’école Louis-St-Laurent de Compton en Estrie, les enseignants se sont mobilisés pour récolter des dons pour la Croix-Rouge. Une lettre a été envoyée aux parents et en date de lundi, plus de 2400$ avaient été amassés. 

«On s’est rendu compte qu’on avait des dons qui venaient des élèves eux-mêmes», raconte l’enseignante Caroline Goulet. «Quand on avait des 3,45$, ça venait des [tirelires en] petits cochons, des sous reçus lors d’anniversaires ou en faisant de petits travaux.»

Pas le choix d’aborder la guerre en classe

Plusieurs enseignants ont décidé d’aborder de la guerre en Ukraine en classe, que ce soit pour calmer les angoisses des élèves ou parce que le sujet s’imposait de lui-même. 

Le cours de sciences du vendredi de Michel Laforge se termine normalement à 16h. Le jour du déclenchement de l’invasion, les élèves sont restés jusqu’à 18h. Sous le choc

«Tout le monde était sous le choc», raconte celui qui enseigne à l’école Marie-Anne, à Montréal. «C’était spontané. Ce sont les élèves qui se sont mis à parler.» 

Cette école accueille des jeunes de 16 à 22 ans qui souhaitent terminer leur secondaire. Pratiquement tous ses élèves sont issus de l’immigration. Beaucoup ont eux-mêmes été réfugiés. 

«Ils ont vu la guerre. Là, ils revivent la guerre», dit M. Laforge à propos des événements en Ukraine. 

Une élève originaire du Maghreb a même raconté que tout son village était mort, illustre-t-il. 

Au final, il croit que cette discussion transformée en «catharsis» leur a fait du bien, en plus d’avoir un impact positif sur la dynamique de groupe. 

Sujet sensible

«Est-ce qu’on va mourir? Est-ce qu’on va être affectés», font partie des questions auxquelles l'enseignante de 6e année Nadège St-Amour a eu à répondre. «Ils sont conscients qu’il se passe quelque chose d’anormal.» 

À Laval, le centre de services a notamment envoyé une infolettre aux parents avec quelques lignes directrices sur comment aborder le sujet sensible de la guerre avec les enfants.

«Je pense que ça les rassure de comprendre», observe Caroline Goulet, qui enseigne en 3e et 4e année. «Ils ont vu des images à la télévision et ne comprenaient pas pourquoi ça arrivait. Ça les touche, ils voient des enfants qui souffrent.» 

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